Escroqueries en ligne : au Cambodge, des victimes torturées dans des « usines à arnaques » se retrouvent sans protection

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ivan Franceschini, Lecturer, Chinese Studies, The University of Melbourne

L’offensive contre les réseaux d’arnaques au Cambodge a libéré des milliers de travailleurs étrangers. Elle a aussi provoqué une crise humanitaire silencieuse : aujourd’hui, des victimes de traite dorment dans la rue en attendant une aide qui tarde à venir.


« Je fuyais la guerre, et je me suis retrouvé à nouveau en guerre. » C’est ainsi qu’Éric, un jeune homme originaire d’Afrique centrale, nous décrit la manière dont il s’est retrouvé dans une scam factory (un centre organisé où des personnes sont contraintes d’effectuer des arnaques en ligne à grande échelle) au Cambodge, avant d’y être bloqué, sans aucune issue possible.

L’histoire d’Éric (nous utilisons un pseudonyme et ne révélons pas son pays d’origine afin de le protéger) ressemble à celle de nombreux travailleurs piégés dans l’industrie des arnaques. Après avoir fui le conflit dans son pays et vécu dans une extrême précarité, Éric a reçu un courriel lui proposant un emploi au Cambodge rémunéré 2 000 dollars américains par mois (1700 euros). Le recruteur l’a rapidement convaincu d’accepter.

Lorsqu’il a tenté de prévenir l’une de ses cibles qu’elle était victime d’une arnaque, les responsables l’ont découvert et l’ont roué de coups avec une telle violence qu’il a cru qu’il allait mourir. Dans les semaines suivantes, il a été témoin de sévices graves infligés à d’autres et de la disparition de plusieurs collègues. L’un d’eux a sauté par une fenêtre, dans ce qui semblait être une tentative de suicide, et n’a jamais été revu.

Un mois plus tard, Éric est parvenu à s’échapper lorsque l’armée thaïlandaise a commencé à bombarder le Cambodge lors d’affrontements le long de leur frontière commune. Sa liberté a toutefois été de courte durée. Il a de nouveau été victime de traite et transféré vers un autre complexe, où il a passé un mois supplémentaire en captivité avant de réussir à fuir définitivement à la mi-janvier.

Offensive gouvernementale

Éric est désormais bloqué au Cambodge, comme des milliers d’autres étrangers libérés ces dernières semaines de scam factories, alors que circulent des rumeurs d’une vaste offensive des autorités contre ce secteur.

Cette répression a commencé le mois dernier après l’arrestation du magnat chinois Chen Zhi, que le département américain de la Justice a présenté comme « le cerveau d’un vaste empire de cyberfraude ».

L’arrestation de Chen a accentué la pression internationale croissante sur le Cambodge pour qu’il assume enfin son rôle dans l’essor de l’industrie mondiale des arnaques en ligne, qui génère chaque année des milliards de dollars de revenus illicites et a conduit à la traite de centaines de milliers de travailleurs vers des « scam factories » sordides en Asie du Sud-Est et au-delà.

Les autorités cambodgiennes ont déjà mené des descentes dans ces complexes par le passé, mais ces opérations sont restées limitées et ont souvent semblé relever davantage du geste symbolique que d’une réelle volonté d’éradication.

Coincés dans l’impasse

L’exode massif de travailleurs hors de ces complexes, dont beaucoup n’ont ni passeport, ni argent, ni destination d’accueil, conduit à ce qu’Amnesty International qualifie de « crise humanitaire en pleine expansion ».

Deux d’entre nous (Ling et Ivan) se trouvaient au Cambodge pour surveiller les scam factories lorsque l’offensive a été lancée. Nous avons vu des personnes désespérées, sans papiers, faire la queue devant leurs ambassades à Phnom Penh, tentant d’obtenir de l’aide pour rentrer chez elles.

L’ambassade d’Indonésie a indiqué que plus de 3 400 personnes ont sollicité une assistance consulaire. D’après nos échanges avec des responsables d’ambassades, l’Ouganda et le Ghana comptent chacun environ 300 ressortissants bloqués, et le Kenya en dénombre plus de 200.

Les ambassades de Chine et d’Indonésie sont parvenues à convaincre le gouvernement cambodgien de placer leurs citoyens dans des centres d’accueil en attendant leur expulsion. Le Kenya, de son côté, a obtenu une exemption des amendes encourues pour absence de documents ou dépassement de visa, et les Kényans bloqués tentent désormais de réunir les fonds nécessaires pour payer leurs billets d’avion.

Les personnes originaires d’autres pays, en revanche, se heurtent à un mur de la part de la bureaucratie cambodgienne.

La plupart des Africains que nous avons rencontrés se trouvent dans une situation dramatique. Ils viennent de pays qui ne disposent pas de représentation diplomatique au Cambodge et ont été éconduits par des agences internationales et par leurs partenaires locaux, invoquant un « manque de ressources » et des restrictions liées à la réglementation locale.

Nombre de survivants ont mis en commun leurs maigres moyens pour louer des chambres dans des pensions acceptant les personnes sans papiers, tandis que d’autres sont contraints de dormir dans la rue ou de dépendre de la générosité de bons samaritains. Beaucoup vivent dans la crainte d’une arrestation, la police procédant à des contrôles dans les habitations et les hôtels pour vérifier les documents d’identité.

Éric fait partie des relativement chanceux qui ont pu trouver un hébergement temporaire, mais son avenir reste profondément incertain. Il n’a ni passeport, ni famille, ni pays vers lequel retourner. Interrogé sur ses espoirs, il répond simplement qu’il veut un endroit où recommencer sa vie – peu importe lequel. Il est aussi désespéré à l’idée de partir à la recherche de sa famille restée au pays, ne sachant même pas si elle est encore en vie.

La fin d’une industrie ?

Les autorités cambodgiennes présentent ces opérations comme une rupture décisive avec le passé. Elles se sont engagées à éradiquer les puissants réseaux d’arnaques en ligne présents dans le pays d’ici avril.

Reste à savoir si ces raids traduisent un véritable changement de cap durable ou s’ils constituent une réponse ponctuelle à un regain de pressions diplomatiques. Bien qu’il s’agisse de l’action la plus vaste menée à ce jour par le Cambodge, ce n’est pas la première offensive du gouvernement. L’industrie, jusqu’à présent, y a toujours survécu.

Et des poches d’activité subsistent. D’après notre veille sur Telegram et nos échanges avec des acteurs du secteur, nombre d’entre eux continuent d’opérer dans des zones comme Koh Kong et Poipet.

En outre, des réseaux d’arnaques poursuivent le recrutement de travailleurs toujours piégés dans le pays. Plusieurs victimes bloquées nous ont confié avoir été approchées avec des offres d’emploi présentées comme un moyen simple de gagner assez d’argent pour financer leur billet de retour.

Par ailleurs, les réseaux continuent de recruter parmi les travailleurs coincés dans le pays. De nombreuses victimes bloquées nous ont raconté avoir été démarchées avec des offres d’emploi présentées comme une solution rapide pour réunir l’argent nécessaire à un billet d’avion et rentrer chez elles.

Des annonces d’emploi circulent également sur Telegram, visant ces mêmes personnes avec de prétendues « opportunités » précisément au moment où elles sont les plus vulnérables. Beaucoup ont subi de graves violences et ont un besoin urgent d’un soutien psychologique.

À ce stade, les appels des survivants à la communauté internationale sont restés largement sans réponse. Faute d’une intervention rapide et coordonnée pour leur venir en aide, les perspectives sont sombres – et l’avantage risque, une fois encore, de revenir aux escrocs.

The Conversation

En 2024, Ivan a cofondé EOS Collective, une organisation à but non lucratif consacrée à l’analyse des mécanismes de l’industrie des arnaques en ligne et des réseaux criminels qui l’alimentent, ainsi qu’au soutien des survivants contraints de participer à ces activités illégales.

Charlotte Setijadi a précédemment bénéficié de financements de recherche du ministère de l’Éducation de Singapour et du Singapore Social Science Research Council. Elle est actuellement l’une des co-responsables de l’Indonesia Forum de l’Université de Melbourne.

En 2024, Ling Li a cofondé EOS Collective, une organisation à but non lucratif dédiée à l’étude des mécanismes de l’industrie des arnaques en ligne et des réseaux criminels qui la structurent, ainsi qu’au soutien des survivants contraints de participer à ces activités illégales.

ref. Escroqueries en ligne : au Cambodge, des victimes torturées dans des « usines à arnaques » se retrouvent sans protection – https://theconversation.com/escroqueries-en-ligne-au-cambodge-des-victimes-torturees-dans-des-usines-a-arnaques-se-retrouvent-sans-protection-275961

Le droit civil n’aime pas les chats, mais il aime la responsabilité

Source: The Conversation – France (in French) – By Jordy Bony, Docteur et Professeur en droit à l’EM Lyon, EM Lyon Business School

Quand le chat, malgré sa liberté légendaire, se heurte à un adversaire aussi têtu que le Code civil, quand un plaignant obtient, outre des dommages et intérêts, le versement d’une astreinte financière de 30 euros chaque fois que le félin domestique de sa voisine entrera dans son jardin, cela donne un jugement qui fait beaucoup jaser médiatiquement, mais qui n’est pas du tout surprenant quand on regarde ce que dit le droit.


Le Code civil n’aime pas les chats parce qu’ils sont indisciplinés, imprévisibles et libres, trois qualités que le droit supporte mal. En revanche, il aime la responsabilité, car elle permet de réparer sans juger.

Retour sur une actualité surprenante datant de 2025 : une propriétaire de chat a été condamnée à payer 1 250 euros à son voisin pour des dégradations causées par son animal. Si cette décision a suscité beaucoup d’émoi, elle permet aussi de mieux comprendre une logique du droit civil méconnue du grand public, celle de la réparation sans faute du fait de l’animal, et, de façon plus globale les enjeux juridiques concernant le statut de nos compagnons domestiques.

Les faits et la décision de justice

En l’espèce, une propriétaire de chat vivant dans une maison individuelle laissait son animal circuler librement à l’extérieur. À plusieurs reprises, le chat s’est introduit dans la propriété voisine, où il a causé diverses dégradations, notamment dans le jardin et les aménagements extérieurs. Malgré les démarches amiables entreprises par le voisin pour faire cesser ces intrusions, les passages répétés de l’animal se sont poursuivis.

Estimant subir un préjudice anormal et récurrent, le voisin a alors saisi le tribunal judiciaire compétent. Il reprochait à la propriétaire de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher son chat de pénétrer sur sa propriété et sollicitait une indemnisation au titre des nuisances et dégradations subies.

Par une ordonnance rendue en janvier 2025, le tribunal de Béziers (Hérault) a fait droit à cette demande. Il a condamné la propriétaire du chat à verser une somme totale de 1 250 euros, comprenant des dommages et intérêts ainsi que des frais de justice. Le juge a également assorti sa décision d’une astreinte financière en cas de nouvelles intrusions de l’animal sur la propriété voisine (soit 30 euros à chaque passage de l’animal chez le voisin), afin d’inciter la propriétaire à prendre des mesures effectives pour y mettre fin. À noter que le voisin avait installé des caméras chez lui pour prouver le passage du chat.

Cette décision, largement relayée dans les médias, a pu surprendre par son montant et par l’idée même qu’un propriétaire puisse être tenu de réparer le comportement d’un chat, animal souvent perçu comme indépendant et difficilement contrôlable. Elle s’inscrit pourtant dans une logique juridique bien établie en droit civil, fondée sur la responsabilité du gardien de l’animal et sur la protection des victimes de troubles anormaux de voisinage.

Explication de la logique juridique

La première clé de compréhension, très pragmatique, est la suivante : le droit civil ne s’intéresse pas à l’intention de l’animal. Il s’intéresse à une question plus terre-à-terre : qui doit réparer le dommage survenu à la suite des intrusions du chat ?

C’est précisément l’objet de la responsabilité civile : remettre la victime du dommage, autant que possible, dans la situation où elle se serait trouvée si le dommage n’avait pas eu lieu. Et c’est là que le chat, malgré son indépendance légendaire, tombe sur un adversaire plus têtu que lui : le Code civil.

En droit civil français, la responsabilité civile est encadrée par les articles 1240 et suivants du code civil. L’article 1243 intéresse particulièrement notre cas. Il énonce la chose suivante :

« Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré ou échappé. »

Autrement dit le propriétaire dont le chat erre dans le voisinage devra répondre des dégradations commises par ce dernier, qu’importe que cela soit le résultat d’un manque de diligence ou non. Le Code civil est plutôt clair sur la question.

Il en va de même pour les parents responsables de leurs enfants mineurs causant des dégradations ou des instituteurs et artisans qui sont responsables de leurs élèves et apprentis lorsqu’ils sont sous leur surveillance.

Il faut insister sur un point qui explique, à lui seul, le sentiment de « sévérité » que cette affaire peut susciter : la responsabilité du fait des animaux est une responsabilité de plein droit. Concrètement, le voisin n’a pas à démontrer que la propriétaire a été négligente ni qu’elle « aurait pu faire mieux » : il doit surtout établir que l’animal a joué un rôle dans la survenance du dommage et que la personne poursuivie en était le propriétaire ou, plus largement, le gardien. Qu’importe, d’ailleurs, que l’animal viennent une seule fois ou de façon récurrente. À partir du moment où le lien peut être établi avec certitude entre un dommage certain, la venue du chat et le propriétaire, la responsabilité peut être engagée.

Être le gardien d’un chat implique d’être tenu responsable de ses possibles dégradations des biens d’autrui.
Fourni par l’auteur

En droit, la notion de « garde » renvoie à l’idée de maîtrise : celui qui a l’usage, le contrôle et la direction de l’animal. Dans l’immense majorité des cas, c’est le propriétaire. Et c’est précisément parce que le chat est un chat (mobile, autonome, parfois fugueur) que le droit choisit une règle simple : la victime ne supporte pas le risque de cette autonomie ; le gardien, si, lorsqu’il est parfaitement identifiable.

C’est quelque chose qui peut être sous-estimé, mais adopter un animal est de fait vecteur de responsabilité. La Société protectrice des animaux (SPA) met d’ailleurs régulièrement à jour la liste des obligations des propriétaires d’animaux domestiques.

À ce stade, le raisonnement est clair, mais l’affaire ne se limite pas à un pot de fleurs renversé. Elle parle aussi de voisinage. En effet, le deuxième fondement utile pour comprendre la décision est la théorie du trouble anormal de voisinage, désormais consacrée dans le Code civil. L’article 1253 dispose que

« Le propriétaire […] qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte. »

Dans le langage juridique, « de plein droit » signifie ici que la victime n’a pas à prouver une faute, à condition d’établir l’existence d’un trouble anormal et un lien de causalité entre ce trouble et le chat.

Là encore, la logique est accessible : vivre en société implique d’accepter des désagréments ordinaires. Mais lorsqu’une nuisance dépasse ce qu’on peut raisonnablement tolérer (par sa répétition, sa durée, sa fréquence ou son intensité), le droit ouvre droit à réparation. Dans cette affaire, la répétition des intrusions (et la persistance malgré les démarches amiables) est précisément ce qui fait basculer le dossier du simple incident vers un trouble que le juge peut considérer comme anormal.

Reste enfin une question plus générale, qui explique aussi l’étonnement du public : quel est, au juste, le statut juridique d’un animal ?

Un animal sensible… mais pas responsable au sens du droit

Le droit français reconnaît la singularité de l’animal : l’article 515-14 du Code civil dispose que les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité, tout en précisant qu’ils demeurent soumis au régime des biens (sous réserve des lois qui les protègent).

Autrement dit l’animal n’est pas reconnu comme un bien classique au sens du Code civil, mais il n’est pas non plus un sujet de droit civilement « débiteur » : il ne peut pas, juridiquement, être condamné à indemniser. Le droit civil se tourne donc vers une personne : le gardien, parce que c’est le seul acteur doté d’un patrimoine sur lequel la réparation peut s’exécuter. C’est cette singularité qui permet d’affirmer avec humour que « le droit civil n’aime pas les chats » dans le sens où l’animal, en général, s’est révélé être un des enjeux juridiques de la modernisation du droit civil.

Le statut juridique de l’animal demeure toujours un sujet d’intenses débats, riches également en précédents historiques qui peuvent sembler étonnants, à l’instar des procès des animaux qui ont été rendus du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle. Aujourd’hui, les poursuites pénales à l’encontre des animaux ne sont pas possibles puisqu’ils sont dénués de personnalité juridique. C’est un élément auquel il faut cependant faire attention, car certaines personnes défendent aujourd’hui l’octroi d’une personnalité juridique animale.

Une truie et ses porcelets jugés pour le meurtre d’un enfant. Le procès aurait eu lieu en 1457. la mère a été reconnue coupable mais les porcelets ont été acquittés.
Wikimédia, CC BY

Au fond, cette affaire en dit moins sur les chats que sur le droit civil : ce dernier ne moralise pas, il œuvre pour la réparation. Le propriétaire d’un animal peut trouver cela injuste, surtout lorsque l’animal échappe en partie à son contrôle. Mais c’est précisément la logique du système : éviter que la victime supporte seule un trouble qu’elle n’a pas choisi. Le droit civil n’a pas de préférence pour les chats ou contre eux. Il a une préférence constante : identifier un responsable et réparer.

Si le chat fauteur de troubles avait été un animal errant sans propriétaire, il aurait été manifestement impossible pour le propriétaire du jardin d’obtenir réparation, en l’absence de gardien identifié du félin. Idem pour les animaux non domestiques qui doivent faire l’objet d’une autre forme de contrôle.

À cet égard, le statut du chat peut troubler. Si le droit le considère comme un animal domestique quand il a un gardien, certains peuvent questionner cette nature. C’est ce que souligne l’historienne des sciences Valérie Chansigaud dans Histoire de la domestication animale (2020), lorsqu’elle rappelle le statut atypique du chat. À la différence de nombreuses races de chiens dont l’aptitude à la chasse s’est trouvée « altérée par la domestication », le chat conserve généralement ses capacités de prédateur. Il peut s’éloigner de son gardien, et il reste « difficile de distinguer morphologiquement » les chats domestiques des chats sauvages. Le chat demeure ainsi, écrit-elle, « une énigme » qui « interroge la notion même de domestication ».

The Conversation

Jordy Bony ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le droit civil n’aime pas les chats, mais il aime la responsabilité – https://theconversation.com/le-droit-civil-naime-pas-les-chats-mais-il-aime-la-responsabilite-276321

We need to talk about how Black women educators experience burnout and care

Source: The Conversation – Canada – By Nadia Clarke Cordick, PhD Student, Educational Studies, Lakehead University

When I began teaching, I was the only Black educator on staff at my Ontario school.

In addition to my official responsibilities, I was often called on to translate cultural dynamics, support students experiencing racism and provide emotional labour for colleagues — for instance by serving as a shoulder to cry on.

As research related to Ontario and elsewhere in Canada shows, both these situations — of finding myself the sole Black educator on a staff, and being expected to provide emotional labour — are common for Black teachers.

No one named the cultural translation and emotional labour tasks, they were simply expected. While professional development days offered “wellness” sessions on mindfulness and stress reduction, they never addressed the racialized stress I was experiencing or named a systemic problem to be solved.

While often well-intentioned, as researchers across sectors have examined, “wellness” focused on individual responsibility can often be interpreted as asking individuals to cope better, rather than asking institutions, cultures or social structures to change.

Now, in my doctoral studies, I am developing a research plan to conduct a qualitative study with Black women educators in Ontario, where I explore how they experience burnout and care in predominantly white school systems — and how they re-imagine those systems as places of dignity, rest and belonging.




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Being the ‘only one’ at work and the decades long fight against anti-Black racism


Wellness focused on the individual

Teacher wellness strategies comprise things like short-term initiatives and professional development focused on stress management. These may be offered by school boards, teacher unions or third-party organizations.

Approaches to teacher wellness often ignore deeper contexts, including around racialized and gendered inequities: for example, that Black women educators face disproportionate stress due to systemic racism, isolation and exploitative emotional labour.

Research shows that generic self-care programming fails to acknowledge how race and gender shape the experience of burnout in education. Without addressing institutional conditions, these “solutions” become bandages on a structural wound.

The weight Black women carry in schools

Black women are often positioned as caretakers, expected to support students, serve on equity committees and manage diversity work, all while navigating workplace bias and surveillance. These added burdens are rarely acknowledged or compensated.

A 2023 doctoral dissertation called this out directly: “wellness” for Black women educators often becomes a form of resistance, not just recovery, in the face of institutional neglect. Emotional exhaustion is not a personal failure, but a predictable outcome of systems that extract care without offering care in return.

Many Black women educators also report experiencing “racial battle fatigue,” a term describing the cumulative toll of daily microaggressions, stereotype threats and constant self-monitoring in predominantly white environments.




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Addressing anti-Black racism is key to improving well-being of Black Canadians


In exploratory conversations conducted as part of developing my research,
I am hearing that Black women educators are experiencing harm in the very systems that claim to support their well-being — that we are being asked to survive conditions that need to change. One educator in Durham Region shared the following:

“In 2011 and again in 2019, I had white colleagues reach out and touch my hair, one of them during an introduction by my administrator. I had to tell them it made me uncomfortable, and that conversation was hard. But it’s the kind of emotional labour we carry, quietly.”

During the COVID-19 pandemic, emotional labour became even more visible. The same educator recalled that after George Floyd’s murder:

“Our admin opened a staff meeting by asking how we were feeling. There was no prep. No follow-up. It felt like emotional voyeurism. What were they offering in return for that vulnerability?”




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How to deal with the pain of racism — and become a better advocate: Don’t Call Me Resilient EP 2


Afrofuturism offers a liberatory framework

To truly support Black women educators, we need frameworks that centre justice, imagination and collective care, not just resilience.

One such approach is Afrofuturism: a Black radical tradition that blends memory, imagination and the envisioning of liberated futures and new worlds beyond racial violence.

In educational contexts, Afrofuturism has been used to disrupt deficit narratives and imagine liberatory possibilities for Black learners and educators alike.

Informed by Afrofuturist and Black feminist thought, my emerging research identifies four recurring principles that reframe well-being as political, collective and embodied:

  • Speculative imagination: Dreaming of educational spaces that don’t yet exist.

  • Embodiment: Honouring the body as a site of knowledge and resistance.

  • Fugitivity: Refusing harmful systems and finding joy outside their boundaries.

  • World-making: Creating new models of care, rest and belonging.

‘Affinity spaces’

These Afrofuturist and Black feminist principles partly emerged in practice during my earlier research in social justice studies, when I collaborated with Hill Run Club, a Toronto-based Black women’s running and wellness collective.

Working alongside 12 Black women over the course of a year, I engaged as both a researcher and a run coach through movement, reflective journaling and vision boarding. This community-rooted project was co-created with participants and explored how Black women experience wellness, safety, body politics and belonging in predominantly white fitness spaces.

This work countered dominant wellness narratives by engaging in speculative reimagining and centring community-rooted care as acts of resistance.
It also laid the methodological and theoretical foundation for my current research.

In a narrative interview, Aaries Clarke Cordick, a teacher candidate in Ontario, shared what Afrofuturist wellness means to her:

“Affinity spaces make a difference. Being around colleagues with similar philosophies of inclusion, or even just seeing teachers who reflect the diversity of our students matters. We need PD [professional development] that speaks directly to racial battle fatigue and burnout, especially for those working with marginalized students but in staff cultures that aren’t Black.”

How we can actually do better

So what would it mean to take Black women educators’ well-being seriously?

My work will continue to engage three approaches that shift the focus from individualized “self-care” toward structural, community-rooted change:

Institutionalize sister circles: These peer-led spaces are already being used informally for mutual support, mentorship and storytelling. Schools should recognize and resource them as formal professional learning structures.

Build radical rest into policy: Instead of encouraging teachers to “unplug” after work, school boards can conduct equity audits and provide protected wellness time during the school day.

Co-create wellness initiatives: Black women educators must be at the centre of designing wellness policies that reflect their lived realities, not treated as afterthoughts in generic programming.

These changes require commitment, but they are not impossible. They ask school systems to shift from extractive relationships to reciprocal ones, where care is not just encouraged but embedded.

Afrofuturism invites us to envision education as a site of liberation, not just endurance. In doing so, it reminds us that the well-being of Black women educators is not a luxury. It is a political imperative, and a blueprint for better schools for everyone.

The Conversation

Nadia Clarke Cordick does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. We need to talk about how Black women educators experience burnout and care – https://theconversation.com/we-need-to-talk-about-how-black-women-educators-experience-burnout-and-care-274400

Lever le voile sur les microbiotes inconnus des coraux du Pacifique à bord de Tara

Source: The Conversation – France in French (2) – By Shinichi Sunagawa, Associate Professor at the Department of Biology, Swiss Federal Institute of Technology Zurich

Les récifs coralliens sont des structures qui abritent une variété de microbiomes formant un réservoir de diversité taxonomique (c’est-à-dire d’espèces, genres et familles), génétique et chimique. Shinichi Sunagawa, Fourni par l’auteur

Depuis des décennies, nous voyons les récifs coralliens comme les « forêts tropicales aquatiques » : des écosystèmes colorés et complexes regorgeant de poissons, d’éponges et de coraux. Cependant, nos recherches récentes suggèrent que cette vision passe sous silence un aspect crucial des récifs coralliens. Au-delà de leurs couleurs si vivaces, ils abritent tout un monde microscopique. Cet univers caché se compose de nombreux ingénieurs chimistes, qui pourraient détenir les clés d’une prochaine génération de médicaments vitaux.

Nos travaux, publiés aujourd’hui dans Nature, fruit d’une collaboration internationale entre mon laboratoire et ceux des professeurs Paoli et Piel avec la Fondation Tara Océan, montrent que les coraux ne sont pas de « simples » animaux individuels, mais plutôt des « super-organismes ». On pourrait les imaginer comme des villes animées où le récif corallien fournit un habitat vivant à des milliards de microbes qui y accomplissent des fonctions vitales.

Ce que nous avons découvert au sein de ces communautés microscopiques nous a stupéfiés : en analysant 820 échantillons provenant de 99 récifs coralliens à travers le Pacifique, nous avons reconstitué le génome de 645 espèces microbiennes vivant dans les coraux… dont plus de 99 % étaient totalement inconnues.

Qui plus est, nos études génétiques montrent que ces minuscules résidents ne sont pas passifs, mais des ingénieurs chimistes prolifiques : ils abritent dans leur ADN une immense variété de « plans » biosynthétiques (qui visent la formation de composés chimiques par des êtres vivants, des bactéries par exemple). Cette variété est plus grande que ce qui a été documenté jusqu’à présent dans l’ensemble des océans du monde.

Comment avons-nous fait cette découverte ?

Notre découverte a commencé à bord de la goélette de recherche Tara, longue de 36 mètres et conçue pour résister à la glace arctique. Après avoir mené une exploration approfondie du plancton dans les océans du globe, Tara nous a servi de laboratoire flottant pour la mission Tara Pacific. Pendant plusieurs années, notre équipe a visité 99 récifs à travers le Pacifique. La vie à bord de Tara, c’est l’unique combinaison d’une navigation pas toujours paisible et d’une biologie high tech : tandis que l’équipage gérait le navire, des équipes de plongeurs collectaient des échantillons de coraux dans des archipels éloignés de plusieurs milliers de kilomètres.

carte
Le trajet de l’expédition Tara et sa collecte d’échantillons.
tara, Fourni par l’auteur

De retour à terre, un vrai travail de détective a commencé. Le séquençage de l’ADN au Centre National de Séquençage français (Genoscope) et la reconstruction des génomes à l’aide des supercalculateurs de l’ETH Zurich nous ont permis de décoder les informations génétiques des microbes coralliens.

Ainsi est apparue une carte des microbiomes coralliens du Pacifique, à une échelle inédite. Nous avons découvert que les microbes sont très spécifiques à leurs hôtes coralliens ; chaque espèce de corail possède sa propre empreinte microbienne façonnée au cours de millions d’années d’évolution.

En quoi cette découverte est-elle importante ?

La plupart des médicaments actuels ont été découverts dans la nature, le plus souvent à partir de bactéries du sol. Mais aujourd’hui, les bactéries résistantes aux antibiotiques constituent une menace mondiale croissante et nous sommes à court de nouvelles pistes dans le sol.




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C’est là que les minuscules mais puissants « ingénieurs chimistes » des récifs coralliens prennent toute leur importance en termes d’applications potentielles. Dans leur ADN, ces microbes codent des ensembles de gènes biosynthétiques : des manuels d’instructions pour construire diverses molécules biochimiques, y compris des antibiotiques.

En effet, comme les microbes associés aux coraux vivent dans l’environnement hautement compétitif des récifs, ils ont développé des armes chimiques sophistiquées pour défendre leurs hôtes ou combattre leurs rivaux. En identifiant ces ensembles de gènes biosynthétiques, nous avons donc découvert une « bibliothèque moléculaire » écrite dans un langage que nous commençons seulement à traduire. Ces substances chimiques pourraient peut-être apporter des solutions aux défis biotechnologiques et aux maladies humaines.

Quelle est la prochaine étape ?

Notre découverte de nouvelles espèces microbiennes et de la diversité biochimique des coraux n’est qu’un début. L’expédition Tara Pacific n’a étudié qu’une poignée d’espèces de coraux, alors qu’au moins 1500 ont été décrites dans le monde entier, ce qui suggère un énorme potentiel de percées scientifiques.

Mais une tragédie est en train de se dérouler : à mesure que le changement climatique réchauffe les océans, les récifs coralliens meurent. Lorsqu’un récif disparaît, nous ne perdons pas seulement un magnifique écosystème, nous assistons à la « combustion » de cette bibliothèque, avant même d’avoir eu la chance d’en lire les livres.

Le voyage qui a commencé sur Tara est désormais une course contre la montre pour percer les secrets contenus dans les microbiomes des coraux et autres organismes récifaux avant qu’ils ne disparaissent à jamais. Il est essentiel de protéger les récifs, non seulement pour l’environnement et les millions de personnes qui en dépendent directement, mais aussi pour préserver la pharmacie biologique qui pourrait protéger la santé humaine pour les générations à venir.

The Conversation

Shinichi Sunagawa a reçu des financements de la Swiss National Science Foundation.

Chris Bowler ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Lever le voile sur les microbiotes inconnus des coraux du Pacifique à bord de Tara – https://theconversation.com/lever-le-voile-sur-les-microbiotes-inconnus-des-coraux-du-pacifique-a-bord-de-tara-276891

Les lésions cérébrales sont près de 10 fois plus fréquentes chez les personnes sans-abri. Il faut en tenir compte pour faire face à l’itinérance

Source: The Conversation – in French – By Mauricio A. Garcia-Barrera, Professor of Psychology, University of Victoria

Au Canada, 60 000 personnes n’ont pas d’endroit où dormir chaque nuit. Selon les estimations, plus de la moitié d’entre elles ont subi une lésion cérébrale au cours de leur vie, la plupart avant de vivre en situation d’itinérance. On évalue que 22,5 % d’entre elles ont une lésion cérébrale modérée ou grave, soit un taux près de dix fois supérieur à celui de la population générale.


De nombreux facteurs peuvent conduire une personne à ne plus avoir de domicile, notamment la maltraitance, la criminalité ou d’autres événements difficiles, qui peuvent tous être corrélés avec une lésion cérébrale. Celle-ci peut entraîner un trouble mental, la toxicomanie, de l’impulsivité ou de l’agressivité. Ces troubles peuvent à leur tour conduire au chômage, à une dislocation de la famille ou à d’autres causes connues de l’itinérance.

Le terme « lésion cérébrale acquise » désigne une lésion cérébrale survenue après la naissance, provoquée par une force physique externe (traumatisme crânien) ou par des problèmes internes, comme un accident vasculaire cérébral ou une infection (non traumatique). Plus la lésion est grave, plus l’atteinte est importante et plus les capacités cognitives risquent d’être affectées.

Déficit cognitif et itinérance

Au laboratoire CORTEX de l’Université de Victoria, nous effectuons des recherches sur les répercussions des lésions cérébrales.

Celles-ci entraînent souvent une série de troubles cognitifs, tels qu’un brouillard mental, de la fatigue, des difficultés de concentration et des problèmes de mémoire, qui perturbent l’apprentissage et le fonctionnement quotidien. Les fonctions exécutives, notamment les processus de prise de décision et de résolution de problèmes, peuvent être particulièrement affectées.

Si ces troubles ne sont pas diagnostiqués ni pris en charge, ils ont des répercussions sur tous les aspects de la vie : baisse des performances professionnelles et scolaires, détérioration des relations et érosion des mécanismes d’adaptation sains.

Garder un emploi, poursuivre des études ou gérer des responsabilités familiales peuvent alors constituer d’importants défis. Prendre ses médicaments, se rendre à ses rendez-vous ou accomplir des tâches telles que remplir un formulaire peuvent devenir des tâches presque impossibles. Les difficultés financières, les pertes interpersonnelles et le stress chronique ne font qu’aggraver ces difficultés.

Sans soutien adéquat, ces facteurs convergent, augmentant les risques de se retrouver en situation d’itinérance et de subir d’autres lésions cérébrales.

Lacunes systémiques dans les mesures de soutien

Nos recherches ont permis d’identifier plusieurs obstacles systémiques qui empêchent les personnes atteintes de lésions cérébrales de sortir du cycle de l’instabilité résidentielle et de l’itinérance.

La stigmatisation est omniprésente et peut nuire à la qualité des soins. Certains, ayant perdu confiance dans les systèmes et les prestataires de services, peuvent renoncer à demander de l’aide.

Les systèmes de santé et d’hébergement fonctionnent en vase clos. Les longues listes d’attente, les procédures administratives complexes et la faible coordination entre les organismes rendent l’accès aux services difficile, en particulier pour les personnes atteintes de lésions cérébrales qui peuvent avoir besoin de soutien pour remplir des documents, aller à des rendez-vous et exprimer leurs besoins.

De nombreuses personnes atteintes de lésions cérébrales comptent sur des programmes d’aide au revenu. La disparité entre les montants accordés et la hausse du coût de la vie suscite de plus en plus d’inquiétudes. Sur le marché locatif actuel, les logements « abordables » sont inaccessibles pour les personnes qui dépendent de tels programmes. Lorsqu’elles trouvent un logement, elles ne disposent plus que de ressources minimales pour subvenir à leurs besoins fondamentaux, une fois le loyer payé. Cette situation, conjuguée au sous-investissement dans les logements supervisés et de transition existants, réduit encore davantage l’offre de logements adéquats.

Que pouvons-nous faire ? Voici cinq solutions

Les observations de nos partenaires communautaires ont donné lieu aux recommandations suivantes visant à améliorer la santé et le bien-être des personnes en situation d’itinérance et atteintes de lésions cérébrales. Elles sont classées ci-dessous par ordre de priorité :

1. Fournir des logements accessibles et abordables

Les personnes atteintes d’une lésion cérébrale ont besoin de logements abordables et accessibles, assortis de soutien adéquat, tels que des modes de transport alternatifs, des environnements adaptés à leur âge et des options de vie flexibles. Une approche axée sur le logement, accompagnée d’une aide financière adéquate, leur apporte la stabilité nécessaire pour réussir leur intégration dans la collectivité.

2. Améliorer les ressources pour les prestataires de services

Une formation destinée aux professionnels de santé et aux employés des services publics en contact régulier avec des personnes sans-abri, comme les intervenants communautaires et les policiers, peut contribuer à améliorer la qualité des soins. Il est également essentiel d’étendre les services de santé liés aux lésions cérébrales aux personnes en situation d’itinérance, en mettant l’accent sur les services de dépistage et de diagnostic, qui permettent de les orienter vers des soins spécialisés.

3. Concevoir des services adaptés aux besoins

Les services de santé doivent prendre en compte les besoins fondamentaux qui sont souvent négligés. Par exemple, les prestataires devraient proposer des espaces de rangement, sans exiger de pièce d’identité, pour permettre aux patients sans domicile de ranger leurs effets personnels en toute sécurité pendant leurs rendez-vous, souvent nombreux après une lésion cérébrale.

4. Améliorer la collaboration et adopter une approche intégrée à long terme

En améliorant la communication entre les autorités sanitaires et les prestataires de services de logement, on peut faciliter la transition entre l’hôpital (après une lésion cérébrale) et le logement, et éviter ainsi que des patients se retrouvent à la rue après leur sortie. Le concept de prise en charge spécialisée est essentiel, car une équipe multidisciplinaire de professionnels de santé est nécessaire pour comprendre les besoins particuliers liés aux lésions cérébrales, aux troubles psychiatriques ou physiques, ainsi que la manière dont ces difficultés se combinent chez les personnes en situation d’itinérance. La continuité des soins est également cruciale, car les lésions cérébrales peuvent nécessiter un soutien à vie.

5. Réduire la stigmatisation grâce à l’éducation publique

Les campagnes d’éducation en santé publique apparaissent comme un moyen prometteur de sensibiliser le public et de réduire la stigmatisation. Sensibiliser à la corrélation entre les lésions cérébrales et l’itinérance pourrait nourrir la compassion.

Soutenir une stratégie nationale : projet de loi C-206

Le lourd fardeau que représentent les lésions cérébrales pour les personnes sans-abri est indéniable. Le projet de loi C-206, qui vise à mettre en place une stratégie nationale pour les lésions cérébrales, marque une étape importante dans la prise en charge de ces lésions au Canada, et par le fait même, dans la lutte contre l’itinérance.


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La législation vise à améliorer la prévention, le traitement et le soutien à la réadaptation de millions de Canadiens victimes de lésions cérébrales. Le projet de loi met l’accent sur la collaboration, l’éducation du public et la fourniture de soins aux personnes et à leurs familles qui doivent apprendre à vivre avec les conséquences d’une lésion cérébrale. Une stratégie nationale aura une incidence visible pour les personnes touchées, ainsi que pour l’ensemble de nos collectivités.

La Conversation Canada

Mauricio A. Garcia-Barrera reçoit des fonds de recherche liés aux travaux mentionnés dans cet article de l’ancien ministère de la Santé mentale et des Dépendances de la Colombie-Britannique, de la Vancouver Foundation, de Michael Smith Health Research BC et de Mitacs.

Cole J. Kennedy reçoit des fonds pour les recherches mentionnées dans cet article du ministère de la Santé mentale et des Dépendances de la Colombie-Britannique, de la Vancouver Foundation, de Michael Smith Health Research BC, de Mitacs et de la BC Brain Injury Association. Il bénéficie également du soutien d’Island Health et des Instituts de recherche en santé du Canada.

Grace C. Warren reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada dans le cadre d’une bourse d’études supérieures de maîtrise.

ref. Les lésions cérébrales sont près de 10 fois plus fréquentes chez les personnes sans-abri. Il faut en tenir compte pour faire face à l’itinérance – https://theconversation.com/les-lesions-cerebrales-sont-pres-de-10-fois-plus-frequentes-chez-les-personnes-sans-abri-il-faut-en-tenir-compte-pour-faire-face-a-litinerance-276555

Corruption des élus locaux, anatomie d’un phénomène français

Source: The Conversation – in French – By Bertrand Venard, Professeur / Professor, Audencia

Contrairement à ce que l’on peut voir dans d’autres pays européens, les atteintes à la probité font rarement figure d’enjeu majeur lors des élections en France. Le pays connaît pourtant bien un problème de corruption et de mauvaise gestion des deniers publics, notamment à l’échelon local.

La corruption municipale en France constitue un enjeu essentiel pour la démocratie. Selon le Baromètre 2025 de la confiance politique du Cevipof, 46 % des Français expriment une défiance envers les élus locaux et, plus grave, 79 % ont un sentiment négatif à l’égard de la politique en général. De même, selon une étude européenne, 69 % des Français pensent que les institutions publiques locales et régionales sont corrompues.

Cette défiance s’explique en partie par la récurrence des affaires de fraudes révélées ces dernières années, comme l’illustrent les condamnations de Patrick Balkany, longtemps maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ou de Jean-Noël Guérini, ancien président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, poursuivi pour avoir truqué l’attribution de marchés publics. Ces pratiques criminelles peuvent fragiliser les finances des communes, comme le montre le cas de corruption au sein du village d’Eringhem, dans le Nord.

Ces affaires sont survenues dans un contexte d’augmentation régulière de la corruption constatée : la France a ainsi connu une croissance de 50 % des atteintes à la probité entre 2016 et 2024. Le pays s’est doté en 2016 d’une autorité administrative indépendante pour lutter contre ce phénomène : l’Agence française anticorruption (AFA). Parmi les 235 signalements reçus en 2024, 61 % concernaient des affaires de corruption des collectivités territoriales.

Même si les élus locaux font le plus souvent leur travail avec rigueur et probité, ce constat interroge sur l’efficacité des dispositifs de prévention et sur la capacité des institutions à garantir l’intégrité des élus. Comment expliquer la surreprésentation des responsables locaux dans les affaires de corruption ?

Des occasions multiples de corruption

Pour commencer, de nombreuses occasions de corruption se rencontrent dans la vie locale, notamment dans les achats publics, l’attribution de subventions, la gestion des ressources humaines locales ou l’octroi d’autorisations en tous genres, notamment liées à l’urbanisme. Un rapport publié par l’Association des maires de France (AMF) rappelle ainsi que les communes gèrent annuellement plus de 100 milliards d’euros de dépenses publiques.

Ces flux financiers considérables peuvent être plus ou moins bien gérés. En prenant l’exemple des achats de prestations de conseil, un rapport de la Cour des comptes de 2025 mentionne différents manquements : une définition insuffisante des besoins, une mise en concurrence des prestataires loin d’être systématique (contrairement à ce que prévoient les règles en vigueur), des règles de sélection pas toujours claires ou encore l’absence d’évaluation formelle des prestations réalisées.

La permanence des élus et l’enracinement des réseaux d’influence

Par ailleurs, la longévité des mandats locaux peut favoriser l’émergence de pratiques clientélistes et de conflits d’intérêts. En France, 45 % des maires en exercice effectuent un deuxième mandat ou plus. Et la longévité des maires est encore davantage marquée dans les plus petites communes. Ainsi, la mairie de Nantes (Loire-Atlantique) est gérée par la gauche depuis 1989, alors que celle de Nice (Alpes-Maritimes) est aux mains de la droite depuis 1947. La multiplication des mandats consécutifs peut renforcer la professionnalisation des maires, mais aussi augmenter la concentration de leur pouvoir, voire l’emprise de réseaux d’influence.

Les magistrats de la Cour des comptes notent ainsi que « dans le cadre de la reconduction de marchés conclus par les communes de Béziers et de Marseille ainsi que par la région Occitanie, les offres des prestataires en place, présents depuis plusieurs années, ont été retenues, au motif, notamment, que la qualité de leur travail avait donné pleine satisfaction à ces collectivités ». Cette pratique ne permet pas à la concurrence de s’exercer pleinement et constitue une opportunité de favoritisme.

Au contraire, l’alternance politique apparaît comme un puissant antidote à l’enracinement de la corruption. Une étude menée sur les gouvernements locaux au Brésil a ainsi démontré que le simple fait de changer l’exécutif en place par une alternance du parti au pouvoir suffisait à perturber les liens établis entre politiciens, fonctionnaires et hommes d’affaires locaux, assainissant ainsi la gestion municipale.

Il existe de plus un effet de contagion. Quand une municipalité est touchée par la corruption, les communes avoisinantes présentent un risque accru d’être également concernées. La limitation des mandats et le renouvellement des équipes dirigeantes sont donc des impératifs démocratiques, pour prévenir l’enkystement des pratiques illicites.

L’audit interne : un contrôle sous influence ?

Les mécanismes de contrôle interne (audits, inspections) sont censés garantir la probité des élus. Cependant, des limites existent à leur efficacité. Ainsi, les directeurs financiers (DAF) et les services d’audit des mairies dépendent hiérarchiquement de l’exécutif municipal. Une étude suédoise a montré que les auditeurs internes minimisent régulièrement les irrégularités graves pour éviter les conflits avec leur employeur. En pratique, l’efficacité des dispositifs dépend donc de leur indépendance réelle. Un système de contrôle interne, s’il est conçu par ceux-là mêmes qu’il est censé surveiller, devient une chambre d’enregistrement.

Les contrôles externes, quant à eux, peuvent être marqués par une certaine faiblesse. Par exemple, les chambres régionales des comptes sont seulement en mesure de contrôler une infime partie des collectivités, notamment en raison de moyens humains et financiers limités. Les rapports officiels mettant en lumière des manquements à la probité ne sont par ailleurs pas toujours suivis d’effets. Par exemple, la Cour des comptes a fait part de ses doutes sur la gestion de la ville de Marseille dès 2013, mais les condamnations ne sont intervenues qu’une dizaine d’années plus tard.

Les audits peuvent pourtant être efficaces. Il existe une corrélation négative observable entre la qualité des audits et le niveau de corruption – plus les contrôles sont rigoureux et indépendants, moins la corruption est importante.

D’autres outils de contrôle peu efficaces

Face à la défiance citoyenne, les collectivités locales ont multiplié les dispositifs de contrôle et de transparence. Par exemple, depuis 2013, les maires doivent faire une déclaration de patrimoine auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Cependant la HATVP considère que seulement 52,8% des déclarations initiales seraient entièrement conformes aux exigences d’exhaustivité, d’exactitude et de sincérité. Près de la moitié d’entre elles nécessiteraient ainsi des déclarations modificatives ultérieures.

Les mairies se sont également pourvues de comités d’éthique. Mais un risque significatif existe que ces comités soient composés de proches de l’exécutif et se limitent à des avis consultatifs. Par exemple, après de retentissantes affaires de corruption, la mairie de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a créé une commission éthique en 2020, qui n’a qu’un rôle consultatif.

Une autre mesure du même type est le recours à un déontologue ou la mise en place d’une charte déontologique. Même adoptée par une mairie, une charte n’a pas de valeur contraignante, et semble davantage s’inscrire dans le registre de la communication que de l’action.

En effet, la lutte contre la corruption peut désormais s’intégrer pour les maires dans le cadre de stratégies visant à accroître leur légitimité auprès de parties prenantes : l’électorat, les médias ou, directement, les représentants de la République, notamment ceux garants des contrôles. Dans ce cadre, comme dans toutes les organisations, les dirigeants d’une municipalité peuvent adopter le vocabulaire et les symboles de la bonne gouvernance, sans pour autant modifier en profondeur leurs pratiques.

Ces stratégies d’évitement constituent des exemples de ce que l’on qualifie de « découplage organisationnel », c’est-à-dire des situations où les institutions adoptent des normes formelles pour légitimer leur action, sans modifier leurs pratiques réelles.

Loyauté et impunité, des valeurs municipales qui s’opposent à l’éthique

Une autre explication de la corruption au niveau local peut résider dans une certaine culture de la loyauté, susceptible de primer sur les impératifs éthiques. Dans le microcosme de l’hôtel de ville, la première des vertus n’est en effet pas la probité, mais la fidélité au chef.

L’affaire Guérini illustre un tel système clientéliste. Celui-ci s’était établi à Marseille, avec des procédures d’attribution des marchés publics méthodiquement détournées au profit de proches de Jean-Noël Guérini comme de son frère, Alexandre. Ce cas de corruption illustre comment une culture politique fondée sur l’allégeance personnelle peut anéantir tous les garde-fous éthiques et légaux.

Enfin, la corruption locale s’explique par la faiblesse des sanctions. La Cour des comptes, dans une analyse récente de la politique de lutte contre la corruption en France, dresse un constat alarmant :

« Les atteintes à la probité donnent lieu à peu de sanctions en France. […] S’agissant des mesures administratives, les poursuites disciplinaires dans la fonction publique sont mal répertoriées, peu fréquentes et inégalement appliquées. »

Selon elle, 53 % des dossiers transmis aux parquets ne font pas l’objet de poursuites. Quand les fraudeurs ne sont pas punis, la corruption devient progressivement un « phénomène normal ».

Corruption locale en France : un défi démocratique à relever

Des élections municipales sont toujours un test pour la démocratie locale. Associer mairie et corruption dans l’esprit des citoyens risque d’augmenter encore l’abstention lors du prochain scrutin, alors que celui de 2020 avait déjà été marqué par une forte baisse de la participation.

Cette année-là, l’ONG Transparency International avait demandé aux élus de se prendre position sur l’enjeu de la corruption, avec un certain succès puisque 190 listes candidates avaient souscrit aux engagements proposés.

Si les candidats ne se saisissent pas sérieusement du sujet, nous pourrions assister à une augmentation du désengagement citoyen et, par ricochet, à l’émergence de candidats opportunistes, promettant une « rupture » avec des élites traditionnelles jugées corrompues.

À l’inverse, un véritable intérêt pour le sujet, une transparence accrue et le renouvellement des équipes municipales pourraient restaurer la confiance – à condition que les promesses ne restent pas, cette fois encore, lettre morte.

The Conversation

Bertrand Venard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Corruption des élus locaux, anatomie d’un phénomène français – https://theconversation.com/corruption-des-elus-locaux-anatomie-dun-phenomene-francais-273730

Sclérose en plaques : quand le cerveau est influencé par l’intestin

Source: The Conversation – in French – By Vito Ricigliano, Neurologue et chercheur en neurologie, Université Paris-Saclay; Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Mieux comprendre comment le microbiote de l’intestin agit sur le cerveau pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour ralentir la progression de la sclérose en plaques, favoriser la réparation des cellules nerveuses et améliorer la qualité de vie des patients.


Et si l’un des moyens de lutter contre la sclérose en plaques se trouvait du côté de l’intestin ? Depuis quelques années, les scientifiques qui travaillent à mieux comprendre cette maladie – qui se caractérise par la destruction de la myéline, la gaine protectrice des neurones – manifestent un grand intérêt pour cet organe, généralement plus connu pour son rôle dans la digestion.

Il a en effet été découvert que le microbiote intestinal – l’ensemble des milliards de bactéries qui colonisent notre intestin – joue un rôle clé dans l’inflammation et la réparation neuronale. Ces microbes produisent des molécules qui interviennent à différents niveaux dans l’organisme : elles régulent les cellules immunitaires, telles que les lymphocytes T, soutiennent les cellules responsables de la formation de la gaine de myéline ou encore influencent le rythme circadien (cycle veille-sommeil) et le drainage des déchets cérébraux, lesquels doivent être éliminés pour maintenir un environnement sain dans le cerveau.

Ces diverses interactions permettent notamment de limiter les réactions auto-immunes, qui sont à la racine de la sclérose en plaques.

Les causes de la sclérose en plaques toujours en cours d’investigation

La sclérose en plaques est une maladie chronique du système nerveux central (cerveau et moelle épinière) au cours de laquelle le système immunitaire attaque la myéline, la gaine protectrice des neurones, ce qui génère des lésions en forme de plaques, d’où le nom de la maladie. Cette destruction entraîne des symptômes variés : fatigue, troubles moteurs, sensoriels, cognitifs, sphinctériens ou visuels.

La maladie peut évoluer par poussées (on parle alors de forme rémittente récurrente, qui représente 85 % des cas au début de la maladie) ou de manière progressive.

Historiquement, la sclérose en plaques est considérée comme résultant d’interactions complexes entre le système immunitaire et le système nerveux. Étant une maladie multifactorielle, elle est le résultat de la conjonction entre une prédisposition génétique individuelle et des facteurs environnementaux, comme le virus d’Epstein-Barr (responsable de la mononucléose), une carence de vitamine D, l’obésité, la consommation de tabac ainsi que l’inflammation intestinale. Ces dernières années, un intérêt majeur a été porté sur la contribution de l’intestin au développement de cette maladie.

Le microbiote, régulateur de l’immunité

L’intestin humain abrite plus de 100 000 milliards de bactéries réparties sur une surface de 250 à 400 mètres carrés, soit jusqu’à 10 fois plus que toutes les cellules qui constituent notre corps. Ces microbes assument plusieurs fonctions. Entre autres, ils :

  • protègent l’intestin contre les infections ;

  • aident à digérer certains aliments ;

  • produisent vitamines et molécules utiles (vitamine K, vitamines du groupe B, acides gras à chaîne courte…) ;

  • régulent le système immunitaire.

Le microbiote intestinal interagit par exemple avec les lymphocytes, des cellules qui jouent un rôle central dans l’immunité. Certains profils de bactéries promeuvent la maturation de lymphocytes favorisant l’inflammation (tels que les lymphocytes T helper 17), tandis que d’autres induisent une tolérance immunologique (en promouvant l’expansion de lymphocytes T régulateurs).

Ces interactions permettent de limiter les réactions auto-immunes (des réactions au cours desquelles le système immunitaire s’attaque au corps qu’il est censé défendre) et de protéger le cerveau.

Le microbiote intestinal module aussi l’activité de la microglie, des astrocytes et des oligodendrocytes, des familles de cellules qui jouent un rôle clé dans la défense et la réparation du cerveau.

Déséquilibre du microbiote et sclérose en plaques

Chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP), dans sa forme rémittente ou progressive, le microbiote est déséquilibré. On parle de « dysbiose ». On constate en particulier une diminution des populations de bactéries bénéfiques (Firmicutes, Bifidobacterium, Coprococcus, Roseburia…) et une augmentation des bactéries pro-inflammatoires (Bacteroidetes, Akkermansia, Ruminococcus…).

Cette dysbiose entraîne une baisse de la production d’acides gras à chaîne courte. Or, ces molécules sont essentielles pour équilibrer les divers sous-types de lymphocytes du système immunitaire. En effet, certains acides gras à chaîne courte produits par le microbiote traversent la barrière sanguine et atteignent le système nerveux central. Là, ils limitent l’inflammation en favorisant les lymphocytes T régulateurs et en freinant les lymphocytes T helper 17, responsables de la production de cytokines pro-inflammatoires. Ils contribuent ainsi à l’intégrité de la barrière de protection du cerveau.

Ces métabolites sont également importants pour le bon développement et le bon fonctionnement des cellules qui fabriquent la myéline (les oligodendrocytes nécessaires à la réparation de la gaine qui entoure les neurones). Une étude récente a montré qu’en cas de déséquilibre dans ces molécules, la différentiation et la maturation des cellules productrices de myéline sont bloquées, ce qui empêche donc la remyélinisation.

Certains métabolites régulent aussi l’activité de cellules « support » du cerveau essentielles à son bon fonctionnement (les astrocytes et la microglie). Ce faisant, ils réduisent la production de molécules inflammatoires et limitent les dégâts neuronaux.

À l’inverse, certaines molécules produites par des bactéries pro-inflammatoires accélèrent la destruction de la myéline et perpétuent l’inflammation chronique.

Des recherches ont aussi montré que la composition du microbiote a un impact sur la régulation du rythme circadien, l’horloge interne du corps. Les patients possédant un microbiote plus diversifié ont souvent un meilleur sommeil. Par ailleurs, la bonne régulation de cette horloge interne et la restructuration des rythmes immunologiques et métaboliques pourraient contribuer à contrecarrer la progression de la maladie.

En définitive, l’intestin agit donc comme un véritable chef d’orchestre, modulant immunité, inflammation et réparation nerveuse, et influençant la sévérité et l’évolution de la sclérose en plaques.

Alimentation : régime méditerranéen et vitamine D

L’alimentation façonne le microbiote et l’état inflammatoire de l’organisme. Adopter un régime méditerranéen – riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, poissons, huiles végétales et pauvre en graisses saturées –, anti-inflammatoire, est bénéfique pour les personnes souffrant de sclérose en plaques.

Cette alimentation apporte en effet des fibres et des antioxydants qui nourrissent les « bonnes » bactéries et favorisent la production d’acides gras à courte chaîne, limitant l’inflammation et apportant un soutien aux cellules remyélinisantes. Ce type de régime est associé à moins de fatigue, une meilleure qualité de vie et une possible réduction des poussées.

La vitamine D complète ces effets : elle régule les lymphocytes T, limite l’inflammation et ralentit l’activité de la maladie. À ce sujet, l’étude française « D Lay MS » a montré qu’une supplémentation à haute dose de vitamine D diminue l’apparition de nouvelles lésions et prolonge le temps avant réapparition des symptômes de la sclérose en plaques, tout en restant bien tolérée.

Alimentation et vitamine D constituent donc des leviers concrets pour agir sur le microbiote, l’équilibre immunitaire et la réparation du système nerveux central dans le contexte de la sclérose en plaques. À ces interventions s’ajoutent en outre diverses pistes thérapeutiques basées sur la modulation du microbiote.

L’évaluation des bénéfices potentiels de la modulation du microbiote en complément aux traitements classiques de la sclérose en plaques font notamment l’objet de divers travaux. À titre d’exemple, la supplémentation en propionate (500 mg deux fois par jour) a été associée à moins de poussées et à une stabilisation du handicap.

Au-delà de la restauration du microbiote via l’alimentation, des approches comme l’emploi de prébiotiques, de probiotiques ou la restauration du microbiote sont aussi étudiées. Son impact direct sur la stimulation de la remyélinisation est actuellement étudié.

Des effets qui jouent aussi sur la qualité de vie

Le microbiote influence le quotidien des patients, en jouant sur leur niveau de fatigue, sur leur sommeil, sur leur digestion et sur leur récupération après les poussées. En consultation, nous discutons systématiquement de ce sujet dès le diagnostic de la maladie afin de fournir une prise en charge globale aux patients. Parmi les conseils pratiques à retenir :

  • adopter une alimentation riche en fibres et proche du modèle méditerranéen ;

  • baisser la consommation des aliments pro-inflammatoires, autrement dit les aliments riches en graisses saturées d’origine animale, très transformés, très sucrés ou très pimentés : charcuterie, fromages, crèmes… ;

  • maintenir un sommeil régulier et pratiquer une activité physique adaptée ;

  • limiter le stress et éviter le tabac ou l’excès d’alcool.

Certes, ces mesures ne remplacent pas les traitements médicaux, mais elles améliorent le bien-être, rééquilibrent l’immunité et peuvent contribuer à ralentir la progression de la maladie.

En définitive, un faisceau croissant d’indices montre qu’en matière de sclérose en plaques, intestin et cerveau sont étroitement liés. Favoriser l’installation et le maintien d’un microbiote diversifié permet de moduler l’inflammation, la survie des cellules productrices de myéline et le bon équilibre du système immunitaire, tout en ayant une influence positive sur le sommeil, la récupération et l’énergie quotidienne disponible.

Cette approche, intégrée aux traitements classiques, constitue pour les cliniciens un moyen de ralentir la progression de la maladie, de diminuer les handicaps qui en résultent, et d’améliorer la qualité de vie des patients atteints de sclérose en plaques.


Cet article est publié dans le cadre de la Semaine du cerveau, qui se tiendra du 16 au 22 mars 2026.

The Conversation

Vito Ricigliano ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sclérose en plaques : quand le cerveau est influencé par l’intestin – https://theconversation.com/sclerose-en-plaques-quand-le-cerveau-est-influence-par-lintestin-276457

The apocrypha, Christianity’s ‘hidden’ texts, may not be in the Bible – but they have shaped tradition for centuries

Source: The Conversation – USA (3) – By Christy Cobb, Associate Professor of Christianity, University of Denver

Not all versions of the Bible contain the same texts. oneclearvision/iStock via Getty Images Plus

Of Jesus’ 12 disciples, Saint Peter is one of the most important. In the Book of Matthew, Jesus declares that Peter is the “rock” on which “I will build my church,” and Catholic tradition considers him the first pope. Martyred in Rome in the first century, Peter asked to be crucified upside down so that he would not die in the same way as Christ.

However, that famous story is not in the Bible. It appears in a text called “Acts of Peter,” an “apocryphal” writing.

In ancient Greek, “apocrypha” means “hidden.” The word is used for texts that are not part of an approved set of religious books, especially Christian texts outside the official biblical canon.

Yet these books are not so hidden. Some of them, like Acts of Peter, have shaped Christian tradition for centuries and are read by many people today. These stories are not only fun to read, but also provide valuable information about ideas that interested early Christians.

In my research as a scholar of early Christianity, I read and interpret apocryphal texts to explore the ways that early Jews and Christians understood and practiced their religion.

Capital-A ‘Apocrypha’

When the word is capitalized, “Apocrypha” refers to a set of Jewish texts that are found in Roman Catholic Bibles, but they are not included in most Protestant Bibles.

These texts were valued within ancient Judaism, yet are not included in the Jewish sacred text the Tanakh. The Tanakh is similar to what Christians call the “Old Testament” or the “Hebrew Bible,” but there are many important differences, including the order of texts and the books that are emphasized.

Examples of these Apocryphal books include Judith, Sirach and the First and Second Books of Maccabees. The story of Hanukkah comes from the Books of Maccabees when Jewish rebels overcame an oppressive ruler and rededicated the temple in Jerusalem – a reminder of the Apocryphal books’ significance.

Nine lit candles against a dark background.
The story of Hanukkah is rooted in the Books of the Maccabees.
Breslevmeir/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Most Christians viewed the Apocrypha as scripture until the Protestant Reformation of the 16th century. During this period, Protestant reformers such as Martin Luther argued that these texts were valuable to Christians but should not be viewed as scripture.

Today, Roman Catholicism and Orthodox Christianity affirm these texts as a part of their canon. Thus, not all Christian Bibles include the same number of books.

Lower-case ‘apocrypha’

The word apocrypha is also used to reference a second set of texts: Christian books that are not included in the New Testament, the faith’s officially recognized set of texts.

The New Testament canon usually includes 27 books, including the four gospels that describe Jesus’ life – Matthew, Mark, Luke and John – and Acts, which describes the works of the apostles who continued Jesus’ ministry after his death. The New Testament also contains many books of letters, or Epistles, written by early Christian leaders, and Revelation, a vision of the end of the world.

Yet early Christians wrote more than just these books. These additional texts are often grouped together and referred to as “Christian apocrypha.” They include a number of different genres.

For example, apocryphal gospels tell of the life, ministry and death of Jesus. One of the earliest is the Gospel of Thomas, probably written in the mid-second century. Unlike the New Testament gospels, Thomas does not include the death of Jesus. Instead, it is a collection of sayings, many of which are also found in the New Testament gospels.

There are other apocryphal gospels named after important people in Jesus’ life and ministry, such as the Gospel of Mary. Named after one of Jesus’ female followers, Mary Magdalene, it notes that Jesus loved her more than any other woman.

A small, painted statue of crowned woman clutching a pillar in one arm and a small lion in the other.
A reliquary of St. Thecla dating to the 15th or 16th century shows her with the lioness who defended her from persecution.
Daderot/Princeton University Art Museum/Wikimedia Commons

Another genre is “apocryphal acts” – books that expand upon stories of the apostles who followed Jesus. One example is the Acts of Thecla, a story about a female follower of Jesus who was called to preach and teach the gospel. There are also apocryphal letters, apocalyptic texts and passion narratives that add details to the death and resurrection of Jesus.

One way to think about Christian apocryphal texts is as fan fiction written about the stories found in the New Testament. The New Testament gospels do not provide information about Jesus’ experience as a child. Yet there are apocryphal texts called “infancy gospels” that fill in the gaps, saying more about Jesus’ birth and how he navigated his perceived divine powers. In the “Infancy Gospel of Thomas,” the young Jesus brings a set of clay birds to life, rebukes his teacher and even kills his playmates.

Creating the canon

So why were these interesting texts not included in the New Testament?

The process of canonization was a slow one. Contrary to popular belief, there was not one early meeting of Christians to vote on which books should be in the New Testament. Instead, much of the canon developed slowly, as widely read texts circulated among the people and were read aloud.

Theology seems to have been a primary factor behind how the canon took shape. Early Christians fiercely debated things like Jesus’ nature: whether he was divine, human or both. Bishops and priests often challenged texts that did not conform with what became orthodox doctrine. Early Christians tended to read, copy, share and preserve the texts whose contents they already agreed with.

Even still, some Christians continued to read and value apocryphal texts. One of the oldest complete versions of the New Testament, the Codex Sinaiticus, dates to the fourth century and includes two apocryphal texts: the Shepherd of Hermas and the Epistle of Barnabas.

Christians throughout the years have continued to read and value the texts of the apocrypha. Medieval artwork illustrates this, as many stories only found within apocryphal texts are depicted on the ceilings of basilicas, on altarpieces and in paintings. Today, many Christians remain enthralled by these stories, which fill in gaps from the New Testament and provide intriguing details of the lives and ministries of biblical figures.

The Conversation

Christy Cobb does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The apocrypha, Christianity’s ‘hidden’ texts, may not be in the Bible – but they have shaped tradition for centuries – https://theconversation.com/the-apocrypha-christianitys-hidden-texts-may-not-be-in-the-bible-but-they-have-shaped-tradition-for-centuries-274103

La Jefa: the wife of slain drug kingpin El Mencho and the women at the heart of the cartels

Source: The Conversation – UK – By Adriana Marin, Lecturer in International Relations, Coventry University

Women often play a central role in the business activities of organised crime. Krakenimages.com/Shutterstock

The death of Nemesio “El Mencho” Oseguera Cervantes, the leader of the Cártel Jalisco Nueva Generación (CJNG), on February 22 was immediately framed as the fall of a narco kingpin. Images of gun battles, torched vehicles and retaliatory violence dominated headlines. Commentators spoke of a power vacuum, of fragmentation, of the possible weakening of one of Mexico’s biggest cartels.

It was presented as the removal of a singular, hyper-violent male figure at the apex of a criminal empire. But this framing tells us more about how we imagine organised crime than about how it actually works.

The obsession with kingpins rests on a dramatic understanding of cartel power: a gun in one hand, territory in the other, masculinity performed through brutality. El Mencho embodied that image.

Yet cartels are not sustained by spectacle alone. They endure because someone moves the money, launders the profits, manages the assets, cultivates legitimate fronts and binds networks of loyalty through family. In the case of CJNG, that figure was not only El Mencho. It was also, allegedly, his wife Rosalinda González Valencia.

González has often been described as La Jefa (the Spanish feminine form of “the boss”). It’s a label that gestures toward authority while still situating her in relation to her husband. But she was not simply the spouse of a drug lord. She came from the Valencia family, historically linked to Los Cuinis, a network deeply embedded in CJNG’s financial operations.

Authorities have alleged that she oversaw dozens of businesses, property holdings and shell companies tied to the cartel’s laundering apparatus. Arrested multiple times and jailed for five year for money laundering in 2021 (she was released last yearfor good behaviour), she occupied the grey zone where criminal capital bleeds into the legal economy. If El Mencho represented the cartel’s violent face, González represented its economic spine.

This is where gender matters. Organised crime is routinely portrayed as an arena of exaggerated masculinity. Women appear in these stories as victims, girlfriends, trafficked bodies or glamorous accessories.

Even when they are prosecuted, they are often framed as appendages: “the wife of”, “the daughter of”, “the partner of”. Such language, while often difficult to avoid, obscures the structural reality that many cartels operate through kinship capitalism, where family is not sentimental but strategic.

Within these systems, wives are not incidental. They help keep the business secrets in environments where betrayal is fatal. In patriarchal criminal orders, loyalty is policed through blood ties.

A spouse managing accounts is not a deviation from power but an extension of it. Gender does not exclude women from authority, but rather reshapes how that authority is exercised and perceived.

The sensational truth is this: violence may conquer territory, but finance governs it. And, as the International Crisis Group – a western non-government organisation which aims to prevent conflict – spelled out in a 2023 report, finance in many cartels is deeply gendered.

This does not mean romanticising women’s roles within organised crime. Nor does it suggest emancipation through criminality.

The power reportedly exercised by figures like González tends to be situated within male-dominated hierarchies and violent systems that are also responsible for extreme forms of violence against women, including femicide and sexual exploitation. The same structures that allow elite women to wield financial authority simultaneously reproduce brutal patriarchal control elsewhere. That contradiction is not accidental – it is the way things work.

El Mencho’s death exposes that contradiction. When the state removes a male leader, the assumption is that the organisation will collapse or descend into chaos. But cartels are not merely built around a single dominant figure. They are hybrid enterprises combining coercion, corporate structures and family governance. The removal of the public face does not automatically dismantle the private architecture.

Hidden power structure

The question, then, is not simply who will pick up the gun, but who keeps the books. Who maintains the corporate fronts? Who sustains cross-border financial channels? Who negotiates the transformation of illicit profits into legitimate capital? These are not secondary concerns. They determine whether an organisation fragments or adapts to a leader’s death or imprisonment.

By centring El Mencho alone, media narratives are perpetuating a blindness to the role of women in cartels. They equate power with violence and masculinity with control, leaving the economic and relational dimensions of authority under-analysed.

Yet organised crime studies increasingly demonstrate that durability lies in governance, not gunfire. Governance depends on management, financial oversight, logistical coordination, and embedded social networks. These functions are often feminised – not because women are naturally suited to them, but because patriarchal systems allocate them in ways that render them less conspicuous and therefore less targeted.

There is something unsettling about recognising the strategic authority of cartel wives. It complicates comfortable binaries of victim and perpetrator. It challenges the idea that women in violent systems are either coerced or just marginal figures.

But in Italy, Rafaella D’Alterio reportedly maintained the operational and financial coherence of her Camorra clan following her husband’s death. She did this – not through spectacular violence – but through administrative control, alliance-building, and family networks. Her case, as many others, underscores that durability often lies in governance rather than gunfire.

Decapitation strategies – killing a cartel’s leader – are politically dramatic and symbolically powerful. But they rest on the assumption that criminal organisations are vertically dependent on a single male. If financial governance and kinship networks remain intact, the system may regenerate.

El Mencho’s death is therefore both a rupture and a revelation. It is a rupture in the sense that the figurehead of one of the world’s most powerful cartels has fallen. But it is also a revelation of how narrow our understanding of organised crime remains.

We fixate on the spectacle of masculine violence while overlooking the quieter, gendered infrastructures that sustain it. To understand cartels solely through their kingpins is to misunderstand them. Power in organised crime does not reside only in the man with the gun, but also in the women who, whether publicly acknowledged or not, often stand at the centre of that architecture.

The Conversation

Adriana Marin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. La Jefa: the wife of slain drug kingpin El Mencho and the women at the heart of the cartels – https://theconversation.com/la-jefa-the-wife-of-slain-drug-kingpin-el-mencho-and-the-women-at-the-heart-of-the-cartels-276912

How natural hydrogen, hiding deep in the Earth, could serve as a new energy source

Source: The Conversation – USA (2) – By Promise Longe, Ph.D. Candidate in Chemical and Petroleum Engineering, University of Kansas

A drilling site in northeastern France is part of an effort to measure and collect natural hydrogen. Jean-Christophe Verhaegen/AFP via Getty Images

In the search for more, new and cleaner sources of energy, a largely untapped resource is emerging: natural hydrogen.

Unlike hydrogen produced from industrial processes, natural hydrogen forms through geological reactions that occur normally within the Earth’s crust, meaning it costs nothing to make – though it costs some amount to extract – and does not emit any carbon dioxide or other human‑caused pollutants.

Today, hydrogen is used mainly in oil refining, production of ammonia for fertilizer and to make methanol, which can be a fuel and an ingredient in plastics. Emerging technologies are making hydrogen a viable fuel for cars, planes, ships and factories. Hydrogen demand around the world is projected to grow from around 90 million metric tons in 2022 to more than 500 million metric tons by 2050. Some of that supply could come from nature itself, as well.

To describe each source of hydrogen, energy researchers like me, and the energy industry as a whole, use a range of colors. In general, “gray” and “blue” hydrogen are made by burning fossil fuels, with blue hydrogen incorporating technology that captures the carbon dioxide produced in the process to reduce emissions. “Green” hydrogen comes from renewable‑energy‑powered electrolysis, using electricity to split water into hydrogen and oxygen. “White” or “gold” hydrogen occurs naturally underground and can be extracted directly with minimal processing.

How natural hydrogen forms

Natural hydrogen originates from several geological processes. The most well‑studied mechanism is serpentinization, a reaction where water interacts with iron‑rich rocks known as ultramafics, releasing hydrogen gas.

Serpentinization occurs in diverse settings around the world, including ocean ridges and continental formations such as the Midcontinent Rift in North America, a band of mostly igneous rocks with some sedimentary rocks mixed in, which extends from Minnesota through the Lake Superior region and southward toward Kansas.

Another process, thermogenic hydrogen formation, occurs in deep sedimentary basins when organic material decomposes under high temperatures, roughly 480 to 930 degrees Fahrenheit (250 to 500 degrees Celsius). These reactions can also produce hydrogen alongside other gases, such as methane or nitrogen.

Because these processes happen over millions of years, using natural hydrogen generally requires far less energy than human‑made methods such as electrolysis, which consumes roughly 50 kilowatt-hours of electricity per kilogram of hydrogen produced – enough to power an average home for a day or two, and more than the energy that kilogram of hydrogen can provide. Natural hydrogen is already made – it just has to be collected.

The science and the search

Researchers and exploration companies are developing methods similar to those used in oil and gas exploration to locate potential hydrogen accumulations. They are looking at three types of geological formations:

  1. Focused seepage, where hydrogen seeps naturally through cracks and faults. It tends to reach the surface and disperse quickly, making large-scale capture difficult.

  2. Coal beds, where hydrogen binds to coal layers, offer higher potential density but pose difficulties for extraction. The hydrogen must first be separated from the coal and then flow through tight rock layers to the extraction point.

  3. Reservoir‑trap‑seal systems, comparable to the rock formations that trap natural gas underground, are considered the most promising for commercial production because they can concentrate large volumes of hydrogen in well‑defined, drillable structures. However, they remain largely unproven in practice: The basic idea is well established, and geologists have a good sense of where those formations might occur, but they still lack detailed data on how much hydrogen these formations actually contain and how easy it would be to extract.

A large drill rig sits on open ground.
A drill site in eastern Kansas is one of several places companies are looking for natural hydrogen.
HyTerra

Massive reserves – somewhere

The U.S. Geological Survey estimates there could be more than 5 trillion metric tons of geological hydrogen underground around the world. But only a small fraction of that is estimated to be recoverable, both technically and in terms of reasonable costs.

However, even 2% of that total would be more than all proven natural gas reserves on the planetand enough to meet projected demand for the next 200 years, even accounting for increased consumption.

All of that reserve has built up over billions of years. The Earth naturally produces between 15 million and 31 million metric tons of natural hydrogen each year – less than 1% of the amount expected to be needed each year by 2050. But only a fraction of that is likely to be efficiently captured.

So geologic hydrogen is likely best viewed as a very large but ultimately finite source of low‑carbon energy that can substantially complement, but not replace, other energy sources, including various methods of producing hydrogen.

Global hot spots

Currently, only one hydrogen field, at Mali’s Bourakébougou village, produces natural hydrogen commercially, supplying tens of tons of hydrogen per year to power the village.

However, the number of companies exploring for natural hydrogen has increased rapidly, from roughly 10 in 2020 to about 40 by the end of 2023, according to Rystad Energy and related government and research‑lab reports.

Apart from that one field in Mali, exploration is concentrated in the United States, Australia, Canada and several European countries.

In the U.S., HyTerra’s Nemaha Project in Kansas has confirmed subsurface hydrogen concentrations reaching more than 90% hydrogen and 3% helium. The higher the concentration of hydrogen, the more efficient and cost‑effective it is to recover. HyTerra is also exploring elsewhere in the Midwest and Rocky Mountain regions.

A close-up image of a rock that is mottled in shades of green and gray.
The geologic process of forming serpentinite can produce hydrogen.
James St. John via Flickr, CC BY

Technical barriers

Transforming geological hydrogen into a commercial energy source presents tough scientific and technical challenges. Detecting and measuring hydrogen underground is difficult because of its small molecular size and reactivity with other elements in the rocks.

And if what’s found is low concentrations of hydrogen mixed with large amounts of other gases, it can be costly, even prohibitively so, to separate and purify the hydrogen before it can be used.

Economics and efficiency

The economic promise of natural hydrogen lies in its simplicity.

Because geological processes already performed the production work, early estimates suggest that extraction costs could be one‑tenth the production costs for other traditional hydrogen generation techniques – or possibly even less than that.

But those figures are based on the small amounts of hydrogen found so far and may not represent future large‑scale performance. Producing enough to serve commercial demand will require discovering large, high-quality accumulations.

As one leading research group noted, “This is not a gold rush.” It’s a careful exploration for scientific evidence that could lead, in time, to an abundant, carbon‑free and continuous energy source that complements other renewable energy sources.

The Conversation

Promise Longe does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How natural hydrogen, hiding deep in the Earth, could serve as a new energy source – https://theconversation.com/how-natural-hydrogen-hiding-deep-in-the-earth-could-serve-as-a-new-energy-source-273174