TRISHNA, une mission spatiale franco-indienne pour mieux gérer l’eau sur Terre

Source: The Conversation – France in French (2) – By Corinne Salcedo, Manager des systèmes TRISHNA, Centre national d’études spatiales (CNES)

TRISHNA est le dernier satellite en date de la flotte franco-indienne. Il est voué au suivi du climat et aux applications opérationnelles, par exemple en agriculture. CNES/ISRO, Fourni par l’auteur

En 2027, un satellite franco-indien va être mis en orbite pour détecter la température de la surface de la Terre, en évaluer le contenu en eau et aider différents secteurs d’activités : agriculture, agroforesterie, hydrologie, micrométéorologie urbaine, biodiversité.


« Trishna » veut dire « soif » en sanscrit. Pour un satellite qui contribuera de manière significative à la détection du stress hydrique (déficience en eau) des écosystèmes et à l’optimisation de l’utilisation de l’eau en agriculture, dans un contexte de changement climatique mondial, cela nous semble bien adéquat. TRISHNA, acronyme anglophone de Thermal InfraRed Imaging Satellite for High-resolution Natural resource Assesment, signifie aussi « satellite d’imagerie infrarouge thermique pour l’évaluation haute-résolution de ressources naturelles ».

Une fois en orbite, TRISHNA mesurera tous les trois jours, sur tout le globe terrestre et à 60 mètres de résolution, la température de surfaces des continents et de l’océan côtier, c’est-à-dire jusqu’à 100 kilomètres du littoral. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, cette coopération entre le Centre national d’études spatiales français (Cnes) et son homologue indien l’Indian Space Research Organisation (ISRO) va mesurer la température terrestre pour étudier l’eau.

Des besoins, une mission

En effet, il est maintenant prouvé que sous l’effet d’une pression anthropique croissante et du changement climatique, notre environnement se réchauffe et se transforme de plus en plus vite, avec notamment un impact sur le cycle de l’eau, indissociable du cycle de l’énergie.

données satellites
Une image de la mission Ecostress de la NASA, qui permet d’évaluer l’évapotranspiration dans une région irriguée (faible en jaune, forte en bleu).
Cesbio et JPL, CC BY

En effet, depuis l’échelle globale jusqu’à des échelles beaucoup plus locales, l’eau est à la fois un élément indispensable à la vie et le principal vecteur des échanges de chaleur dans la machine météorologique et climatique. Aujourd’hui, la modification conjuguée des températures et des régimes de précipitations impacte les réserves accessibles d’eau douce, dont 70 % sont voués aux usages agricoles (irrigation), 25 % à l’industrie et le reste aux usages domestiques.

Il est donc logique de rechercher une gestion optimisée de cette ressource, à la fois en termes de quantité et de qualité. Cet objectif permet de répondre à plusieurs objectifs gouvernementaux et internationaux portés par des organismes tels que le GEOGLAM (organisme international qui surveille les cultures agricoles au niveau planétaire et génère des prévisions de récolte via un système satellite mondial), la FAO (organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies) et les Nations unies elles-mêmes.

Pour aller dans ce sens, la mission TRISHNA a été conçue de manière spécifique pour étudier prioritairement le stress hydrique des écosystèmes naturels et agricoles ainsi que l’hydrologie côtière et continentale.




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Comment la température de la Terre renseigne-t-elle sur l’utilisation de l’eau par les végétaux ?

La température de surface et sa dynamique sont des indicateurs précieux de la « soif » des végétaux car, en s’évaporant, l’eau refroidit la surface dont elle provient et réciproquement, les surfaces se réchauffent lorsqu’il n’y a plus d’eau à évaporer ou à transpirer (notons que ce principe vaut autant pour les animaux que pour les végétaux).




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La température de surface peut donc être utilisée comme indicateur des quantités d’eau utilisées par une plante pour maintenir sa chaleur à un niveau permettant son bon fonctionnement.

Or, une loi physique, dite loi de Wien, connue depuis 1893, met en relation la température d’un objet avec l’énergie électromagnétique qu’il émet dans différentes longueurs d’onde. Selon cette loi, la planète Terre émet le plus d’énergie dans le domaine infrarouge dit « thermique » aux alentours de 10 micromètres.

Les détecteurs de TRISHNA ont donc été conçus en visant ce domaine spectral afin de mesurer l’énergie émise par les surfaces terrestres, quelles qu’elles soient (végétation, environnement côtier, lacs, rivières, neige, glaciers, surfaces artificialisées, milieux urbains) pour en déduire leur température.

photo en salle blanche
La maquette de l’instrument de mesure dans l’infrarouge thermique en salle blanche, lors des préparatifs de la mission TRISHNA, permet de valider le design de l’instrument et de vérifier certaines performances critiques avant la fabrication du modèle de vol.
Cnes/Frédéric Lancelot, 2023, Fourni par l’auteur

Pour les besoins de la recherche et des applications qui en découlent, la fréquence élevée de revisite (tous les trois jours) et ses résolutions spatiale (60 mètres) et spectrale permettront d’aborder des enjeux scientifiques, économiques et sociétaux majeurs dans différents secteurs : agriculture, agroforesterie, hydrologie, micrométéorologie urbaine, biodiversité.

Le partenariat franco-indien

La coopération spatiale entre la France et l’Inde est un élément important de l’axe indopacifique de notre politique étrangère.




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Son histoire riche est marquée par des collaborations scientifiques et techniques débutées dès les années 1960, époque à laquelle les deux nations travaillaient notamment au développement de fusées-sondes. De part et d’autre, l’intention stratégique était alors de développer une autonomie nationale d’accès à l’espace.

Cette collaboration a jeté les bases de deux projets spatiaux emblématiques qui ont suivi plus récemment. Le premier de ces projets est le satellite Megha-Tropiques, conçu pour caractériser le potentiel de précipitation des nuages dans les régions tropicales et lancé en 2011. Puis, en 2013, est arrivée la mission SARAL/AltiKa, consacrée à la mesure du niveau des surfaces couvertes d’eau sur les océans et les continents.

En 2016, la visite officielle du président François Hollande en Inde a favorisé le démarrage du projet TRISHNA, tirant également parti de l’accord-cadre que le Cnes et l’ISRO avaient signé l’année précédente. La France et l’Inde lançaient ainsi une nouvelle étape de leur coopération spatiale sur le thème de l’eau.

Cette nouvelle coopération présente de nombreux avantages pour nos deux pays. L’industrie franco-européenne en bénéficie avec la forte implication de nos entreprises dans la réalisation de l’instrument thermique. Ainsi positionnés, nos industriels augmentent leur chance d’être impliqués dans les futurs grands contrats indiens. En contrepartie, ce schéma partenarial permet à l’Inde de parfaire son cheminement vers des industries stratégiques autonomes et vers des moyens de supervision environnementale appropriés.

Plus largement, TRISHNA consolide la coopération franco-indienne, ouvrant des perspectives de partenariats dans les secteurs des satellites d’observation et de télécommunications. Autres retombées importantes pour nos deux pays, le projet TRISHNA permet aux communautés scientifiques indienne (ISRO et instituts techniques universitaires) et française (CNES et laboratoires intervenants) de se positionner dans la recherche spatiale environnementale et de créer des applications à la fois rentables et utiles à différents secteurs d’activités, dont l’agriculture.

L’irrigation agricole, une des applications les plus prometteuses de la mission TRISHNA

En combinant les données thermiques de TRISHNA avec des informations issues d’autres satellites (permettant d’évaluer la végétation, l’humidité des sols ou les précipitations), il sera possible d’estimer avec précision l’évapotranspiration réelle des cultures, c’est-à-dire la quantité d’eau effectivement utilisée par les plantes.

Cette information permettra aux agriculteurs, aux gestionnaires de bassins versants et aux décideurs politiques d’adapter les calendriers et les volumes d’irrigation en temps quasi réel, selon les besoins réels des cultures et non sur des moyennes ou des approches empiriques. Ce pilotage de l’irrigation « à la demande » représentera une avancée majeure, en particulier pour les régions où les ressources en eau sont limitées ou irrégulièrement réparties.

En Inde comme en France, des expérimentations sont déjà envisagées pour intégrer les données TRISHNA dans les systèmes d’aide à la décision utilisés par les agriculteurs. À terme, cela pourrait conduire à des économies d’eau significatives, à une réduction de l’impact environnemental de l’agriculture et à une meilleure résilience des systèmes de production face au changement climatique.

De manière plus générale, la mission pourra également contribuer à la prévention des risques liés aux évènements extrêmes, comme les canicules, les sécheresses, les feux, les inondations – des aléas auxquels nos deux pays sont de plus en plus confrontés.

En somme, TRISHNA offre à la France et à l’Inde une opportunité exceptionnelle de renforcer leur partenariat et de répondre aux défis économiques et climatiques auxquels nos deux pays et le monde entier font face aujourd’hui.


Philippe Maisongrande (responsable thématique Biosphère continentale, au Cnes) et Thierry Carlier (chef de projet TRISHNA) ont contribué à la réflexion sur les premières versions de cet article.

The Conversation

Corinne Salcedo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. TRISHNA, une mission spatiale franco-indienne pour mieux gérer l’eau sur Terre – https://theconversation.com/trishna-une-mission-spatiale-franco-indienne-pour-mieux-gerer-leau-sur-terre-272868

Suspension des réseaux sociaux au Gabon : pourquoi la mesure aggrave la crise au lieu de l’éteindre

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

Les autorités gabonaises ont annoncé la suspension des réseaux sociaux «jusqu’à nouvel ordre» invoquant la lutte contre les contenus diffamatoires et susceptibles de menacer la stabilité des institutions. Officiellement présentée comme une mesure de sécurité nationale et de cohésion sociale, cette décision intervient dans un contexte de tensions politiques et sociales. Pour décrypter cette situation, The Conversation Africa a interrogé Fabrice Lollia, dont les travaux portent sur les dynamiques et la gouvernance numérique en contexte de crise en Afrique. Il explique pourquoi les gouvernements recourent souvent à ce type de blackout et ses effets.


Quels sont les véritables objectifs derrière la suspension des réseaux sociaux au Gabon ?

Il y a, d’une part, un objectif officiel, et d’autre part des objectifs implicites qui apparaissent souvent dans ce type de décision. Sur le plan officiel, la Haute autorité de la communication (HAC) affirme vouloir prévenir la diffusion de contenus jugés diffamatoires, haineux ou insultants, présentés comme une menace pour la sécurité nationale et la stabilité des institutions.

Mais, dans la pratique, les objectifs implicites sont assez lisibles. Le premier consiste à réduire la capacité de mobilisation et de coordination : limiter les appels, la synchronisation des rassemblements et, plus largement, tout ce qui facilite la logistique collective en contexte de tension.

D’un point de vue info-communicationnel, il s’agit aussi de reprendre la main sur le récit. Restreindre les plateformes revient à limiter la circulation de vidéos, d’accusations, de contre-narratifs et d’éléments de preuve qui alimentent la conflictualité publique. Autrement dit, la décision traduit clairement une compréhension fine du rôle des réseaux sociaux comme infrastructure de visibilité, mais aussi comme accélérateur émotionnel en situation de crise.

Enfin, ce type de mesure permet souvent de gagner du temps. Du temps pour reconfigurer la communication publique, stabiliser une ligne officielle, et réorganiser les rapports de force.

Quoi qu’on en dise, la rationalité affichée reste principalement sécuritaire, et elle s’inscrit dans un contexte politique où certains observateurs interprètent cette décision comme un signal de durcissement sous Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir après l’éviction d’Ali Bongo Ondimba.

Pourquoi les gouvernements recourent-ils aux suspensions des réseaux sociaux en période de tensions ?

Parce qu’en situation de crise, les réseaux sociaux ne sont pas juste des outils de communication. Ce sont de véritables infrastructures socio-techniques qui structurent l’espace public. Ils accélèrent la circulation de l’information, mais aussi celle des émotions, des images et des interprétations. Autrement dit, ils augmentent la vitesse et l’intensité de la crise.

D’un point de vue info-communicationnel, on peut dire qu’ils agissent comme un dispositif de mobilisation (synchronisation des actions) ; un dispositif de mise en visibilité (preuves en temps réel, témoignages) et aussi comme un dispositif de viralité (amplification algorithmique, polarisation, contagion émotionnelle).

Les gouvernements recourent alors aux suspensions pour plusieurs raisons tout aussi tactiques que stratégiques. Ce que confirment d’ailleurs les recherches notamment en sciences de l’information et de la communication.

Les gouvernements cherchent à couper l’oxygène de la mobilisation en réduisant la capacité d’organisation collective et la synchronisation des actions. Aussi à limiter la viralité en freinant la diffusion des rumeurs, des appels à la violence, mais aussi de contenus politiquement sensibles ou embarrassants. N’oublions pas que réaffirmer le contrôle symbolique par le biais d’une coupure est aussi un acte performatif de pouvoir.

Cela veut dire que l’État peut fermer l’espace public numérique et reprendre la main sur l’agenda. Enfin, cette logique s’inscrit dans une tendance continentale. La réalité est montrée par des organisations spécialisées qui ont documenté une banalisation des restrictions en Afrique, avec un record en 2024 soit 21 coupures d’internet dans 15 pays africains selon Access Now et #KeepItOn.

Ces mesures apaisent-elles ces tensions, ou risquent-elles de les aggraver ?

Il faut distinguer effets immédiats et effets systémiques. Les suspensions peuvent produire un effet de ralentissement à très court terme (moins de coordination publique visible, moindre amplification instantanée), c’est d’ailleurs la pensée populaire. Mais, en sciences de l’information et de la communication, on observe que ce type de mesure génère souvent des effets collatéraux qui peuvent déplacer, voire intensifier la crise.

Ce que la suspension peut gagner à court terme c’est une réduction de la synchronisation. Car en perturbant les canaux de coordination, on peut diminuer la capacité à organiser rapidement des actions collectives. Mais aussi une baisse de la visibilité car bien évidemment il y a moins de diffusion en temps réel de contenus émotionnels ou polarisants. C’est aussi comme cela qu’on s’éloigne de l’impact algorithmique des réseaux sociaux.

Ces effets restent malgré tout fragiles, car ils reposent sur l’hypothèse que la circulation informationnelle dépend exclusivement des plateformes “grand public”. Or, en contexte de tension, les publics s’adaptent et participent à ce phénomène.

A moyen terme, il y a un risque d’aggravation. Tout d’abord, il y a l’effet vide informationnel. La coupure ne supprime pas seulement des contenus problématiques ; elle supprime aussi des mécanismes de régulation sociale : vérification, contradiction, contextualisation, journalisme, médiations. Ce vide favorise une montée de l’incertitude, et l’incertitude est un carburant classique de la rumeur. Les échanges basculent vers des espaces moins publics (groupes fermés, relais interpersonnels), où la correction est plus difficile.

Ensuite, on assiste à un déplacement de la conflictualité. La circulation ne s’arrête pas : elle se reconfigure. Il n’y a qu’à constater les contournements (VPN), l’usage de plateformes alternatives, et surtout la migration vers des canaux privés qui rendent la dynamique moins visible mais pas forcément moins active. On assiste alors à une crise plus « souterraine », donc forcément plus compliquée à comprendre et à piloter.

Aussi, si on se penche sur l’effet de légitimité et de confiance, il faut comprendre qu’une suspension est rarement perçue comme neutre. Elle peut être interprétée comme une censure ou une preuve de fragilité du pouvoir, ce qui dégrade la confiance institutionnelle. Or, en communication de crise, quand la confiance baisse, la capacité des messages officiels à stabiliser la situation diminue et la polarisation augmente.

Si on regarde les coûts socio-économiques et les effets de cascade. Les plateformes sont devenues des infrastructures de travail et d’échange (PME, services, relation client, créateurs, paiements informels). Les restrictions produisent un choc économique et social, qui peut lui-même alimenter du mécontentement, donc ajouter une couche à la crise initiale. Le Gabon c’est 850 000 utilisateurs des réseaux sociaux, des pertes quotidiennes similaires à la Tanzanie (13,8 millions de dollars US/jour en 2024) sont plausibles si la coupure est prolongée.

Enfin, sur le plan des droits, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples rappelle régulièrement que les coupures et restrictions disproportionnées portent atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information (article 9 de la Charte). Cela renforce l’idée que la réponse type shutdown est non seulement contestable en efficacité, mais aussi risquée en termes de légitimité.

En bref, à court terme, on peut ralentir la crise. À moyen terme, on risque surtout de la rendre moins visible, plus incertaine, et donc plus difficile à apaiser avec un coût élevé en confiance et en économie.

Quelles alternatives existent pour gérer les contenus problématiques sans suspendre l’accès aux plateformes ?

Il faudrait déjà passer d’une logique du tout couper à une réponse proportionnée et traçable. Et pour ce faire, il y a plusieurs alternatives :

  • Celle de la communication de crise intensive par exemple avec des points de situation fréquents, des données vérifiables, des réponses rapides aux rumeurs, avec des canaux redondants (radio, TV, SMS, site miroir).

  • Des mesures ciblées avec le retrait des contenus manifestement illégaux et des injonctions motivées, limitées dans le temps et le périmètre.

  • Une coopération encadrée avec les plateformes notamment avec la création d’une cellule de liaison en crise et une priorité aux contenus réellement dangereux (incitation à la violence), plutôt qu’à l’opinion.

Pour la résilience informationnelle, on pourrait également effectuer des partenariats médias/fact-checkers et éducation numérique.

Et tout cela pourrait même être encadré par une cellule dédiée comme cela se fait ailleurs.

Pour dire les choses d’une façon très simple : on garde l’accès ouvert, et on traite le risque de manière ciblée par le biais d’une veille sécuritaire pour éviter le vide informationnel et la défiance qui alimente la rumeur et la désinformation.

The Conversation

Fabrice Lollia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Suspension des réseaux sociaux au Gabon : pourquoi la mesure aggrave la crise au lieu de l’éteindre – https://theconversation.com/suspension-des-reseaux-sociaux-au-gabon-pourquoi-la-mesure-aggrave-la-crise-au-lieu-de-leteindre-276899

Des aliments africains contre l’inflammation pourraient aider les diabétiques

Source: The Conversation – in French – By Tendaiishe Berejena, Public Health Nutrition Researcher, University of South Africa

Les groupes d’aliments indigènes africains constituent un domaine passionnant à explorer en termes de goût et de nutrition. Ils pourraient même servir de thérapie nutritionnelle pour les personnes souffrant de problèmes de santé.

Des aliments tels que la mauve jute, le millet perlé et le millet à chandelle, le néflier sauvage, les chenilles et les noix de bambara ont tous des propriétés nutritionnelles qui pourraient être utiles dans la gestion de l’inflammation.

L’inflammation est la réponse naturelle du corps à une blessure ou à une infection. Elle nous aide à combattre les infections et déclenche le processus de guérison. Cependant, des problèmes surviennent lorsque l’inflammation persiste. Elle peut commencer à endommager les tissus sains et les vaisseaux sanguins, perturber la façon dont le corps utilise le sucre et les graisses, et affaiblir le système immunitaire. Au fil du temps, cette inflammation persistante peut entraîner des maladies telles que le diabète.

Le diabète de type 2 est une maladie chronique qui touche de nombreux adultes. Il provoque de graves problèmes de santé et un risque élevé de décès.

Le nombre de personnes atteintes de diabète dans le monde est passé de 200 millions en 1990 à 830 millions en 2022. La prévalence a augmenté plus rapidement dans les pays à revenu faible et intermédiaire que dans les pays à revenu élevé. En 2021, le diabète et les maladies rénales liées au diabète ont causé plus de 2 millions de décès.




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En tant que chercheurs en santé publique et en nutrition, nous nous intéressons particulièrement aux aliments fonctionnels, c’est-à-dire aux aliments qui présentent des bienfaits particuliers pour la santé. Notre expérience en matière de recherche sur la nutrition et la santé, ainsi que sur le métabolome végétal, nous aide à identifier les composés bioactifs présents dans les aliments qui peuvent contribuer à réduire l’impact des maladies chroniques.

Nous avons réalisé une revue de 46 articles de recherche sur le rôle des groupes alimentaires indigènes africains dans la prévention et la gestion du diabète sucré de type 2. Elle a examiné les propriétés anti-inflammatoires des groupes alimentaires africains en relation avec cette maladie.

Nous avons constaté que de nombreux groupes alimentaires africains réduisent considérablement le stress oxydatif lié au diabète de type 2. Le stress oxydatif survient lorsque l’organisme produit plus de molécules nocives liées à l’oxygène qu’il ne peut en neutraliser avec ses défenses antioxydantes naturelles. Cette surproduction d’oxydants perturbe les systèmes de contrôle cellulaires normaux. Nous avons trouvé plusieurs composés phénoliques dans ces groupes alimentaires africains qui confèrent des propriétés anti-inflammatoires.

Nos résultats fournissent des informations utiles pour concevoir des repas thérapeutiques traditionnels africains adaptés aux patients atteints de diabète de type 2 en Afrique.

Groupes alimentaires et diabète de type 2

Le régime alimentaire traditionnel africain se compose principalement de céréales, de légumineuses, de fruits, de légumes, de lait et de volaille, avec une importance particulière accordée aux insectes comestibles et une faible consommation de viande rouge.

De nombreux aliments indigènes tels que les feuilles d’okra, la morelle, l’amarante et le niébé sont sous-utilisés dans la cuisine et l’agriculture modernes. Ils sont également souvent considérés comme « la nourriture des pauvres ».

Au fil du temps, de nombreux Africains sont passés d’un régime alimentaire traditionnel africain, riche en fibres, en polyphénols et en antioxydants, à un régime occidental riche en sucre, en sel et en graisses malsaines. Ce changement a considérablement augmenté le risque de diabète de type 2.

Notre analyse a porté sur 46 études menées entre 2010 et 2023. La sélection de ces études a permis une évaluation complète de la manière dont les groupes d’aliments africains peuvent influencer l’inflammation associée au diabète sucré de type 2. Cette analyse met en évidence les mécanismes potentiels et les résultats pertinents pour la nutrition en matière de santé publique.

Nos résultats montrent que ces groupes d’aliments pourraient contribuer à atténuer l’inflammation chronique s’ils étaient inclus dans l’alimentation.

Insectes comestibles

Notre revue montre que les insectes comestibles tels que les fourmis, les chenilles, les grillons et les sauterelles libèrent des substances appelées enzyme de conversion de l’angiotensine et hydrolysats/peptides antioxydants.

Les peptides de sauterelle, en particulier, peuvent bloquer certaines enzymes impliquées dans la dégradation des sucres et des graisses. La dégradation d’une quantité excessive de sucres et de graisses peut entraîner des risques tels que la stéatose hépatique, le diabète, les maladies cardiaques et l’inflammation chronique.

Notre étude a également révélé que les composants bénéfiques communs aux insectes comprennent la chitine, les polyphénols, les antimicrobiens et les peptides/protéines. Ces composants peuvent aider à réduire le stress oxydatif chez les personnes atteintes de diabète.

Les chenilles ont une capacité antioxydante deux à cinq fois supérieure à celle du jus d’orange ou de l’huile d’olive. De même, les criquets ont des niveaux élevés d’antioxydants et de lipoxygénase. Les antioxydants sont essentiels pour protéger les cellules et la qualité des aliments. La lipoxygénase aide à produire des composés anti-inflammatoires qui favorisent la santé cellulaire et modulent l’inflammation. Ensemble, ils jouent un rôle essentiel dans le bien-être général.

Légumes

Nous avons découvert que les légumes à feuilles africains tels que le niébé, la morelle, l’amarante et les feuilles de gombo peuvent contribuer à réduire le taux de sucre dans le sang. Dans une étude, les patients atteints de diabète de type 2 qui ont consommé du blackjack (Bidens pilosa) ont vu leur glycémie à jeun baisser après le traitement. Le blackjack est un légume traditionnel en Afrique australe. Ses feuilles peuvent être cuites ou utilisées pour préparer du thé.

De même, l’amarante aide à réduire le taux de protéines totales lié aux problèmes rénaux chez les diabétiques.

Les légumes tels que les feuilles de niébé, la mauve de jute et la courge amère sauvage ont d’importantes propriétés anti-inflammatoires. La mauve de jute permet de réduire l’inflammation chez les patients diabétiques en stoppant la formation d’acide nitrique et en augmentant la production d’oxyde nitrique. La courge amère sauvage aide à réduire les niveaux de cytokines pro-inflammatoires.

Céréales/grains

Les petites céréales indigènes africaines contiennent naturellement des fibres, qui contribuent à réduire le taux de glucose.

Par exemple, le millet africain a une teneur élevée en fibres qui épaissit le contenu de l’estomac et réduit l’absorption du glucose. Une expérience sur les effets du millet africain sur des rats diabétiques a montré que les rats nourris avec du millet africain avaient un taux de glycémie à jeun plus bas que les rats diabétiques non traités. Des résultats similaires ont été observés avec le sorgho, qui améliorait la sensibilité à l’insuline et réduisait le diabète de type 2 chez les souris.

Notre étude a révélé que le sorgho contient des composés antioxydants tels que la lutéoline et la quercétine, qui peuvent contribuer à réduire l’inflammation chez les patients diabétiques. Il a été démontré que le sorgho à péricarpe rouge en Afrique réduit les niveaux d’inflammation chez les rats diabétiques. Cela suggère son rôle médical précieux.




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Fruits

Notre étude a révélé que la figue de Barbarie peut permet de réguler la glycémie en bloquant certaines enzymes.

Une autre étude a montré que la poudre de fruit de baobab peut réduire la glycémie. De même, le néflier sauvage bloque l’activité enzymatique indésirable. Ces deux fruits offrent des solutions potentiellement plus abordables pour les patients diabétiques.




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Racines et tubercules

Le manioc contient une substance qui empêche les amidons alimentaires d’être efficacement décomposés et absorbés dans le tractus gastro-intestinal. Ce mécanisme peut contribuer à la gestion de l’obésité et à la régulation du taux de sucre dans le sang.

Des recherches indiquent que la consommation d’ignames ou de leurs extraits peut améliorer d’importants paramètres glycémiques. Ces bienfaits comprennent la réduction du taux de glycémie à jeun et la diminution du taux d’insuline.

De plus, les ignames et leurs extraits peuvent contribuer à réduire la graisse corporelle et à diminuer le taux de lipides sanguins. Ces améliorations peuvent réduire le risque de développer un diabète. De plus, lorsqu’elles sont fermentées, les ignames peuvent être très utiles pour améliorer le système de défense antioxydant et de moduler les médiateurs inflammatoires chez les patients diabétiques.

Les pommes de terre Livingstone montrent également des effets similaires en améliorant la santé rénale et hépatique chez les patients diabétiques. Des études en laboratoire suggèrent que ces racines peuvent aider à réguler le métabolisme du glucose, à améliorer la sécrétion d’insuline, à réduire la résistance à l’insuline, à améliorer la fonction des vaisseaux sanguins et à gérer les niveaux de stress oxydatif

Légumineuses

Les légumineuses les plus courantes dans l’alimentation africaine sont le niébé, les noix de bambara, le soja et les haricots mungo.

Nous avons découvert que le niébé aide à produire de l’insuline, qui est importante pour la gestion du glucose. Les arachides et les niébés contiennent tous deux des fibres solubles et insolubles, qui contribuent à réduire les pics de glycémie et le cholestérol, ce qui les rend utiles pour gérer le diabète de type 2.

Le soja améliore également la tolérance au glucose et la production d’insuline.

Nous avons également découvert que les haricots mungo peuvent réduire le cholestérol tout en stimulant la sécrétion d’insuline. En termes d’antioxydants, de nombreuses légumineuses peuvent lutter contre les radicaux libres, qui provoquent des inflammations chez les patients diabétiques.

Plus précisément, les arachides bambara ont une capacité antioxydante supérieure à celle des écorces d’orange.

La voie à suivre

Avec l’augmentation des coûts des soins de santé, de nombreuses personnes, en particulier dans les communautés marginalisées, sont confrontées à des difficultés financières. L’intégration de groupes d’aliments indigènes africains dans des repas adaptés sur le plan médical peut réduire les coûts de santé et améliorer le bien-être.

L’utilisation des ressources agricoles locales pour cultiver ces groupes d’aliments améliore la santé de la communauté, préserve les traditions culturelles et favorise une alimentation durable.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Des aliments africains contre l’inflammation pourraient aider les diabétiques – https://theconversation.com/des-aliments-africains-contre-linflammation-pourraient-aider-les-diabetiques-276130

Nanoparticles and artificial intelligence can help researchers detect pollutants in water, soil and blood

Source: The Conversation – USA (2) – By Andres B. Sanchez Alvarado, Ph.D. Candidate in Chemistry, Rice University

Nanoparticles on a glass slide amplify the sensitivity of a microscope to detect trace amounts of hazardous pollutants. Brandon Martin/Rice University

Across the U.S., hundreds of sites on land or in lakes and rivers are heavily contaminated with hazardous waste produced by human activity. Many of these places, designated as Superfund sites by the Environmental Protection Agency, can be found in Houston, Texas, the city where my colleagues and I live and work.

Hazardous contaminants present at these sites that can increase the risk of cancer – such as polycyclic aromatic hydrocarbons, or PAHs – are pervasive in soil and water. Detecting these contaminants is only the first step to cleaning them up and keeping the environment safe.

The EPA’s standard methods for analyzing water samples from a well, for example, involve expensive techniques that must be carried out in a separate location, taking weeks.

Our chemistry research group develops new methods that are more accessible and portable to detect toxic pollutants in soil, water and even blood.

My colleagues and I use machine learning methods to detect individual compounds in mixtures without separating them and to automatically identify those compounds by comparing them to a digital database. With machine learning we can streamline analysis of a contaminated site, detecting hazardous pollutants faster and on-site, for more efficient environmental monitoring.

Nanomaterials are extra sensitive

Imagine trying to look at the end of a strand of your hair head on. You would barely see the width of the tiny filament. Now try to imagine a material that is 1,000 times smaller than the width of that hair strand. You wouldn’t see anything at all. My research uses microscopic objects known as nanoparticles that are about that size.

These nanoparticles interact with light in unique ways – kind of like how a magnifying glass focuses sunlight. Any substances near the nanoparticles are exposed to this focused light. We take advantage of this property by shining a beam of infrared light on the nanoparticles, so the substances around them absorb the intense light and generate a signal. We can detect the signal with a spectrophotometer: an instrument that measures the amount of light of a specific frequency.

Any toxic pollutant near the nanoparticles will absorb more of that infrared light than it normally would, enhancing the signal that we can measure. This process occurs only when the pollutant is close to the nanoparticles’ surface. But even the smallest concentrations of these pollutants can be detected using the nanoparticles’ enhancement, if they’re nearby.

In our laboratory, I make the nanoparticles using solutions of metal salts. I then dissolve them in a liquid to make an ink, which I then paint onto glass microscope plates. After the ink dries, I am left with nanoparticles packed together on the surface of the glass, like beads on a diamond painting kit.

A gloved hand holding a tube containing reddish-green liquid.
Nanoparticle ‘ink’ used for sample preparation shows the special way these nanomaterials interact with light. From a certain angle the liquid looks red, and from another, green.
Brandon Martin/Rice University

Once the nanoparticle painting is ready, I add a drop of contaminated water on top of the tinted glass and let it dry again. During this process, the contaminant molecules stick to the nanoparticles. Once dry, I slide the glass inside a spectrophotometer and measure the light absorbed and emitted by the pollutants on the nanoparticles.

The specific frequencies of light that a compound absorbs and emits are like a signature. Each contaminant will have a different signature that we can use to identify them in the water.

A diagram showing light, indicated by a wavy arrow, entering a cluster of nanoparticles and being amplified by molecules on the particles' surface
A schematic representation of the nanoparticles on a glass slide, as they are irradiated by infrared light. The molecules stuck to the particles’ surface amplify the light they can absorb, making even trace amounts of a compound detectable.
Andres B. Sanchez Alvarado

Machine learning simplifies the analysis

Sometimes, the contaminated water contains a mix of many different compounds, which complicates the analysis. Each compound will absorb light, and they might absorb similar wavelengths. To prevent this interference, scientists usually need to use sophisticated techniques to physically separate out each compound. These techniques can be time-consuming, so our team wanted to figure out how to circumvent this step.

We partnered with computer scientists who have been designing tailored algorithms that use machine learning. These programs take the data from our measurements and find patterns so subtle that even the most skilled analyst would miss them.

The left photos shows a gloved hand holding a jar full of water, the right shows a gloved hand holding a small tube of clear liquid.
Researchers first sample water or soil from a site. Then they analyze the sample using the combination of spectroscopy and machine learning to identify any pollutants present.
Brandon Martin from Rice University

These methods can simplify the data and extract the most significant characteristics from each compound. These distinctive characteristics help the computer distinguish the individual compounds present in a mixture, bypassing any physical separation stage in the analysis. Computer scientists can make these algorithms so sophisticated that we don’t even need to train the machine before analyzing a sample.

We can use our nanoparticles to measure water or soil polluted with a toxic contaminant, feed the data into the algorithms, and the machine will find the most important features and match them to a reference database. This analysis takes only a few hours, making it at least twice as fast as standard methods.

However, our method is far from perfect. One of the biggest challenges we face is optimizing the nanoparticles’ composition for different classes of contaminants. It can take different nanoparticles to enhance the detection of different pollutants. We also have to tweak the algorithm to look more closely for different signatures in the data.

This method could screen a site for broad classes of contaminants that are similar in chemical structure. Subsequently, in the future a specific type of nanoparticle and a more refined model could be used to identify each specific pollutant molecule.

Streamlined analysis can get the job done

Analyzing contaminants in the environment helps detect the presence of hazardous pollutants, and doing so efficiently can prevent exposure to people. The techniques our group uses to detect contaminants and analyze the data have been used in the field with portable instrumentation by other researchers. These portable instruments are still cheaper than those required for standard techniques.

Currently, our team is exploring the use of these machine learning-enhanced methods in different environmental contexts. We’ve analyzed other types of samples, such as water and air from contaminated sites. We are working on expanding the scope of analysis to a wider range of hazardous pollutants. We also collaborate with toxicologists and environmental engineers in the Texas Medical Center, with the goal of transferring this technology as an alternative method for environmental and public health agencies.

To that end, we’ve filed a patent for our method that combines spectroscopy and machine learning to analyze complex samples. While our team is not currently pursuing commercialization of this technology, it is a possibility down the road.

Still, detection is not the end for environmental safety. After a hazardous pollutant has been identified, a site must be investigated to decide how to clean it up. Our motivation is to streamline the process of detecting and identifying contaminants. The faster we can detect a hazardous substance, the faster we can prevent future emissions and begin cleanups.

The Conversation

Andres B. Sanchez Alvarado participated in research into combining spectroscopy and ML to analyze complex samples, which has a patent pending.

ref. Nanoparticles and artificial intelligence can help researchers detect pollutants in water, soil and blood – https://theconversation.com/nanoparticles-and-artificial-intelligence-can-help-researchers-detect-pollutants-in-water-soil-and-blood-271149

Voici Epiaceratherium itjilik, le rhinocéros qui a vécu dans l’Arctique

Source: The Conversation – in French – By Danielle Fraser, Head & Research scientist, Palaeobiology, Canadian Museum of Nature & Adjunct Research Professor, Department of Biology, Carleton University

Les paléontologues du Musée canadien de la nature ont récemment étudié le fossile d’un rhinocéros. Ce qui est fascinant, c’est que ses restes ont été découverts sur l’île Devon, dans l’Arctique canadien.

Les mammifères, qui peuplent aujourd’hui presque tous les coins de la Terre, sont arrivés en Asie, en Europe et en Amérique du Nord par trois voies : le détroit de Béring et deux voies dans l’Atlantique Nord.

La plus connue d’entre elles, le pont continental de Béring, a permis le passage des premiers humains vers l’Amérique du Nord, il y a environ 20 000 ans, et a façonné la génétique des populations d’animaux, comme les ours, les lions et les chevaux.

Les deux autres routes, moins connues, traversaient l’Atlantique Nord : l’une partait de la péninsule scandinave vers le Svalbard et le Groenland, et l’autre de l’Écosse vers l’Islande, puis le Groenland et l’Arctique canadien.

Généralement, on considère que les animaux terrestres n’ont pas pu traverser l’Atlantique Nord durant l’Éocène inférieur, il y a environ 50 millions d’années, à une époque où le climat terrestre était plus chaud.

Les restes du rhinocéros arctique fournissent toutefois des preuves indiquant que les mammifères terrestres ont pu traverser l’Atlantique Nord en empruntant des ponts terrestres gelés bien plus récemment que l’Éocène inférieur.

Un rhinocéros dans l’Arctique

Danielle Fraser présente les recherches de son équipe sur le rhinocéros arctique. (Musée canadien de la nature).

Cette nouvelle espèce de rhinocéros a été découverte à partir d’un spécimen presque complet trouvé au site de Haughton, sur l’île Devon, au Nunavut. Il s’agit de sédiments lacustres formés dans un cratère d’impact d’astéroïde qui remonterait au début du Miocène, il y a environ 23 millions d’années.

Les sédiments du cratère Haughton ont permis de préserver des plantes, des mammifères et des oiseaux. La plupart des ossements du rhinocéros ont été récoltés dans les années 1980 par la paléontologue Mary Dawson et son équipe, puis d’autres éléments ont été prélevés par Natalia Rybczynski, Marisa Gilbert et leur équipe au cours des années 2010.

Le rhinocéros n’avait pas de corne, ce qui est courant chez les espèces de rhinocéros disparues. Il se distingue toutefois par des caractéristiques propres à des espèces beaucoup plus anciennes, comme des dents semblables à celles d’espèces datant de plusieurs millions d’années. Il présente également un cinquième orteil sur la patte avant, ce qui est rare chez les rhinocéros.

Une comparaison anatomique et une analyse évolutive suggèrent que le spécimen appartient à un genre existant, Epiaceratherium, que l’on a trouvé uniquement en Europe et en Asie occidentale. Pour nommer la nouvelle espèce, l’équipe a consulté Jarloo Kiguktak, un aîné d’Aujuittuq (Grise Fiord), la communauté autochtone la plus proche du cratère Haughton. Ensemble, ils l’ont baptisée Epiaceratherium itjilik. Itjilik, qui signifie « gel » ou « givré » en inuktitut, a été choisi en hommage à l’environnement arctique où le spécimen a été découvert.

Le plus surprenant est que l’analyse évolutive de l’équipe a montré qu’E. itjilik ressemble le plus à l’espèce européenne d’Epiaceratherium. Cela suggère que ses ancêtres auraient traversé l’Atlantique Nord pour passer de l’Europe à l’Amérique du Nord vers la fin de l’Éocène, il y a entre 38 et 33 millions d’années.

Des analyses biogéographiques ont par ailleurs révélé un nombre étonnamment élevé de traversées de l’Atlantique Nord par des rhinocéros, directement entre l’Europe et l’Amérique du Nord, dont certaines remontent à environ 20 millions d’années. Alors que la découverte d’une traversée aussi récente de l’Atlantique Nord était souvent considérée comme improbable, de nouvelles preuves géologiques proposent une toute autre histoire.

Comment les rhinocéros sont-ils arrivés dans l’Arctique ?

Aujourd’hui, plusieurs étendues d’eau larges et profondes empêchent les animaux terrestres de passer de l’Europe à l’Amérique du Nord. Les îles Féroé, l’Islande et le Groenland sont séparés par le chenal du banc des Féroé, le chenal Féroé-Shetland et le détroit du Danemark. Entre la péninsule scandinave, le Svalbard et le Groenland, on trouve la mer de Barents et le détroit de Fram. Les animaux terrestres auraient pu traverser au moins l’une de ces zones jusqu’au début de l’Éocène, il y a environ 50 millions d’années.

Cependant, des études récentes dressent un tableau plus complexe des changements géologiques dans cette région. Les estimations de la date de formation des différents chenaux qui séparent aujourd’hui les masses terrestres présentent une grande variabilité.

Une modélisation mathématique suggère qu’il y a encore 2,7 millions d’années, une région montagneuse aurait relié le Svalbard à l’Europe du Nord. De nouvelles données indiquent également que le détroit de Fram était étroit et peu profond jusqu’au début du Miocène, il y a environ 23 millions d’années. Le chenal Féroé-Shetland s’est probablement ouvert il y a entre 50 et 34 millions d’années, tandis que le chenal Féroé-Islande [JG1]et le détroit du Danemark auraient été submergés plus tard, il y a entre 34 et 10 millions d’années.

Cela suggère que les rhinocéros auraient pu marcher sur la terre ferme pendant au moins une partie de leur traversée de l’Atlantique Nord. Ils ont peut-être nagé sur de courtes distances entre les masses continentales, mais l’équipe a émis l’hypothèse que la glace marine saisonnière aurait pu faciliter leur déplacement.

La glace saisonnière

Il y a plus de 47 millions d’années, l’océan Arctique et les régions environnantes étaient libres de glace toute l’année. Des échantillons prélevés par carottage dans cette région (boue, sable et matière organique) contiennent des traces de débris transportés par la glace au cours de l’Éocène moyen, il y a entre 47 et 38 millions d’années, ce qui indique la présence de glace saisonnière.

Une autre carotte océanique, prélevée entre le Groenland et le Svalbard, recèle des débris transportés par la glace provenant de toute la région arctique, et datant de 48 à 26 millions d’années. Il apparaît donc que les animaux terrestres auraient pu traverser l’Atlantique Nord en empruntant des routes formées sur la terre ferme et sur la glace saisonnière.

Les fossiles de vertébrés provenant des îles qui composaient autrefois les ponts terrestres de l’Atlantique Nord sont extrêmement rares. Une grande partie de ces ponts étant aujourd’hui submergée, les preuves directes de la façon dont les animaux se sont répandus à travers l’Atlantique Nord pourraient avoir disparu.

Les études biogéographiques, comme celle menée par l’équipe du Musée canadien de la nature, montrent à quel point les découvertes arctiques bouleversent nos connaissances sur l’évolution des mammifères. Elles nous aident à mieux comprendre comment les animaux se sont déplacés sur notre planète.

La Conversation Canada

Danielle Fraser a reçu un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG RGPIN-2018-05305). Natalia Rybczynski, coauteure de l’étude mentionnée dans cet article, a reçu un financement de la Fondation W. Garfield Weston. Mary Dawson, coauteure de l’étude, a reçu un financement de National Geographic pour ses travaux sur le terrain.

ref. Voici Epiaceratherium itjilik, le rhinocéros qui a vécu dans l’Arctique – https://theconversation.com/voici-epiaceratherium-itjilik-le-rhinoceros-qui-a-vecu-dans-larctique-274913

Networking can boost your earnings and get you promoted – but it’s harder for women to reap the benefits

Source: The Conversation – UK – By Andrew Kloeden, PhD Candidate in Management, University of Exeter

PeopleImages/Shutterstock

For many workers, the benefits of professional relationships and the networks they create are clear. Bringing together people and social spheres that are otherwise unconnected is linked to higher salaries and more rapid promotion. So it’s no surprise that “networking” is a serious business for so many professionals.

In network theory, the process of linking unconnected people and groups – either within the workplace or outside it – is known as “brokerage”. When you’re a broker, your networks are “open”, with lots of links to unconnected people. All these connections give brokers access to potentially useful information – after all, people who don’t know each other are likely to know different things.

And continued networking, where more new relationships are generated over time, is important to maintain the benefits. Otherwise, networks can grow stale. Being close to the “centre” of the network (having more network ties) brings additional benefits in terms of access to knowledge, information and resources.

But as in many other aspects of life, gender is a fundamental force in terms of professional relationships and the structure of professional networks. It may come as little surprise that women face disadvantages compared to men – both in the positions they hold within networks and the characteristics of their contacts.

For example, women’s networks tend to contain fewer men. Men still hold more positions of power than women in organisations, which leaves women with fewer senior-level connections. Women also tend to find themselves closer to the edge than the centre of organisational networks. Separately, they are less likely to be brokers.

Women’s networks also tend to be “stickier” – where old ties are less likely to be replaced with new ones. These new ties can help to keep the access to information fresh. What’s more, women tend to receive lower returns from the positions they occupy in their networks. For example, even when women are brokers they tend not to enjoy the benefits that can lead to rapid promotion in the way that men might.

The root of the problem

There are many reasons for these disadvantages. First, women usually carry a greater burden of unpaid domestic caring work than men in heterosexual couples (the so-called “second shift”). This can eat up the time that women could otherwise use investing in professional networks. It’s even more acute for mothers or the (mostly) women who care for adult relatives.

Second, the stereotypes of “assertive” men and “communal” women have an effect on organisational networks. Women who occupy strong network positions may not conform to this stereotype of co-operation and communality, which might be frowned upon. For the same reason, men are often seen as more legitimate or useful networking partners.

This also explains why women tend to feel “stereotype threat” (where people fear living up to negative stereotypes) when they are brokers. They may be sensitive to being seen negatively for violating this stereotype.

a woman crouches down to greet two children coming out of school.
The ‘second shift’ can make it harder to find the time for networking.
Kzenon/Shutterstock

Similarly, homophily (the tendency for people to form relationships with those they see as similar to themselves) can harm women’s network position and the returns they get, especially in organisations with more men than women. In these situations, women can miss out on senior-level connections (who are more likely to be men). Or they may just end up with smaller networks.

While all women face barriers to network success, there are strategies that can help them to overcome these. Successful women tend to embrace network churn by keeping a core group of contacts but otherwise strategically changing their professional networks. This can help to keep contacts fresh.

And the most successful women have been shown to resist the temptation to focus purely on social support from their contacts. Instead (or in addition), they seek more strategic support – things like introductions and information.

Of course, these strategies all involve women doing extra work to navigate environments that were not built for them. So it is important for employers to take steps to mitigate these problems. This can also help organisations retain staff, and it can help to tackle other workplace problems related to gender biases.

It doesn’t have to be difficult. Employers can structure teams or committees to increase opportunities for interaction between women and senior men. They can also run surveys to map the social networks in their organisations to identify exclusion and disadvantage. Lastly, they can educate senior staff and executives about the issues.

Ultimately, everyone should understand the importance of networking to an employee’s prospects and how they can help to share out the benefits equally.

The Conversation

Andrew Kloeden does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Networking can boost your earnings and get you promoted – but it’s harder for women to reap the benefits – https://theconversation.com/networking-can-boost-your-earnings-and-get-you-promoted-but-its-harder-for-women-to-reap-the-benefits-276315

How the Seattle Seahawks’ sale will score a touchdown for charity 8 years after Paul Allen’s death

Source: The Conversation – USA (2) – By Reid Kress Weisbord, Distinguished Professor of Law and Judge Norma Shapiro Scholar, Rutgers University – Newark

Paul Allen, wearing a gray jacket, salutes the crowd during a celebration of the Seattle Seahawks’ Super Bowl victory in 2014. AP Photo/Ted S. Warren

When Microsoft co-founder Paul Allen died on Oct. 15, 2018, he left behind an estimated US$26 billion that he wanted to largely leave to charity.

Allen died at 65 of septic shock after a yearslong cancer battle. He’s back in the news because his estate is finally selling an asset that represents nearly a quarter of his fortune: the Seattle Seahawks football team, which he bought in 1997 for roughly $200 million.

The sale of the 2014 and 2026 Super Bowl champions could fetch more than $6.5 billion – a potentially record-breaking sum.

Allen never married and he had no children. His sister, businesswoman Jody Allen, is his estate’s trustee and executor. She’s now overseeing the Seahawks’ sale.

As law professors who study the transfer of property after death, we can explain why it often takes a long time for complex estates to settle following the death of ultrawealthy people.

Settling the estates of billionaires

When most people die, the distribution of any wealth they leave to their heirs or charitable causes can be relatively straightforward.

If all goes well, the process will take a few years at most. Homes, vehicles, bank accounts and retirement assets can usually be relatively quickly sold or transferred to members of the family or friends of the deceased.

When people hear that an estate is still being sorted out years after someone’s death, they often assume that big disputes have interfered with the settlement process.

Indeed, high-profile celebrity estates, including those that celebrity musicians such Prince and Aretha Franklin left behind, have been delayed by legal battles.

But delays are common even without conflicts, particularly when an estate is very large or complex.

Similar to sprawling empires

As you might imagine, billionaires’ estates are different. They tend to be more like sprawling business empires than what your beloved aunt left behind when she died. Multibillion-dollar estates usually take many years to unwind because they involve complex assets that are hard to assess and sell.

Some of Allen’s holdings, for example, were patents, which often complicate estate administration because intellectual property rights can be difficult to value for tax purposes.

Although the contents of Allen’s will were made public in 2018, the specifics of his estate plan remain confidential.

That’s because he used a private family office to manage his wealth – and he left all of his property owned at death to a private trust.

The specific terms of that trust aren’t publicly known, but his family foundation continues to support charitable causes tied to the arts, the environment and the engagement of young people in civic life.

An ecstatic woman holds a shiny trophy aloft while a man behind her pumps his fist into the air.
Jody Allen, the sister of the Seattle Seahawks’ late owner Paul Allen, lifts the Vince Lombardi Trophy as she celebrates with head coach Mike Macdonald after the Seattle Seahawks won their second Super Bowl in 2026.
Josh Edelson/AFP via Getty Images

Unwinding unusual assets

Sports teams, while clearly valuable, are infrequently sold. That makes them some of the hardest assets to get rid of after an owner’s death.

Jody Allen, as her brother’s executor and trustee, has a legal obligation to sell the team for as much money as possible, which requires careful timing and good business judgment when appraising the asset’s fair market value.

She managed the sale of another sports franchise Allen owned, the NBA’s Portland Trail Blazers, in 2025. The reportedly $4.25 billion deal brought the estate revenue that’s also slated for charity. The timing of the Seahawks’ pending sale – shortly after their latest Super Bowl win – is most likely intended to maximize the amount of money the estate will collect from the eventual buyer.

But some of the National Football League’s rules can complicate a team’s sale.

Other team owners and league officials, for example, must approve any change of ownership. Approval requires the support of more than three-quarters of the league’s other owners.

The NFL also requires all teams to submit a succession plan that explains what will happen if their owner dies to reduce the chance of any disruption that could arise from uncertainty of ownership.

Bulking up his endowment

Once the sale does go through, the money could end up in the foundation Paul Allen co-founded.

Allen donated more than $2 billion during his lifetime to support a wide range of causes primarily tied to medical research, education, the arts and the environment.

Like many ultrawealthy donors, he gave through his own foundation, now called Allen Family Philanthropies.

Six years after his death, it had a roughly $1.4 billion endowment and made more than $62 million in grants annually. Jody Allen, who co-founded Allen Family Philanthropies with her late brother, serves as its board chair and president.

The sale of the Trail Blazers, like the upcoming sale of the Seattle Seahawks, may make his foundation far bigger – leading to even more charitable gifts for years to come.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How the Seattle Seahawks’ sale will score a touchdown for charity 8 years after Paul Allen’s death – https://theconversation.com/how-the-seattle-seahawks-sale-will-score-a-touchdown-for-charity-8-years-after-paul-allens-death-276577

Contre le tabagisme, l’alcoolisme, l’insécurité routière… le marketing social en santé est plus efficace que la communication

Source: The Conversation – France in French (3) – By Karine Gallopel-Morvan, professeur santé publique, École des hautes études en santé publique (EHESP)

Le succès de campagnes de marketing social, comme le « Mois sans tabac », dont l’efficacité a été évaluée scientifiquement, montre comment cette stratégie peut se révéler payante pour déclencher des changements de comportements bénéfiques pour la santé. La restructuration annoncée de Santé publique France, qui met en œuvre les campagnes de prévention en santé, pourrait conduire à un recentrage vers la communication, au détriment du marketing social qui a pourtant fait ses preuves.


De nombreux pays s’appuient sur la démarche du marketing social pour élaborer des campagnes de prévention dont le but est de changer les comportements de santé. En France, cette mission est principalement assurée par Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, dont un des rôles est d’« améliorer et protéger la santé des populations ».

Santé publique France intervient dans des domaines aussi variés que les déterminants de santé (tabac, alcool, drogues, nutrition, environnement, etc.), les maladies infectieuses (Covid-19, grippe…), la santé sexuelle, la santé mentale, les pathologies chroniques comme les cancers, le diabète, etc. L’agence a pleinement intégré le marketing social dès sa création, en 2016.

A l’époque, ce positionnement avait suscité des débats, notamment quant à sa valeur ajoutée par rapport aux campagnes de communication « classiques » qui avaient été mobilisées par le passé. Ce choix stratégique a pourtant permis à Santé publique France de développer des interventions de prévention plus efficaces pour déclencher des changements de comportement.

Depuis, d’autres acteurs, associatifs et publics, ont recours au marketing social. Par exemple, depuis 2020, le « Défi de janvier » (Dry January) vise à questionner individuellement et collectivement notre rapport à l’alcool et changer nos habitudes de consommation pour inciter à un changement de comportement vis-à-vis de ce produit. Cette initiative, qui connaît un succès croissant, est portée par un collectif d’associations. Elle a lieu tous les ans sans l’appui des pouvoirs publics.

Le marketing social : des techniques de marketing commercial appliquées à la santé

L’association des deux termes, « marketing » et « social », est née en 1971. Le marketing social consiste ainsi à transposer certaines techniques du marketing commercial à des programmes sociaux et de santé, dans l’objectif d’en améliorer l’efficacité en matière de changement de comportements.

Son principe fondamental repose sur une connaissance approfondie des publics cibles, afin d’adapter les interventions à leurs caractéristiques, leurs besoins et leurs contraintes. Cette compréhension s’appuie à la fois sur des enquêtes et les apports de la littérature scientifique, afin d’identifier les déterminants des comportements de santé et leurs leviers de modification.

Le marketing social prend également en compte l’environnement dans lequel s’inscrit l’intervention, notamment les facteurs concurrents du comportement promu, comme le marketing des industries du tabac, de l’alcool ou de l’alimentation ultratransformée. Ces pratiques commerciales “concourrentes” à la santé sont connues sous le terme de « déterminants commerciaux de la santé ». Le but sera ici de bloquer la publicité de ces firmes (avec des régulations et interdictions), ou d’apposer des avertissements sanitaires sur les publicités et packagings afin de contrer les messages marketing attractifs.

Le marketing social repose par ailleurs sur une segmentation des populations, donnant lieu à des programmes différenciés selon les spécificités des individus : âge, genre, environnement social, ancrage communautaire, niveau de littératie (niveaux de lecture, d’écriture et de compréhension des textes), etc.

« Mois sans tabac »,« Défi de janvier » et autres marques sociales

Si la campagne de marketing social est amenée à durer, il est opportun qu’elle s’appuie sur une marque qui aide à la mémoriser, à se l’approprier et à l’apprécier : « Mois sans tabac », le « Défi de janvier », ou encore Sam de la Sécurité routière sont des marques sociales connues de toutes et tous.

Sam, le conducteur engagé est une marque sociale de la Sécurité routière (Securite-routiere.gouv.fr).

Chaque programme est ensuite décliné opérationnellement pour chaque cible, autour d’objectifs de changement de comportement, et mis en œuvre selon le « modèle des 5 c » :

  • le comportement à adopter (par exemple, arrêter de fumer) ;

  • des aides et solutions proposées pour réduire les coûts et freins à l’adoption de ce comportement (applications, préservatifs gratuits ou à faible coût…) ;

  • une capacité d’accès aisée aux aides et comportements (rendez-vous rapide pour un dépistage, éthylotests disponibles dans les bars…) ;

  • une communication créative qui mobilise des canaux variés (médias, réseaux sociaux, etc.) ;

  • des collaborations avec des acteurs proches des publics bénéficiaires (associations, éducateurs, professionnels de santé) pour assurer la diffusion de l’intervention.

Enfin, toute campagne de marketing social s’inscrit dans une logique d’évaluation, afin de vérifier que les objectifs souhaités ont bien été atteints au regard des moyens mobilisés (évaluations de processus, d’impact et médicoéconomiques).

Marketing social et communication : une différence fondamentale

Ainsi, si la communication est nécessaire pour dérouler une campagne de marketing social (un des 5C), elle n’est pas suffisante. C’est la conclusion de nombreuses études ayant analysé l’efficacité des interventions élaborées selon les principes du marketing social et qui se déroulaient dans des contextes et milieux variés (lutte contre le tabagisme, l’alcoolisme ou les drogues illicites ; promotion de l’activité physique et de la nutrition à l’école, en entreprise, etc.) puis sur des cibles différentes (population défavorisée, adolescents, professionnels de santé, grand public, etc.).

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion suivante : si les campagnes de communication peuvent agir sur les connaissances, les représentations, les normes, ou encore si elles informent sur l’existence d’un service, elles ne déclenchent pas, à elles seules, des changements de comportement si les autres composantes du marketing social n’y sont pas associées.

L’exemple emblématique du « Mois sans tabac »

L’exemple de la campagne annuelle « Mois sans tabac » lancée en 2016 par Santé publique France et adaptée de la campagne britannique Stoptober est illustratif de l’intérêt du marketing social. Cette intervention inédite en France en a intégré tous les ingrédients pour inviter les fumeurs à faire une tentative d’arrêt du tabac pendant 30 jours, en novembre, et optimiser ainsi leurs chances d’arrêter durablement.

Elle s’est basée sur les modèles théoriques de changement de comportements (théorie de la contagion), une connaissance des parties prenantes et de la cible visée, une prise en compte de la « concurrence » (l’industrie du tabac), une segmentation réfléchie (campagne ciblant les fumeurs quotidiens souhaitant arrêter de fumer, âgés de 18 à 64 ans et les plus vulnérables).

De plus, cette campagne s’appuie sur une proposition comportementale atteignable (arrêter de fumer pendant un « mois »), une marque chaleureuse et conviviale ainsi que des aides et services accessibles facilement et gratuitement ou à un prix très faible (site Internet, coaching personnalisé, numéro de téléphone, kit pour arrêter…).

L’accent est mis sur les bénéfices de l’arrêt. Puis, des collaborateurs et partenaires assurent la diffusion de la campagne et de ses services vers les lieux de vie des fumeurs (associations, pharmacies, entreprises, etc.). Enfin, une campagne de communication est diffusée dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Cette combinaison s’est révélée bénéfique puisque les évaluations quasi continues de la campagne « Mois sans tabac » ont montré son efficacité pour inciter les Français à arrêter de fumer, bien plus que les précédentes campagnes qui se basaient essentiellement sur la communication.

« Mois sans tabac » a ainsi joué un rôle dans l’augmentation des tentatives d’arrêt du tabac (les éditions 2018 et 2019 auraient chacune généré environ 50 0000 tentatives), ainsi que sur l’arrêt du tabac à plus long terme. De plus, l’OCDE a estimé que si elle était maintenue sur la période 2023-2050, cette campagne permettrait d’économiser en moyenne 7 euros par an en dépenses de santé pour 1 euro investi.

Renoncer au marketing social : un retour en arrière pour la santé publique

Dix ans après sa création, la restructuration de Santé publique France annoncée par le gouvernement en janvier 2026 pourrait conduire à un abandon du marketing social au profit d’un « recentrage stratégique » sur la communication, qui serait désormais pilotée par le ministère de la santé et l’Assurance-maladie. Les pouvoirs publics justifient cette évolution par la volonté d’« offrir aux citoyens des messages plus clairs » et « une meilleure efficacité ».

Penser que le recentrage sur la communication et l’abandon du marketing social pourrait être aussi efficace et efficient n’est pas fondé, ni sur le plan scientifique, ni sur le plan empirique. Il faut alors se questionner les réels motifs qui poussent à cette décision : coupe budgétaire, volonté de reprise en main du contenu des messages au détriment des données probantes et des évaluations de campagnes, influence des lobbys ?

L’avenir nous le dira, mais cette évolution pourrait s’opérer au détriment de l’efficacité des politiques de prévention et, in fine, de la santé des Français.

The Conversation

Karine Gallopel-Morvan a reçu des financements de l’INCa, l’IRESP, JApreventNCDs, le Fonds de lutte contre les addictions, la Ligue contre le cancer, Ramsay fondation, l’ARS Bretagne

Ancien Directeur général de Santé publique France 2016-2019

Sylvain Gautier est vice-président de la Société Française de Santé Publique (SFSP) et membre du Comité national de lutte contre le tabagisme (CNCT). Il est président du Conseil national professionnel de santé publique (CNP-SP) et membre du Collège universitaire des enseignants de santé publique (CUESP).

ref. Contre le tabagisme, l’alcoolisme, l’insécurité routière… le marketing social en santé est plus efficace que la communication – https://theconversation.com/contre-le-tabagisme-lalcoolisme-linsecurite-routiere-le-marketing-social-en-sante-est-plus-efficace-que-la-communication-276408

Could joining the state sector be an option for private schools?

Source: The Conversation – UK – By Tilly Clough, Lecturer in Law, Queen’s University Belfast

Molodid Studio/Shutterstock

Private schools in England are facing new financial realities. Following the UK general election in July 2024, the new government introduced VAT on school fees and removed charitable business rates relief for independent schools. At the same time, staffing costs have continued to rise. Employer national insurance contributions have increased, and the national minimum wage has risen.

For some schools – particularly smaller institutions with limited endowments or declining enrolments – this has raised questions about their sustainability.

Although the full impact of these funding changes remains to be seen, they have intensified concerns about sustainability within parts of the independent sector and raised broader questions about reform.

One viable yet underexplored option is the conversion of private schools to the state sector.

Although still relatively rare, a small number of independent schools have taken this route over the past two decades. In a new report, commissioned by thinktank the Private Education Policy Forum, my colleague Tom Richmond and I have carried out the first comprehensive analysis of what happens when independent schools become state schools in England.

Between 2007 and 2017, 27 independent schools converted into state-funded academies or free schools. Twenty-four are still operating today. While the legal route from independent to state provision technically still exists, it has largely fallen out of use, with no conversions taking place since 2017. Independent to state conversion is therefore often overlooked in debates about the future of private education.

Conversion is often viewed as a last resort taken only by schools in serious financial trouble. However, while financial pressures were relevant to many of the schools that converted between 2007 and 2017, they were not the whole story. Schools have also framed conversion as a way to return to their founding missions, which were often explicitly about inclusion and serving local communities rather than educating a fee-paying intake.

The transition itself was not straightforward. Schools reported significant challenges in adapting to the expectations of the state sector. These included the loss of academic selection, the requirement to deliver the national curriculum, and regular inspections by Ofsted, England’s school inspectorate. Many also highlighted the absence of clear guidance from government on key aspects of the conversion process.

In practical terms, this meant that schools which had previously operated with considerable autonomy had to adjust to a far more regulated environment. In some cases, early Ofsted inspections highlighted weaknesses in data use, governance and oversight as schools adjusted to the demands of state accountability.

However, these difficulties were not permanent. Over time, outcomes improved markedly. All but one of the schools that converted and remained open are now rated “good” or “outstanding” by Ofsted.

Former independent primary schools perform at broadly similar levels than other schools in their local authorities. Former independent secondary schools generally achieve stronger attainment and progress outcomes than nearby state schools, though performance varies. Initial adjustment challenges, in other words, did not prevent long-term success.

The consequences – and the future

One of the most significant changes following conversion is in pupil intake.

Removing academic selection and fees transformed who these schools serve. Since conversion, the proportion of pupils with special educational needs has more than doubled. The share eligible for free school meals has risen sharply.

Children on school staircase
There are challenges in moving to the state sector.
Monkey Business Images/Shutterstock

Research has shown that while these schools do not perfectly mirror the national state school population, the gap between them and their local communities has narrowed dramatically.

In many cases, they are far more representative of their surrounding areas than they were as independent institutions. Conversion does not simply change how a school is funded. It can reshape who benefits from its facilities and educational offer.

A common concern is that families will withdraw their children once fees are removed. In practice, this rarely appears to have happened at scale.

Consultation evidence and enrolment patterns show that large majorities of parents supported the move, particularly because it eliminated fees and provided financial certainty. Where schools were required to demonstrate parental demand, applications frequently exceeded available places. Widespread collapse in enrolment – a frequently voiced fear – did not materialise.

Conversion to the state sector is not a solution for every school. Local context matters. The availability of places, building condition and leadership capacity all shape whether conversion is viable. But, the experience of the past two decades suggests that, where carefully managed, conversion can preserve provision, widen access and deliver strong outcomes.

As debates about school funding and the future of private education continue, independent to state conversion is likely to resurface.

If the route is to become viable again, greater clarity is necessary. A clear and permanent pathway – assessed case by case and aligned with local need – would reduce uncertainty. Drawing on the more flexible elements of earlier academy reforms and providing practical support during transition could make the process more workable.

The Conversation

This report was commissioned by the Private Education Policy Forum.

ref. Could joining the state sector be an option for private schools? – https://theconversation.com/could-joining-the-state-sector-be-an-option-for-private-schools-275132

Former Harvard president Summers’ soft landing after Epstein revelations is case study of economics’ trouble with misbehaving men

Source: The Conversation – USA (2) – By Yana van der Meulen Rodgers, Professor of Labor Studies, Rutgers University

Larry Summers, center, is surrounded by the media in 2005 amid calls for his resignation. Jodi Hilton/Getty Images

Economist Larry Summers will resign from his tenured job as a professor at Harvard University, the school announced on Feb. 25, 2026, following heightened scrutiny of his ties with the late convicted sex offender Jeffrey Epstein. Summers will leave at the end of the 2025-26 academic year, with a new title: president emeritus.

It’s a soft landing for his fall from grace.

In November 2025, Harvard launched an investigation of Summers, a former U.S. treasury secretary who previously served as Harvard’s president.

The probe looked into whether Summers and other members of Harvard’s faculty and administration had interactions with Epstein that violated its guidelines on accepting gifts and should be subject to disciplinary action. Summers’ resignation is connected with this ongoing investigation, a Harvard spokesperson told The Hill.

Despite repeated calls by students for Harvard to revoke Summers’ tenure, he held onto his teaching and academic appointments at Harvard until he chose to retire. Students and staff also called for his resignation in 2005 following his disparaging comments about women in science.

“Free of formal responsibility, as President Emeritus and a retired professor, I look forward in time to engaging in research, analysis, and commentary on a range of global economic issues,” Summers said in a statement released on Feb. 25.

Not surprised

As a female economist and a board member of the Committee on the Status of Women in the Economics Profession – a standing committee of the American Economic Association – I wasn’t surprised by the revelations of Summers’ apparent chumminess with Epstein, shocking as they may appear.

After all, it was Summers’ disparaging remarks about what he said was women’s relative inability to do math that led him to agree to relinquish the Harvard presidency in 2006.

And for years, researchers have documented the gender bias that pervades the field of economics.

The title of president emeritus is honorary. It brings with it symbolic recognition and the opportunity to maintain a formal connection to the university. Emeritus status is selective and requires approval at most universities. It’s usually bestowed on retiring professors.

In my view, by conferring this title on Summers, Harvard is signaling that powerful men can outlast gross misconduct with their honorifics intact.

Mugshot of Jeffrey Epstein, left, and headshot of economist Larry Summers.
Documents released in 2025 pointed to close ties between Jeffrey Epstein and Larry Summers.
New York State Sex Offender Registry via AP/Michel Euler

Summers’ ties to Epstein

Summers, until his entanglement in the Epstein scandal came to light, was among the nation’s most influential economists.

But his history of public controversy stretches back to at least 1991, when a memo he wrote while serving as the World Bank’s chief economist appeared to justify sending toxic waste to poorer countries.

Criticism of Summers surged after the House of Representatives released damning messages between Summers and Epstein as part of a dump of more than 20,000 public documents from Epstein’s estate in November 2025.

A series of emails and texts documented how Summers repeatedly sought Epstein’s advice while pursuing an intimate relationship with a woman he was mentoring – while the economist was married to someone else.

Summers was close enough to Epstein that in 2014, the sex offender named the economist as a backup executor for his estate.

The Department of Justice released a much larger tranche of documents in January 2026 in compliance with a law passed by Congress. So far, no major media outlet has reported on any new Summers materials discovered as a result.

Four women hold photos of Jeffrey Epstein aloft.
Protesters hold signs bearing photos of convicted sex criminal and Larry Summers confidante Jeffrey Epstein in front of a federal courthouse on July 8, 2019, in New York.
Stephanie Keith/Getty Images

Harvard’s slow response

The Summers-Epstein exchanges released in November ignited a new round of scrutiny and led to the unraveling of Summers’ prestigious career.

Summers went on leave from teaching at Harvard on Nov. 19 and stepped down from several high-profile boards.

But beyond launching the investigation, Harvard took no decisive action to discipline or sanction Summers. This calculated hesitation, which reflects the institution’s efforts to court funding, power and influence among top donors, appears to have put donor politics above basic accountability.

By contrast, the American Economic Association, the primary professional association for economists, did take swift and harsh action. In an unprecedented move, on Dec. 2, 2025, the AEA announced that it had placed a lifetime ban on Summers from all its conferences and other activities.

Having lots of company

To be sure, Harvard is not the only prestigious university dealing with the aftermath of the Epstein revelations.

The Epstein documents include evidence that administrators and professors at other prestigious colleges and universities like Duke, Yale, Bard, Princeton and Columbia also exchanged messages with Epstein.

As public funding for higher education has eroded, universities have increasingly turned to wealthy donors to underwrite major projects and supplement budgets by endowing professorships and research centers. Epstein appears to have taken advantage of this dependence on rich supporters by presenting himself as someone who could deliver both his own money and access to other affluent donors.

The Epstein files uncovered many email exchanges, meetings and discussions with the sex offender about research and funding opportunities, and they demonstrated how thoroughly the man had embedded himself in academic circles.

Disturbingly, Summers was hardly the only scholar to solicit Epstein’s help in pursuing women.

Among others, Duke University economist Dan Ariely asked him for the contact information of a “redhead” he had met, and Yale computer scientist David Gelernter told Epstein about a woman he called a “v small goodlooking blonde.”

Young women hold signs that say 'Larry Must Go!'
Harvard students and other protesters demand an end to Larry Summers’ Harvard presidency in 2005, after he made disparaging remarks about women in science.
Jodi Hilton/Getty Images

An economics problem

While Summers’ behavior and the reported dynamics between him and a woman he mentored may appear shocking, they are all too common in economics. For years, researchers have been documenting the gender bias that pervades the profession.

The data shows that abuse of power is common among male economists.

A 2019 survey by the AEA documented widespread sexual discrimination and harassment. Almost half of the women surveyed said that they had experienced sexual discrimination, and 43% reported having experienced offensive sexual behavior from another economist – almost always men.

Also, a 2021 study published by the National Bureau of Economic Research documented hostile environments in economics seminars, with female presenters experiencing more interruptions and encountering more patronizing behavior.

In 2024, according to the National Science Foundation, about 1 in 3 newly minted economics Ph.D.s in the U.S. were women, a considerably lower share than in other social sciences, business, the humanities and scientific disciplines. This ratio has changed very little since 1995.

After earning doctoral degrees in economics, women face a leaky pipeline in the tenure track, which represents the highest-paid, most secure and prestigious academic jobs. The higher the rank, the lower the representation of women.

The gender gap is wider in influential positions, such as economics department chairs and the editorial board members of economics journals. Women are also substantially underrepresented as authors in the top economics journals.

This bias not only hurts women who are economists; it can also hamper policymaking by limiting the range of perspectives that inform economic decisions.

Allowing a soft landing

Allowing Summers to commence a dignified retirement while continuing to hold honorifics risks signaling that there are ultimately few consequences at the very top in higher education.

I believe that if colleges and universities want to prove that they are serious about confronting abuses of power within their ranks, they must show that prestige does not entitle anyone, however accomplished, to a soft landing.

Portions of this article appeared in a related article published on Dec. 2, 2025.

The Conversation

Yana van der Meulen Rodgers is a board member of the Committee on the Status of Women in the Economics Association.

ref. Former Harvard president Summers’ soft landing after Epstein revelations is case study of economics’ trouble with misbehaving men – https://theconversation.com/former-harvard-president-summers-soft-landing-after-epstein-revelations-is-case-study-of-economics-trouble-with-misbehaving-men-277025