Contrairement aux idées reçues, les armes imprimées en 3D ne sont pas impossibles à retracer

Source: MIL-OSI-Submissions-French

Source: The Conversation – France in French (2) – By Georgina Sauzier, Senior Lecturer in Forensic Chemistry, Curtin University

Des plans diffusés assez largement sur Internet permettent de fabriquer une arme avec une simple imprimante 3D. Jakub Zerdzicki/Unsplash

Les plans d’armes imprimées en 3D circulent librement en ligne et les saisies se multiplient. Mais ces armes sont-elles vraiment intraçables ? En Australie, une nouvelle étude démontre que leur signature chimique pourrait aider les enquêteurs à remonter les filières.


Les armes imprimées en 3D représentent une menace croissante pour la sécurité publique. Les plans permettant de fabriquer ces armes à feu sont disponibles en ligne, ce qui les rend facilement accessibles. Avec une imprimante 3D relativement bon marché et une simple recherche sur Internet, n’importe qui pourrait imprimer sa propre arme non déclarée.

Ces armes ont été qualifiées d’« intraçables ». De nouvelles recherches viennent désormais mettre cette affirmation à l’épreuve.

Notre nouvelle étude, publiée dans la revue Forensic Chemistry, montre que certains filaments – les matériaux utilisés dans les imprimantes 3D – présentent des profils chimiques distincts susceptibles d’aider à relier des armes imprimées en 3D saisies.

La menace des « armes fantômes »

En octobre dernier, une opération de l’Australian Border Force a permis de découvrir 281 armes à feu imprimées en 3D ou des composants associés. Ces pièces imprimées en 3D peuvent être combinées avec des éléments courants achetés en magasin de bricolage pour fabriquer des armes « hybrides », ce qui en accroît la solidité et la durabilité. Les armes entièrement imprimées en 3D comme les modèles hybrides peuvent être tout aussi létales que celles fabriquées en usine.

En Australie, des événements récents ont conduit à des appels demandant aux détaillants d’aider à endiguer la prolifération des armes imprimées en 3D. Parmi les propositions figurent l’installation de technologies de blocage sur les imprimantes 3D ou le signalement de l’achat d’articles susceptibles d’être utilisés pour fabriquer des armes hybrides.

Mais que peut-on faire face aux armes déjà en circulation dans la communauté ?

Les armes imprimées en 3D ont hérité du surnom d’« armes fantômes », car elles sont difficiles à retracer par les méthodes classiques d’analyse balistique. Alors que les forces de l’ordre peinent à identifier l’origine des armes fantômes saisies, il revient aux chercheurs de trouver une solution alternative. L’analyse chimique des filaments utilisés pour imprimer ces armes pourrait être la clé pour mettre fin à leur réputation d’armes « intraçables ».

Que sont les filaments d’impression 3D ?

Les filaments d’impression 3D sont composés de différents polymères, c’est-à-dire de plastiques. Le principal polymère utilisé pour l’impression 3D à domicile est l’acide polylactique, ou PLA, un bioplastique notamment employé pour fabriquer des sacs-poubelle compostables. D’autres filaments courants sont fabriqués à partir d’ABS – le matériau principal des briques LEGO, apprécié pour sa robustesse – et de PETG, un polymère souple que l’on retrouve dans les gourdes de sport.

Certains filaments spécialisés sont obtenus en combinant plusieurs polymères. Beaucoup contiennent également des additifs – des ingrédients supplémentaires destinés à améliorer la résistance, la flexibilité ou l’apparence.

Boîte de Petri contenant des fragments de matériau violet, visibles sur fond noir.
Vue microscopique de fragments de filament d’impression 3D prêts à être analysés.
Fourni par l’auteur

Les filaments d’impression 3D étant généralement brevetés afin de protéger leurs formulations spécifiques, leurs additifs et autres composants mineurs ne sont en général pas mentionnés sur l’emballage. Or, ce sont précisément ces ingrédients qui pourraient détenir la clé pour retracer les « armes fantômes ».

Le mélange d’ingrédients utilisé dans les filaments d’impression 3D confère à chaque type de filament une signature chimique particulière. Nous pouvons identifier ces signatures grâce à la spectroscopie infrarouge, une méthode qui mesure la manière dont le filament absorbe la lumière infrarouge. Ce motif d’absorption – un profil infrarouge – varie en fonction des molécules présentes dans le filament.

Gros plan sur un instrument en acier dont la sonde est posée sur un petit fragment de plastique vert.
Un spectromètre infrarouge est utilisé pour mesurer la signature chimique d’un matériau.
Fourni par l’auteur

Ce que nous avons découvert

Dans le cadre de nos travaux, menés en collaboration avec ChemCentre – un laboratoire médico-légal public d’Australie-Occidentale – nous avons analysé plus de 60 filaments provenant du marché de détail australien. Nous avons constaté que nombre de ces filaments pouvaient être distingués grâce à leur profil infrarouge, bien qu’ils paraissent identiques à l’œil nu.

Les filaments en PLA, en ABS et en PETG se différencient aisément en raison des différences marquées dans la composition chimique de chacun de ces polymères. Nous avons également réussi à distinguer certains filaments fabriqués à partir du même polymère, grâce à la présence d’additifs mineurs qui modifiaient leur profil infrarouge.

Dans un filament, par exemple, nous avons détecté la présence d’un compatibilisant – un additif qui permet à deux polymères de se mélanger. Cet ingrédient n’a pas été retrouvé dans d’autres filaments reposant sur le même polymère de base, ce qui suggère qu’il pourrait constituer un élément distinctif de la formulation de la marque. Cela indique également que ce filament contenait probablement deux polymères différents, alors qu’un seul était mentionné sur l’emballage.

Ces résultats montrent que l’analyse chimique des filaments peut s’avérer utile, bien qu’il s’agisse de produits de consommation largement disponibles.

Retrouver ce qui semble intraçable

La capacité à distinguer ou identifier différents filaments d’impression 3D pourrait permettre aux experts médico-légaux d’établir des liens entre une arme saisie et un filament saisi, ou entre des armes provenant d’affaires distinctes.

Ces rapprochements peuvent aider les forces de l’ordre à remonter jusqu’aux fournisseurs de ces armes, perturbant ainsi les chaînes d’approvisionnement et la production future.

Si nos travaux montrent que certains filaments d’impression 3D peuvent être différenciés, ce n’est pas le cas de tous. Nous menons désormais des recherches complémentaires en recourant à d’autres techniques analytiques, susceptibles d’apporter des informations supplémentaires, notamment sur les éléments chimiques présents dans les filaments.

La combinaison de différentes techniques nous permettra d’établir un profil chimique complet de chaque filament. Nous espérons que ces informations nous aideront à établir des liens entre une arme imprimée en 3D saisie, le filament à partir duquel elle a été fabriquée et l’imprimante 3D utilisée pour l’imprimer.

En retraçant l’empreinte chimique des armes imprimées en 3D, les criminels ne pourront plus se croire protégés par leur voile d’« intraçabilité ».

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Contrairement aux idées reçues, les armes imprimées en 3D ne sont pas impossibles à retracer – https://theconversation.com/contrairement-aux-idees-recues-les-armes-imprimees-en-3d-ne-sont-pas-impossibles-a-retracer-277005

Reconstruire la démocratie par les communes : le projet radical de Murray Bookchin

Source: MIL-OSI-Submissions-French

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Sauvêtre, Maître de conférence en sociologie, Université Paris Nanterre

Alors que de nombreux Français se sentent dépossédés de leur voix et de leur capacité d’agir sur le politique, la pensée du théoricien états-unien Murray Bookchin offre une alternative radicale : reconstruire la démocratie à partir de confédérations de communes autonomes organisées sur la base d’assemblées populaires de démocratie directe. Au Rojava (Kurdistan syrien) ou à Barcelone en Espagne, certains se sont déjà inspirés de ce « communalisme ».


Murray Bookchin (1921-2006) propose une compréhension nouvelle de la démocratie qu’il appelle « communalisme ». Dans cette acception, la démocratie désigne à la fois la pratique de la démocratie directe d’assemblée et un régime politique à atteindre, qui consisterait en une confédération de communes démocratiques autonomes.

Pour Bookchin, on ne peut pas introduire dans les systèmes représentatifs existants des améliorations pour les rendre « plus démocratiques », et ce, quelle que soit la forme de ces améliorations (démocratie représentative, participative, délibérative, directe, etc.). Au contraire, la démocratie signifie une sortie radicale du système représentatif et des institutions de l’État-nation. Elle implique un processus de création institutionnelle.

Le problème de la démocratie dans les principaux courants socialistes

La théorie de Bookchin s’enracine dans un dialogue critique avec le marxisme et l’anarchisme. Selon lui, ces courants ont échoué à mettre au cœur de l’action révolutionnaire l’institution de l’autogouvernement démocratique. Or, c’est cette sphère qui doit permettre aux classes populaires de s’émanciper politiquement de l’État. En acceptant le modèle de l’État centralisé, les marxistes du XXᵉ siècle ont subordonné l’émancipation sociale des travailleurs à l’existence d’une bureaucratie centralisée et autoritaire. Quant aux anarchistes, en visant l’objectif de l’abolition de tout pouvoir, ils se sont retiré la possibilité de construire un pouvoir populaire capable d’inquiéter le pouvoir de l’État.

Bookchin estime au contraire que le pouvoir ne peut être extirpé de la vie sociale. Il n’y a pas de milieu : soit le pouvoir est entre les mains de l’État sous la forme de la domination gouvernementale des élites, soit il se trouve entre les mains du peuple sous la forme de la démocratie.

Le régime démocratique de la confédération des communes

En quoi consiste alors pour Bookchin le régime démocratique désirable qu’il appelle « communalisme » ? Il s’agit d’une confédération de communes autonomes organisées politiquement sur la base d’assemblées populaires de démocratie directe.

La confédération doit être distinguée de la fédération. Cette dernière renvoie à un État fédéral, c’est-à-dire à une instance souveraine qui prend les décisions concernant les fonctions essentielles auxquelles doit se soumettre l’ensemble des États particuliers de la fédération (les États-Unis, le Canada ou l’Allemagne en sont des exemples). La confédération désigne au contraire un ensemble de communes, dont chacune est souveraine sur son territoire, mais qui se réunissent en une confédération pour administrer certaines fonctions dépassant l’échelle de la commune, en particulier des services publics (voies de communication, système monétaire, système de santé ou d’éducation, etc.).

Chez Bookchin, l’ensemble des personnes majeures habitant un territoire se voit attribuer la citoyenneté, définie comme le droit de délibérer et de participer directement au vote des lois qui sont adoptées suivant le principe de la majorité. Les citoyens prennent donc toutes les décisions, dès lors qu’elles concernent le territoire où ils vivent, y compris lorsque leur champ d’application s’étend aux échelles plus grandes de la région et de la nation.

Ces assemblées populaires politiques sont complétées par des conseils confédéraux qui jouent un rôle purement administratif, c’est-à-dire exécutoire. Ces conseils interviennent lorsque la mise en œuvre dépasse les capacités d’une seule commune, par exemple à l’échelle régionale ou nationale. Les citoyens restent toutefois les seuls à prendre toutes les décisions à la base, dans les communes, dès lors qu’elles s’appliquent au territoire où ils vivent, y compris lorsqu’elles concernent les échelles plus grandes de la région et de la nation.

Un système politique inspiré de Bookchin au Kurdistan de Syrie

Après avoir pris l’initiative d’un dialogue avec Murray Bookchin en 2004, le leader kurde de Turquie Abdullah Öcalan s’est inspiré de son communalisme pour élaborer un projet politique très proche, le confédéralisme démocratique. En 2012 (au cours de la guerre civile en Syrie, ndlr), les partisanes et partisans de ce dernier en Syrie, réunis dans le Partiya Yekîtiya Demokrat (PYD, Parti de l’union démocratique) ont pris le contrôle d’une partie du territoire syrien et ont mis en application le confédéralisme démocratique sur les trois cantons d’Afrin, de Jazira et de Kobané. En 2016, le nouveau système est officialisé sous l’appellation de Fédération démocratique de la Syrie du Nord (dite aussi Rojava), un conseil élu du peuple est ainsi constitué pour coordonner l’administration des trois cantons. Conformément à la pensée d’Öcalan, elles et ils ont mis au centre de leur action la lutte contre le patriarcat, faisant de la participation égalitaire des femmes à toutes les organisations sociales et politiques la condition de l’émancipation populaire.

« Le confédéralisme démocratique des Kurdes, au nord de la Syrie », Orient XXI.

Au Rojava, le système du confédéralisme démocratique a pour base la commune, qui désigne une assemblée de voisinage réunissant entre 100 et 150 familles, dont toutes et tous les membres, y compris les plus jeunes, ont accès à l’assemblée. L’assemblée délibère, prend les décisions concernant la vie du voisinage et élit à parité huit représentants : deux coprésidents (toujours une femme et un homme) et un représentant pour chacune des six commissions citoyennes de la commune (femmes, défense, économie, société civile, justice et éducation. Ces élus siègent ensuite au conseil de quartier, qui rassemble les représentants de toutes les communes et prend les décisions à l’échelle du quartier. Tous les conseils des échelons supérieurs (ville, district et canton) sont organisés de la même façon, réunissant les conseils formés des huit membres élus à l’échelon inférieur. En outre, à chacun de ces échelons, les assemblées de représentants coexistent avec des conseils de femmes, dont les représentantes sont exclusivement élues par des femmes.

La tendance historique des assemblées de démocratie directe

On le voit, ce régime d’autogouvernement démocratique n’est pas une projection abstraite. Pour Bookchin, c’est même la généralisation théorique d’une tendance historique à l’œuvre dans des sociétés très différentes : celle de la pratique de la démocratie directe d’assemblée de villes ou de villages. On trouve par exemple celle-ci à l’œuvre dans la démocratie grecque du IVᵉ siècle ou dans la Suisse confédérale du XVIᵉ siècle et, souvent, dans les révolutions de l’époque des Lumières.

Le pouvoir des classes populaires se construit alors dans la forme des assemblées de démocratie directe. C’est le cas pendant la Révolution française de 1789, pendant laquelle les assemblées sectionnaires de sans-culottes se réunissent quotidiennement, que ce soit pour gérer directement les subsistances ou faire pression sur l’Assemblée nationale des représentants.

Une stratégie pour mettre en place ce régime

Sur la base de ces références historiques, Bookchin échafaude une stratégie, le « municipalisme libertaire » dont le but est la mise en place d’une confédération démocratique de communes dans le contexte contemporain des républiques représentatives.

Elle repose sur l’idée de « double pouvoir », au sens d’une situation de conflit de légitimité entre deux titulaires possibles du pouvoir politique. Il s’agit de constituer un réseau d’assemblées populaires communales qui se fédèrent entre elles et entrent en tension avec l’État-nation. Bookchin propose pour cela de présenter des candidats aux élections municipales et, si celles-ci sont remportées, de mettre sur pied des assemblées de démocratie directe prenant les décisions en lieu et place du conseil municipal.

Dans le cas où les élections seraient perdues, les citoyens peuvent constituer des assemblées de démocratie directe ad hoc manifestant dans des décisions symboliques leur divergence vis-à-vis de la municipalité élue afin d’être reconnues comme des centres authentiques du pouvoir populaire. Dans les deux cas, il s’agirait de constituer un contre-pouvoir à l’État d’envergure nationale pour parvenir à une situation de double pouvoir où un soutien citoyen massif se déplacerait du gouvernement officiel à la confédération des assemblées populaires communales. La stratégie de Bookchin peut se résumer finalement dans la méthode de l’assemblée, c’est-à-dire la mise sur pied d’assemblées de démocratie directe comme préfiguration du pouvoir devant remplacer l’État.

L’influence partielle de Bookchin en Espagne et en France

Plusieurs expériences contemporaines se sont partiellement inspirées de cette stratégie du municipalisme libertaire. À Barcelone, en 2015, des assemblées de quartier ont été mises sur pied par le mouvement Barcelona en Comu pour que les habitants élaborent le programme électoral des listes « municipalistes ». On retrouve sur ce point la méthode de l’assemblée de Bookchin. Mais l’inspiration fondamentale de cette expérience, comme son nom l’indique, reste le « municipalisme » stricto sensu, qui désigne un courant de l’histoire politique espagnole prônant l’autonomie politique de la commune vis-à-vis de l’État, c’est-à-dire sans la portée révolutionnaire d’une substitution des communes à l’État, comme chez Bookchin.

Les listes municipalistes se sont constituées – au départ – à l’écart des partis politiques. Plusieurs partis politiques de gauche (hormis le Parti socialiste espagnol, PSOE) ont ensuite rejoint ces listes en y faisant figurer des membres qui renonçaient à se présenter sous leur étiquette habituelle (une pratique qui a été désignée par le terme de « confluence »). Plusieurs candidatures municipalistes ont alors remporté ces élections dans des villes comme Barcelone, Madrid, La Corogne, Saint-Jacques-de-Compostelle ou Cadix. Un mouvement dit des « villes sans peur », sous l’impulsion de Barcelone, s’est alors constitué pour coordonner des politiques municipales en contradiction avec celles menées par l’État central, par exemple sur la question de l’accueil des réfugiés et des migrants. Sur cet aspect, on peut reconnaître à nouveau la stratégie du « double pouvoir » de Bookchin. Cependant, les villes municipalistes n’ont pas mis en place la démocratie directe d’assemblées et en sont restées à un gouvernement représentatif avec un supplément de participation.

Cette stratégie serait-elle possible en France ? Elle a en tout cas déjà fait des émules sur le territoire. En 2019, l’organisation de rencontres dites « assemblée des assemblées » (ADA) rassemblant des délégués des groupes de gilets jaunes en contrepoint du « grand débat », lancé par le président Emmanuel Macron, a été inspiré par Bookchin. Plusieurs militants connaissaient en effet la pensée de Bookchin par l’entremise de la lecture du livre traduit en français en 2015 que Janet Biehl a consacré à son « municipalisme libertaire ».

De même, le groupe des gilets jaunes de Commercy, dans la Meuse, a construit une assemblée populaire de démocratie directe comme base de sa campagne pour les élections municipales de 2020. Ils ont échoué à quatre voix près. Mais ailleurs dans le même département, dans le petit village de Ménil-La-Horgne, le maire a instauré un mode de gouvernance où les projets et les décisions municipales sont débattus et tranchés par l’assemblée des habitants, en démocratie directe.

Dans quelques mois, la France connaîtra les élections municipales. Bookchin pourrait être une source d’inspiration pour ceux qui voudraient radicaliser la démocratie en partant des communes. Au-delà, tout un autre pan de la pensée de Bookchin, celui de l’« écologie sociale », inspire déjà bien d’autres mouvements par le monde).


Pierre Sauvêtre est l’auteur de Murray Bookchin ou l’objectif communocène. Écologie sociale et libération planétaire (Éditions de l’Atelier, 2024).

The Conversation

Pierre Sauvêtre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Reconstruire la démocratie par les communes : le projet radical de Murray Bookchin – https://theconversation.com/reconstruire-la-democratie-par-les-communes-le-projet-radical-de-murray-bookchin-265306

Pourquoi la plupart des Iraniens ne pleureront pas Ali Khamenei

Source: MIL-OSI-Submissions-French

Source: The Conversation – France in French (3) – By Andrew Thomas, Lecturer in Middle East Studies, Deakin University

Guide suprême, et donc chef absolu du pays au cours des 36 dernières années, Ali Khamenei s’est distingué par sa rigidité et sa brutalité à l’intérieur. Il laisse un pays ensanglanté, affaibli et économiquement exsangue. Retour sur une vie découpée en trois périodes distinctes : opposition au shah jusqu’en 1979, présidence sous la guidance de Ruhollah Khomeini (1981-1989), puis pouvoir totalitaire de 1989 jusqu’à la fin.


L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran pendant 36 ans, a été tué le 28 février lors des frappes aériennes américaines et israéliennes sur son pays, ont rapporté les médias d’État iraniens.

Il aura été l’un des dirigeants à être restés le plus longtemps au pouvoir dans l’histoire plurimillénaire du pays. Dans la société iranienne de ces dernières décennies, il était presque aussi omniprésent que son prédécesseur, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, qui avait fondé la République islamique d’Iran en 1979 et l’avait dirigée jusqu’à son décès en 1989. Même si c’est Khomeini qui a été le maître d’œuvre de la Révolution islamique et le premier guide suprême de la République, bon nombre d’observateurs estiment que Khamenei aura été le leader le plus puissant que l’Iran moderne a connu à ce jour.

En plus de trois décennies à la tête du pays, Khamenei a accumulé un pouvoir sans précédent en matière de politique intérieure et réprimé avec toujours plus de sévérité la moindre dissidence interne. Ces dernières années, il avait donné la priorité à sa survie – et à celle de son régime – avant tout autre considération. En décembre 2025-janvier 2026, son pouvoir a brutalement écrasé un soulèvement populaire au prix de plusieurs dizaines de milliers de morts.

Pourtant, en dépit de la férocité de ses forces de sécurité, la plupart des Iraniens ne se souviendront pas de Khamenei comme d’un dirigeant fort. Il ne sera pas non plus vénéré. Au contraire, il restera dans l’histoire comme un homme ayant présidé à un affaiblissement généralisé de la République islamique dans pratiquement tous les domaines.

L’ascension de Khamenei dans la hiérarchie

Né en 1939 dans la ville de Marshad, dans le nord-est de l’Iran, Khamenei se forge dès le plus jeune âge une vision politique et religieuse du monde en étudiant dans les séminaires islamiques de Najaf et de Qom. À 13 ans, il commence à s’intéresser à l’idéologie de l’islam révolutionnaire, à travers les enseignements du religieux Navab Safavi (1924-1956), lequel appelle régulièrement à la violence politique contre le régime du shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi (arrivé au pouvoir en 1941 après la destitution de son père).

En 1958, Khamenei rencontre Khomeini (né en 1902) et adhère immédiatement à sa philosophie, souvent appelée « khomeinisme », une vision du monde mêlant islam chiite, sentiment anticolonialiste et ingénierie sociale par le biais de la planification étatique. Le khomeinisme stipule qu’un système de lois terrestres ne peut à lui seul créer une société juste : l’Iran doit tirer sa légitimité de « Dieu Tout-Puissant ». Le concept de velayat-e faqih, également connu sous le nom de guidance du juriste, est au cœur du khomeinisme. Il stipule que le guide suprême doit être doté de « toutes les autorités dont jouissaient le Prophète et les imams infaillibles ».

En substance, cela signifie que l’Iran doit être gouverné par un seul homme, nécessairement un érudit de l’islam chiite. C’est de là que Khomeini, puis Khamenei, tireront le contrôle absolu qu’ils exerceront sur la République islamique après son instauration en 1979.

À partir de 1962, Khamenei s’engage pleinement dans des activités révolutionnaires contre Mohammad Reza Pahlavi au nom de Khomeini, lequel est expulsé du pays en 1964 (il vivra alors en Turquie, puis en Irak et en France). Selon le récit fait dans ses mémoires, Khamenei est arrêté par la police secrète du shah en 1971 et torturé.

Lorsque le shah est renversé à l’issue de la Révolution islamique de 1979, Khomeini revient d’exil, instaure la République islamique et devient le guide suprême. Khamenei est alors sélectionné pour rejoindre le Conseil révolutionnaire, qui gouverne aux côtés du gouvernement provisoire. Il devient ensuite vice-ministre de la Défense et participe à la création du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cette institution militaire, initialement fondée pour protéger la révolution et le guide suprême, allait devenir l’une des forces politiques les plus puissantes d’Iran.

Ali Khamenei hospitalisé en 1981 après la tentative d’assassinat conduite contre sa personne par des membres des Moudjahidines du Peuple, organisation hostile aussi bien au régime du shah qu’à la République islamique.
Khamenei.ir, CC BY-NC-SA

Après avoir survécu à une tentative d’assassinat en 1981, Khamenei est élu président de l’Iran en 1981, puis réélu en 1985. Il occupe la présidence pendant la majeure partie de la guerre Iran-Irak, un conflit qui dévaste les deux pays sur le plan tant humain qu’économique.

Bien que subordonné au guide suprême, Khamenei exercera un pouvoir considérable par rapport aux présidents qui lui succéderont, ce qui s’explique par le fait que la révolution est encore très récente et que la guerre en Irak représente une menace existentielle pour le régime. Mais il reste toujours fidèle aux souhaits de Khomeini. Il réussit également à établir avec le CGRI une relation étroite qui se prolongera bien au-delà de sa présidence.

Un choix surprenant pour le poste de guide suprême

Khomeini meurt en juin 1989, sans successeur clairement identifié. Khomeini avait initialement considéré le grand ayatollah Hossein-Ali Montazeri comme un dauphin potentiel. Cependant, Montazeri était devenu de plus en plus critique à l’égard de l’autorité du guide suprême et des violations des droits de l’homme dans le pays. Il avait démissionné en 1988 puis été assigné à résidence jusqu’à sa mort en 2009.

Khamenei possède les qualifications politiques nécessaires pour occuper le poste. Il est également un fervent partisan du khomeinisme. Cependant, sa désignation au poste de guide suprême par l’Assemblée des experts, un groupe de religieux islamiques, suscite une importante controverse. Certains érudits estiment en effet qu’il ne dispose pas du rang clérical de grand ayatollah, requis par la Constitution pour accéder à ce poste, et estiment que le peuple iranien ne respectera pas la parole d’un « simple être humain » sans lien spécifique avec Dieu.

Un référendum est organisé en juillet 1989 afin de modifier la Constitution et, notamment, de permettre la nomination d’un guide suprême ayant démontré ses « connaissances islamiques » sans nécessairement avoir le rang de Marja (le poste clérical suprême dans le chiisme duodécimain). Il est adopté à une écrasante majorité et Khamenei accède au poste.

Pour autant, il ne jouit pas de la même popularité que Khomeini au sein de l’élite cléricale et du grand public. Les amendements constitutionnels adoptés lors du référendum lui donnent toutefois Khamenei beaucoup plus de pouvoir pour intervenir dans les affaires politiques. En fait, il disposera de bien plus de prérogatives en tant que guide suprême que Khomeini n’en a jamais eu. Il lui revient notamment de définir les grandes orientations politiques, de nommer et de révoquer les membres du Conseil des gardiens et d’ordonner la tenue de référendums. Il dispose également d’un pouvoir suffisant pour faire taire relativement facilement toute contestation.

Consolidation du pouvoir au fil des décennies

En tant que guide suprême, Khamenei collabore à des degrés divers avec les présidents du pays, et n’hésite jamais à utiliser les leviers à sa disposition pour saper des lois qui ne lui convenaient pas.

Par exemple, il soutient largement le programme économique du président Hachemi Rafsandjani (1989-1997), mais s’oppose régulièrement à Mohammad Khatami (1997-2005) et à Hassan Rohani (2013-2021). Tous deux avaient tenté de réformer le système politique iranien et d’améliorer les relations avec l’Occident.

L’intervention la plus célèbre de Khamenei dans la politique intérieure a lieu après la fin du premier mandat du président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013). Après qu’Ahmadinejad a revendiqué la victoire lors de l’élection présidentielle controversée de 2009, des milliers d’Iraniens descendent dans la rue : c’est l’un des plus grands mouvements de protestation depuis la révolution. Khamenei entérine le résultat des élections et réprime sévèrement les manifestants. Des dizaines de personnes (peut-être davantage) sont tuées, et des milliers d’autres sont arbitrairement arrêtées.

Plus tard, Khamenei s’oppose à Ahmadinejad et l’avertit qu’il ne doit pas se présenter à nouveau à la présidence en 2017. Ahmadinejad lui désobéit, mais est finalement empêché de se présenter.

Après la mort dans un accident d’hélicoptère en 2024 du président Ebrahim Raïssi, partisan de la ligne dure élu en 2021, Khamenei continué à manœuvrer en coulisses. Le réformiste Masoud Pezeshkian est élu à la présidence, mais Khamenei l’empêche immédiatement de négocier avec les États-Unis au sujet de l’allègement des sanctions et utilise son influence pour contrecarrer son programme de réformes économiques.

Et lorsque de nouvelles manifestations éclatent fin 2025 en raison des difficultés économiques, Khamenei ordonne une nouvelle fois, comme il l’avait fait en 2022 pour écraser le mouvement né à la suite de la mort de Mahsa Amini, leur répression par tous les moyens nécessaires.

Un héritage terni

Les pouvoirs qui lui étaient conférés par la Constitution ont également permis à Khamenei d’exercer un contrôle extraordinaire sur la politique étrangère de l’Iran.

À l’instar de son mentor, Khomeini, il a fermement soutenu la résistance du régime à « l’impérialisme occidental ». Il fut également l’un des principaux architectes de la stratégie régionale de l’Iran, finançant des groupes militants tels que le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et d’autres afin de mener à bien les objectifs militaires de Téhéran.

Khamenei s’est parfois montré disposé à coopérer avec l’Occident, notamment en négociant avec les États-Unis au sujet du programme d’enrichissement nucléaire iranien.

Au cours du premier mandat de Trump, cependant, il est revenu à une position farouchement anti-occidentale. Son gouvernement a dénoncé le rejet par Trump en 2018 de l’accord nucléaire de 2015, la réimposition de sanctions économiques sur le secteur énergétique iranien et l’assassinat en janvier 2020 du chef de la force Al-Qods du CGRI, Ghassem Soleimani.

Après le retour au pouvoir de Trump en 2025, l’Iran s’est encore affaibli. Et la posture anti-occidentale de Khamenei a commencé à paraître de plus en plus creuse. La défaite de l’Iran dans la guerre de 12 jours contre Israël en 2025 a détruit le peu de légitimité qui restait à son régime.

Dans les mois qui ont suivi, Khamenei a régné sur une population de plus en plus mécontente du système politique iranien et de ses dirigeants. Lors des manifestations de 2025-2026, certains ont ouvertement scandé des slogans appelant à sa mort.

Lorsque Khomeini est décédé en 1989, des millions de personnes ont assisté à ses funérailles nationales. Les personnes en deuil l’ont sorti de son cercueil et se sont précipitées pour récupérer des reliques sacrées.

Bien que Khamenei ait régné quatre fois plus longtemps, les Iraniens ne manifesteront probablement pas le même chagrin pour lui.

The Conversation

Andrew Thomas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi la plupart des Iraniens ne pleureront pas Ali Khamenei – https://theconversation.com/pourquoi-la-plupart-des-iraniens-ne-pleureront-pas-ali-khamenei-277197

Je t’aime moi non plus ! Notre lien complexe à la fiscalité

Source: MIL-OSI-Submissions-French

Source: The Conversation – in French – By Cecile Bazart, Maîtresse de conférences, Centre d’Economie de l’Environnement de Montpellier (CEE-M), Université de Montpellier

Accroître la visibilité de ce que l’impôt finance contribuerait à en revaloriser sa perception symbolique. Pierre Laborde/Shutterstock

« Trop d’impôt tue l’impôt », dit la célèbre phrase de l’économiste états-unien Arthur Laffer. Et si pour la France, c’était plus compliqué que cela ? N’y a-t-il pas d’autres considérations sociales, affectives ou morales ?


À l’heure des déficits publics récurrents, nombreuses sont les solutions axées sur la lutte contre la fraude fiscale dans le débat public. La médiatisation de ce face-à-face entre riches contribuables et l’administration fiscale recourt le plus souvent à un vocabulaire guerrier qui fait la part belle à la détection et à la sanction des fraudeurs pour le bien de tous.

Le projet de loi présenté en novembre 2025 s’inscrit dans cette ligne d’action avec un triple objectif affiché de « mieux prévenir et détecter, mieux lutter et sanctionner, mieux recouvrer ». Le discours politique pour restaurer la légitimité de l’impôt s’arc-boute sur une nécessaire répression de comportements qualifiés de criminels.

Si l’impôt est historiquement l’outil financier permettant de prélever des ressources nécessaires au fonctionnement de l’État, il n’en est pas moins un fait social complexe. C’est ce que nos recherches mettaient en exergue. Car à côté du gain pécuniaire, de nombreuses autres considérations sociales, affectives ou morales expliquent notre rapport complexe à la fiscalité.

La courbe de Laffer tend a démontré que l’accroissement des taux d’imposition se traduit, au-delà d’un certain seuil, par un amoindrissement des recettes fiscales.
Wikimedia

Seuls 14 % des contribuables payent leur impôt par peur d’un contrôle

Il est évident que le contrôle seul ne décourage pas la fraude. D’autres motivations expliquent le choix de payer ou de frauder.

Dans notre enquête menée en 2015 avec Thierry Blayac auprès de 1 094 contribuables, nous montrions que la motivation première à payer ses impôts est le sens civique. C’est ce que déclaraient 45 % des enquêtés ; 25 % d’entre eux tiraient la motivation à acquitter leurs impôts de la fourniture de biens et services publics ; approximativement 10 % payaient du fait de considérations morales plus générales. Au final, seules 14 % des personnes interrogées déclaraient payer des impôts par peur du contrôle fiscal et de ses conséquences.

Ces résultats sur la diversité des motivations à payer ses impôts élargissent la réflexion sur son acceptation. Il en ressort que donner plus de visibilité sur ce que l’impôt finance améliore la manière dont le prélèvement est perçu. En effet, 11 % des contribuables sondés pointaient le manque de transparence sur l’utilisation des fonds comme motif de rejet de la fiscalité. L’impôt sera davantage perçu comme un échange que comme une ponction.

Notre travail souligne également que la complexité grève la bonne compréhension de la fiscalité et augmente la fraude. Pour 21 % des contribuables interviewés, la complexité de la législation fiscale pose problème, alors que 13,5 % estiment que la fréquence de réformes est jugée trop élevée et 10,5 % que les démarches administratives sont trop complexes.

Système fiscal français jugé injuste

L’impôt est un fait social. Il s’appuie sur une vision des rapports entre individus et de la solidarité au sein de la société. Il lie les contribuables entre eux, puisque la fraude des uns est un surcoût pour les autres. Cette interdépendance entre citoyens est à la base d’une opposition entre ceux qui paient leurs impôts et ceux qui fraudent. Elle alimente l’idée d’une injustice fiscale, dont l’effet est puissant. Notre étude souligne que le système fiscal français est globalement perçu comme injuste avec un score de 4,11 sur 10.

Dans une série d’articles expérimentaux, nous démontrions avec Aurélie Bonein, que la comparaison sociale peut faire accroître la fraude. L’information sur les délits des uns augmente la fraude des autres. Plus précisément, dans ces travaux, nous testions deux types d’injustice en matière fiscale :

  • Liée à un différentiel de taux d’imposition avec l’application des taux d’impôts différents à des individus fiscalement identiques, sans plus de justification.

  • Liée à la pratique de la fraude fiscale – certains fraudent alors que d’autres pas.

Nous démontrons qu e si les deux types d’injustice alimentent la fraude, l’effet de la comparaison sociale est plus fort que celui de l’injustice liée au niveau des taux d’imposition. On peut imaginer jouer de cette réciprocité fiscale pour créer une dynamique sociale qui stimule l’honnêteté, notamment si l’on émet un signal que la fraude mène à la réprobation sociale.

Mauvaise connaissance fiscale

Comme l’impôt est un fait social, il est aussi très dépendant de l’histoire fiscale du pays et de la compréhension et des perceptions des gens sur l’impôt. Dans le travail d’enquête suscité, nous avons également testé la compréhension de la fiscalité par nos enquêtés.

Il apparaît que les perceptions des contribuables sont en décalage par rapport à leurs connaissances, établi à 33,44 %, à partir de quelques questions basiques. Ce niveau de compréhension du prélèvement très bas ne va pas dans le sens d’une perception d’injustice fondée. Au contraire, ce biais laisse une large place à la subjectivité et à l’émotion. Il questionne les sous-jacents actuels de la perte de légitimité du prélèvement fiscal.

Au final, la fraude fiscale relève-t-elle d’une réelle remise en cause de l’impôt ou bien est-elle le fruit d’incompréhensions et d’émotions associées au ras le bol fiscal ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Je t’aime moi non plus ! Notre lien complexe à la fiscalité – https://theconversation.com/je-taime-moi-non-plus-notre-lien-complexe-a-la-fiscalite-267044

Burn-out : pourquoi le milieu de carrière est la zone la plus à risque

Source: MIL-OSI-Submissions-French

Source: The Conversation – in French – By Katie Green, Senior Lecturer in Leadership and Leadership Development, Manchester Metropolitan University

Après la pandémie, les taux de burn-out ont augmenté dans tous les secteurs. Les recherches montrent que le climat de travail, la reconnaissance et la qualité du leadership pèsent davantage que le simple nombre d’heures travaillées. Elnur/Shutterstock

On suppose souvent que l’expérience protège du burn-out. En réalité, au milieu de la carrière, la surcharge, le manque de formation managériale et la pression constante exposent particulièrement les professionnels — notamment les femmes — à l’épuisement.


Tout le monde connaît ce cliché du cadre supérieur senior stressé, toujours au bord de la rupture. Pourtant, c’est en réalité le milieu de carrière qui constitue l’une des périodes les plus vulnérables au burn-out et au stress dans la vie professionnelle. À ce stade, beaucoup cumulent des responsabilités supplémentaires en dehors du travail, au moment même où leur employeur accroît ses exigences en matière de performance, de disponibilité et de leadership.

Le milieu de carrière est souvent le moment où cette double charge augmente le risque de burn-out. Des recherches ont montré que ces professionnels présentent des niveaux de burn-out particulièrement élevés, travaillent davantage d’heures et déclarent une satisfaction au travail plus faible que les autres classes d’âge. L’un des principaux facteurs explicatifs réside dans la tension persistante entre les exigences professionnelles et le maintien d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Il est important de souligner que le burn-out est désormais largement reconnu non pas comme une défaillance individuelle, mais comme un problème lié au travail. Il se caractérise par un épuisement émotionnel, du cynisme et une baisse de productivité, des recherches montrant qu’il est avant tout façonné par les structures organisationnelles, les cultures d’entreprise et les pratiques de leadership, plutôt que par une faiblesse personnelle ou un manque de capacités d’adaptation.

Le burn-out ne touche pas tous les groupes de la même manière. Les femmes, par exemple, déclarent des niveaux plus élevés de burn-out, qu’il soit personnel ou lié au travail, en particulier au milieu de leur carrière. Cela peut refléter une prise en charge plus importante des responsabilités familiales, ainsi que des attentes accrues concernant leur disponibilité et l’investissement émotionnel qu’elles sont censées assumer.

La pandémie de COVID a intensifié ces dynamiques. De nombreux professionnels en milieu de carrière ont alors dû jongler entre responsabilités professionnelles et familiales, alors même que leurs interactions sociales étaient réduites et que leur charge de travail ainsi que leurs horaires s’allongeaient. Depuis le pic de la pandémie, tous les secteurs et toutes les fonctions ont enregistré une hausse des taux de burn-out, les organisations de santé et du secteur social étant particulièrement touchées.

Absorber la pression

Le stress et le burn-out ont un coût pour les employeurs : journées de travail perdues, l’absentéisme et le « leavism » (le fait de travailler pendant ses congés). Les professionnels en milieu de carrière sont particulièrement exposés, car on attend souvent d’eux qu’ils absorbent la pression sans laisser paraître de signes de fragilité. Il peut s’agir, par exemple, de piloter une équipe en pleine réorganisation tout en atteignant ses propres objectifs de performance et en épaulant les collaborateurs plus juniors.

Dans de nombreuses organisations, la surcharge chronique et l’hyperactivité permanente sont normalisées, voire valorisées. La disponibilité constante devient un marqueur de compétence plutôt qu’un signal d’alerte.

Malgré cela, persiste l’idée que les professionnels en milieu de carrière seraient, par nature, plus résistants. Or une exposition prolongée à des niveaux élevés de stress peut justement éroder cette résilience. L’expérience ne protège pas nécessairement du burn-out ; dans bien des cas, elle ne fait que le masquer.

Des symptômes tels que la fatigue, l’insomnie ou l’anxiété sont souvent minimisés, voire ignorés, jusqu’à ce que le stress atteigne un point de rupture. Ceux qui sont réputés pour leur capacité à « tenir le coup » ont tendance à étouffer les signaux d’alerte afin de préserver leur image professionnelle. Ces travailleurs retardent fréquemment le moment de demander de l’aide, en partie parce que des facteurs couramment associés au burn-out — longues journées, disponibilité permanente, surcharge chronique — sont largement banalisés.

Si le stress à court terme peut parfois améliorer la performance, ce que l’on appelle alors le « bon stress » reste en réalité proche du point de rupture. Lorsque la pression devient chronique et que les temps de récupération sont réduits, voire inexistants, le stress devient une voie directe vers le burn-out.

Mes travaux sur les managers de proximité mettent en lumière ces risques. Les cadres intermédiaires et les professionnels en milieu de carrière y sont régulièrement décrits comme surchargés et insuffisamment formés à leurs responsabilités managériales. Beaucoup ont accédé à des fonctions de direction avec peu, voire aucune, préparation formelle, et ont dû apprendre à encadrer des équipes « sur le tas ».

Les promotions s’accompagnent souvent d’une forte augmentation des responsabilités, sans investissement équivalent dans la formation. Et lorsqu’il existe des possibilités d’accompagnement, elles sont en principe ponctuelles et peu structurées. Cette combinaison alimente l’anxiété et le sentiment d’illégitimité — des facteurs bien connus qui précèdent le burn-out.

Dans le cadre de notre projet, nous avons interrogé plus de 150 managers de proximité issus des secteurs public et privé. Nos résultats montrent clairement que le burn-out est façonné par les systèmes, les normes et les attentes propres au monde du travail. Les pratiques et les processus organisationnels, tout comme la culture d’entreprise et les styles de leadership, jouent un rôle déterminant. Des objectifs irréalistes, un contrôle excessif et une culture des longues journées de travail exacerbent le stress. Quant aux pratiques managériales qui privilégient une pression permanente sur la performance, elles accroissent directement le risque de burn-out.

Le climat de travail compte davantage que le seul volume horaire : parmi les facteurs de risque figurent le harcèlement, le harcèlement sexuel et les styles de leadership toxiques. Le burn-out est notamment étroitement lié à l’implication des dirigeants — ou à son absence. Par exemple, une étude a montré que les professionnels en milieu de carrière, en particulier les femmes, sont plus exposés au burn-out lorsque leurs efforts ne sont pas reconnus par leurs supérieurs.

À l’inverse, des responsables qui écoutent, reconnaissent le travail accompli et valorisent l’engagement peuvent réduire significativement le risque de burn-out. En somme, le fait de sentir que son travail compte et qu’il est apprécié fait une différence mesurable.

Les dirigeants peuvent concevoir le travail dans une logique de durabilité plutôt que d’endurance. Cela suppose de veiller à ce que les charges et les objectifs soient réalistes, mais aussi de mettre fin aux cultures où la disponibilité permanente est valorisée.

Les fonctions d’encadrement en milieu de carrière doivent être véritablement soutenues, et les salariés devraient disposer d’un temps sacralisé pour la formation et le développement de compétences, au lieu d’être contraints à apprendre par essais et erreurs successives. Leurs supérieurs devraient s’efforcer d’instaurer un environnement sûr : écouter réellement, réagir dès les premiers signaux d’alerte et intervenir avant que le stress ne dégénère en burn-out.

Enfin, un travail d’équipe solide et un véritable sentiment d’appartenance au sein de l’organisation donnent du sens et constituent un rempart contre le burn-out. En milieu de carrière, lorsque les pressions convergent de toutes parts, le lien aux autres n’est pas un luxe, mais une nécessité.

L’importance de l’épanouissement au travail est souvent sous-estimée. Les occasions de créer du sens, de nourrir les relations et de prendre plaisir à son activité ne sont pas des bonus superflus : elles constituent une protection réelle contre le stress chronique et le burn-out.

The Conversation

Katie Green ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Burn-out : pourquoi le milieu de carrière est la zone la plus à risque – https://theconversation.com/burn-out-pourquoi-le-milieu-de-carriere-est-la-zone-la-plus-a-risque-277009

Strait of Hormuz: if the Iran conflict shuts world’s most important oil chokepoint, global economic chaos could follow

Source: MIL-OSI-Submissions-English

Source: The Conversation – UK – By Sarah Schiffling, Deputy Director of the HUMLOG (Humanitarian Logistics and Supply Chain Management Research) Institute, Hanken School of Economics

The reported sinking of several Iranian warships by US missiles in the Gulf of Oman serves as a reminder of the maritime aspect of the conflict which began February 28 with a barrage of Israeli and American missiles targeting Iran. Two other vessels, believed to be tankers, have also been reported as having been hit by missiles, of an as yet undetermined source, in the vicinity of the Strait of Hormuz, underlining the importance of this vital shipping lane – which is likely to play an key part in all sides’ calculations.

Full details have yet to emerge of the incidents. But there are already signs that the strait will become a major focus of concern because of the huge implications should the conflict disrupt maritime traffic through this the narrow outlet of the Persian Gulf. Ships crossing the Strait of Hormuz carry around one-fifth of global oil supplies. That’s about 20 million barrels per day. This makes the strait the most critical energy chokepoint.

There are a small number of strategic passageways, or chokepoints on which global trade depends and which are vulnerable to disruption. Any disruption reverberates instantly through global markets and supply chains. With conflict raging in Iran and attacks across the Middle East, traders, governments and businesses will be watching oil prices closely as the markets open.

After Israel and the US launched attacks on Iran on February 28, prompting retaliatory strikes across the region from Iran, Tehran broadcast to vessels in the region claiming that the Strait of Hormuz was closed.

Although the shipping lanes are only about two miles wide, actually physically closing them would be difficult to achieve. The most decisive action Tehran could take would be to mine the shipping lanes. With the large US naval presence in the area, this would be very difficult for Iran to achieve.

But a formal blockade is not necessary to stop traffic. When perceived threat levels rise, ships stay away. Big shipping companies such as Hapag Lloyd and CMA CGA have already suspended transit through the strait and advised their ships to proceed to shelter.

Vessel tracking already shows reduced movements in the Strait of Hormuz. Ships are waiting to enter or exit the Persian Gulf or diverting away from the region. An advisory from the United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO) Centre has warned of the “increased risk of miscalculation or misidentification, particularly in proximity to military units”.

Several ports have suspended operations after debris from an intercepted missile sparked a fire at Dubai’s Jebel Ali Port. While other ports continue to operate, the risk and uncertainty are disrupting shipping in the region.

Supply chain disruption

Hormuz is dominated by oil tankers and liquid natural gas carriers, so disruption directly hits global energy supplies. In addition, a lesser-known dependency is that one-third of the world’s fertiliser trade passes through the strait. Both energy and agricultural supply chains have already been destabilised by the Ukraine war. Further price rises could have far-reaching consequences.

Map of Straits of Hormuz
The Strait of Hormuz is one of the world’s most important waterways, with 20% of the global trade in oil flowing through a narrow maritime channel.
Wikimedia Commons

The main destinations for oil and gas flowing through Hormuz are China, India, Japan, and South Korea. India, which imports about half of its crude oil through the strait, has activated contingency plans to safeguard energy supplies.

But apart from amassing strategic national stockpiles to weather immediate disruptions, there may be limited alternatives for countries dependent on getting their energy supplies through the strait. Saudi Arabia and the UAE have some pipelines for both oil and gas that can bypass the Hormuz. There is an estimated spare capacity of 2.6 million barrels per day for these pipelines. But that’s a fraction of what is normally shipped through the strait.

Oil and gas are traded globally. So even countries whose energy needs are not met by imports from the Persian Gulf will be affected by price increases. Oil prices are expected to increase to up to US$100 (£74) per barrel when markets open on Monday. Opec has agreed to modestly boost oil output in a bid to stabilise markets. But the group of oil producing countries has limited options as key members are affected by the fallout of the attacks on Iran.

Energy price increases will hit consumers directly when filling up their cars or heating their homes. They also affect companies across a wide range of industries. This has the potential to cause further supply chain disruptions.

Supply chains rely on predictability. The persistent geopolitical uncertainty has complicated operations worldwide. Limited alternatives make the de facto closure of the Strait of Hormuz all the more impactful. The longer the disruption persists, the more significant and structural the economic damage will become.

Potential for escalation

There is still a potential for a catastrophic escalation in the Strait of Hormuz. The sinking of a tanker would have dramatic consequences for the environment and would likely halt navigation for an extended period of time.

But prolonged instability may also prove destructive for the global economy.
Previously, Iran closing the strait was seen as unlikely considering the global backlash and economic harm to Iran itself. But with regime change now the stated goal of the US-Israeli attacks, the cost of holding the world economy hostage might seem justified to the rulers in Tehran.

The Conversation

Sarah Schiffling does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Strait of Hormuz: if the Iran conflict shuts world’s most important oil chokepoint, global economic chaos could follow – https://theconversation.com/strait-of-hormuz-if-the-iran-conflict-shuts-worlds-most-important-oil-chokepoint-global-economic-chaos-could-follow-277199

Mark Carney’s visit to India hits the reset button on the Canada–India relationship

Source: MIL-OSI-Submissions-English

Source: The Conversation – Canada – By Saira Bano, Assistant Professor in Political Science, Thompson Rivers University

Prime Minister Mark Carney’s visit to India marks the most consequential step in years to rebuild Canada–India relations after the diplomatic rupture in 2023 over allegations linking Indian agents to the killing of a Canadian Sikh activist.

The visit signals a deliberate shift from crisis management to economic statecraft.

In Mumbai, Carney announced that Canada aims to conclude a Comprehensive Economic Partnership Agreement (CEPA) with India by the end of this year, with the goal of doubling two-way trade by 2030. The message was pragmatic: the two countries may not always agree, but engagement must continue.

From rupture to reset

Canada-India relations deteriorated sharply in September 2023, leading to diplomatic expulsions, reduced staffing and suspended trade negotiations. For much of the past two years, the relationship was defined by security tensions and mutual distrust.

The first signs of stabilization came at the 2025 G7 Summit in Kananaskis, Alta., when Carney’s invitation to Prime Minister Narendra Modi signalled a diplomatic breakthrough. High commissioners were reinstated and ministerial channels reopened. Carney’s India visit suggests the reset is moving from symbolism to implementation.

The logic is clear. Canada’s heavy trade dependence on the United States has become riskier amid tariff threats and political volatility. Diversification is no longer aspirational; it’s strategic.

India, as one of the world’s fastest growing major economies and an increasingly central figure in global supply chains, offers scale and long-term opportunity.

Energy as the anchor

Energy emerged as the central pillar of Carney’s two-day visit. Canada and India have relaunched the Ministerial Energy Dialogue and are advancing discussions on uranium supply, conventional energy trade and clean energy co-operation.

India’s energy demand continues to rise as economic growth accelerates. It remains heavily import-dependent on crude oil and natural gas while also seeking to expand low-carbon baseload power. Canada, meanwhile, is looking to reduce its overwhelming reliance on the U.S. market.

With expanded export capacity through the Trans Mountain pipeline and growing LNG infrastructure, Canada is better positioned to reach Indo-Pacific markets than at any point in recent decades.

While Canada will not displace other suppliers, it can become part of India’s diversification portfolio. Long-term uranium agreements, in particular, would embed trust through decades of commercial interdependence. Nuclear co-operation offers durability that few other sectors can match.

Critical minerals, structural alignment

Beyond fuels, critical minerals represent a deeper strategic opportunity. Canada’s Critical Minerals Strategy aligns closely with India’s National Critical Minerals Mission in terms of lithium, nickel, cobalt, rare earth elements and downstream supply chains.

For Canada, the goal is not simply exporting raw resources, but building integrated value chains through processing partnerships, recycling and technology collaboration. For India, secure access to minerals is essential for electric vehicles, semiconductors, defence industrial supply chains and clean energy technologies, particularly as it seeks to reduce dependence on China-dominated processing networks.

Progress in critical minerals would move the relationship beyond symbolic diplomacy toward structural alignment.

Although CEPA negotiations have stalled in the past, both countries now face stronger incentives to revive them amid global trade turbulence and diversification pressures.

Progress on energy and minerals can help build domestic support for stability while wider trade talks continue.

Innovation, security

Carney’s visit also emphasized people-to-people and innovation ties. Foreign Affairs Minister Anita Anand launched a new Canada–India Talent and Innovation Strategy, including 13 new university partnerships spanning artificial intelligence, hydrogen research, digital agriculture and health sciences.

Education has long anchored Canada–India relations. Embedding research collaboration and talent mobility strengthens long term institutional linkages that outlast political cycles. Artificial intelligence co-operation, in particular, aligns Canada’s strengths in responsible AI governance with India’s scale in digital infrastructure and AI deployment.

Despite economic progress, however, security concerns between India and Canada remain unresolved. The diplomatic fallout of 2023 continues to affect trust.

During the visit, Anand faced repeated questions about foreign interference and transnational repression. She emphasized that public safety concerns must be addressed through direct engagement rather than disengagement.

Recent reports of ongoing threats and warnings to Sikh activists in Canada show that underlying tensions persist, even as both governments seek to prevent them from defining the entire relationship.

Ottawa’s tone appears more measured, but the conflicting narratives between the two countries remains evident.

The road ahead

Carney’s challenge is now therefore twofold: advance economic co-operation while preventing unresolved security disputes from derailing the broader reset of the Canada-India relationship.

Improved ties with India also align with Carney’s broader foreign policy vision, articulated in Davos, that middle powers must co-operate more closely in response to fractures in the global order.

India’s inclusion in a broader Indo-Pacific tour alongside Australia and Japan underscores that this engagement is part of a wider strategic recalibration.

Stabilizing relations with India is therefore not simply a bilateral exercise. It’s about positioning Canada more credibly in the Indo-Pacific region and strengthening co-ordination among democratic middle powers navigating geopolitical uncertainty.

The significance of Carney’s visit lies less in rhetoric and more in trajectory. By setting a target for a trade agreement, advancing energy and uranium co-operation, deepening critical minerals alignment and expanding academic partnerships, Ottawa is attempting to anchor the relationship in long-term interdependence.

The reset is not complete. Security tensions still cast a shadow. But the visit suggests that both governments are willing to compartmentalize disputes and focus on areas of shared economic and strategic interest.

The Conversation

Saira Bano does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Mark Carney’s visit to India hits the reset button on the Canada–India relationship – https://theconversation.com/mark-carneys-visit-to-india-hits-the-reset-button-on-the-canada-india-relationship-277015

U.S.-Israeli strikes against Iran may succeed on a military basis, but at what political cost?

Source: MIL-OSI-Submissions-English

Source: The Conversation – Canada – By James Horncastle, Assistant Professor and Edward and Emily McWhinney Professor in International Relations, Simon Fraser University

Israel and the United States have launched combat operations against Iran via Operation Epic Fury. The air campaign appears aimed at three targets: Iran’s military bases and command structure, its air defences and strategic missile sites and its leadership.

Early strikes were successful in killing Iran’s Supreme Leader Ali Khamanei and several key members of the leadership.




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The strikes themselves are likely to be successful from a strictly military standpoint. Israeli and American forces are quickly establishing air superiority over Iran and disabling Iran’s anti-air capabilities.

These attacks occur at a moment when Iran is weakened both domestically and internationally.

The Iranian regime is still recovering from the December and January protests that were the greatest challenge to the Iranian government since the 1979 Iranian Revolution.

Internationally, key members of Iran’s “ring of fire,” like the Houthis in Yemen and Hezbollah in Lebanon, are in a vulnerable position. Furthermore, the domestic unrest have emboldened people around the world to challenge the Iranian regime’s legitimacy.

Nevertheless, the U.S. and Israel are unlikely to be successful in their stated goal of regime change. Historically, air power alone is insufficient. Furthermore, even if they succeed in regime change, they may create an even more volatile geopolitical situation.

Escalating tensions

The tensions between the U.S.-Israel and Iran are nothing new. Their foundations go back to the birth of the Islamic Republic.

There’s been a significant escalation of tensions, however, over the past few years. The Oct. 7, 2023, Hamas attack against Israeli citizens and Iran’s role in supporting Hamas and other paramilitary groups opposed to the Israeli state resulted in Israel launching extensive strikes against Iranian assets in the region.

These strikes culminated in last year’s Twelve Day War between Israel and Iran, with the U.S. playing an auxilliary role. American and Israeli strikes inflicted significant damage on Iranian infrastructure. But they didn’t achieve the American goal of eliminating Iran’s nuclear program, despite President Donald Trump’s claims to the contrary.

Iranian protests

Against this backdrop of rising tensions between Israel/the United States and Iran, the economic situation in Iran deteriorated, resulting in shopkeepers and merchants in Tehran going on strike. These protests served as a spark for what became the largest public demonstrations against the Iranian regime that it had encountered since the birth of the Islamic Republic.

This latest uprising by the Iranian people presented an opportunity for the U.S. and Israel. Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu has never backed down from his goal of regime change in Iran. Trump actively encouraged the protesters to fight for regime change.

The protesters, however, needed material support that only the U.S. could provide. But with American military assets in the Caribbean challenging Venezuela, there were insufficient forces available.




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The result was that the U.S. was not able to intervene, and the Iranian regime succeeded in quashing the protests. Total deaths from the government’s crackdown are estimated to be in the thousands.

The U.S., having missed its ideal opportunity for regime change due to its fixation on Venezuela earlier in the year, nevertheless went through with pursuing its goal on Feb. 28.

An uncertain end

The problem now faced by Israel and the U.S. s the stated goal of regime change and the long-term stability of Iran. Not only is regime change uncertain due to the limitations of a strictly air campaign, but it could also create a scenario where more radicalized forces come to power.

This comes from the fact that, while the Iranian regime is often equated with prominent figures like the Ayatollah, it operates as more than a system centred on a single individual.

Unlike other authoritarian countries where key individuals or families have power, Iran is a complex state with a complex governance structure. At its heart is the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC). Far from merely a military unit or secret police, the IRGC is a vast institution integrated within the security, economy and governance of Iran.

This is where the difference between “regime change” and “regime building” comes to light. Removing key leaders may destabilize Iran and change who wields power, but that usually means power is then consolidated by people already in place. That’s not the citizens Iran, who Trump urged to rise up, but the vast infrastructure of the IRGC.




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Conflict could spread

This outcome is more likely given the instability of Iran over the past few weeks. If the regime were stable, Iranian political and military leaders wouldn’t view the current attacks as posing a threat to their control. But under the current volatile domestic circumstances, these leaders are likely to respond more forcefully and broadly because they believe their own future — and lives — are at stake.

The IRGC isn’t likely to be a more conciliatory or ideologically permissive interlocutor. In fact, the opposite is probably true.

Faced with the threat of further American and Israeli attacks and nascent discontent at home, the IRGC may move quickly to further lock down its own power and respond aggressively. This power struggle could not only result in significant Iranian deaths, but cause the war to spread throughout Middle East.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. U.S.-Israeli strikes against Iran may succeed on a military basis, but at what political cost? – https://theconversation.com/u-s-israeli-strikes-against-iran-may-succeed-on-a-military-basis-but-at-what-political-cost-277182

Actually, Doug Ford, basket-weaving is innovative and in-demand

Source: MIL-OSI-Submissions-English

Source: The Conversation – Canada – By Victoria MacBeath, PhD Candidate, Art History, Concordia University

Salish Nlaka’pamux basket made of cedar or spruce root, cedar wood and hide. (McCord Museum)

The Ontario government recently announced massive cuts to Ontario Student Assistance Program (OSAP) funding, decreasing the maximum funding from 85 per cent to 25 per cent.

Student response to this has been largely negative. Speaking to the media, Ontario Premier Doug Ford said that he received “thousands of calls” from students expressing concerns. Ford’s response: telling them to invest in education that leads to in-demand jobs.

At a February news conference responding to OSAP cuts, Ford relayed that he told frustrated students: “You’re picking basket-weaving courses, and there’s not too many baskets being sold out there.” He said, instead, students should invest in their future through their program decisions — insinuating that craft curriculums hold no value in the job market. Ford mentioned trades, STEM and health-care fields as ones that would provide post-graduation employment.

As a researcher that engages with scholars specialized in the history of craft practices in Canada, alongside teaching art history courses that highlight the social, political and economic importance of fibre arts, Ford’s response is troubling and unsurprising.

Basket-weavers push back

Ford’s rhetoric demonstrates a misunderstanding of Canada’s cultural sector, basket weaving and the purpose of higher education.

In response to Ford’s comments, basket-weavers and craft organizations across the country noted the lucrative nature of their practice alongside the widely applicable skills learned through craft education.

Basket-maker Spencer Lunham Jr., of the Chippewas of Kettle and Stony Point First Nation, for example, told CBC that he sells a couple hundred baskets per year for around $150 to $3,000 each.

The prosperity of Canada’s cultural sector is backed by data from the Canadian chamber of Commerce, whose business data lab reported in October 2025 that the arts and culture sector’s GDP has grown nearly eight per cent, outpacing an overall economic growth of four per cent. In addition, the sector supports “13 jobs for every million in output, which is more than oil and gas, manufacturing or agriculture.”

Ontario is one of the provinces to see the highest economic impact from the sector, according to the report.

Winner of Sobey Art Award

Ford’s emphasis on the uselessness of craft practices is also challenged by recent winners of the Sobey Art Award, one of the most prestigious art awards in the country.

Many of the recent winners incorporate craft or craft-like practices into their work. This includes the 2017 winner of the award, Ursula Johnson,
an artist from the Eskasoni First Nation, in Cape Breton, Nova Scotia, who has an innovative basket-making practice. It seems that, at the very least, gallerists are buying baskets.

Johnson’s practice in particular highlights that — despite craft’s common framing as traditional, overly indulgent and frozen in time — basket-weaving is an innovative, adaptive and in-demand field.

As curator Heather Anderson argues in her 2021 writing on Johnson’s work: the artist utilizes weaving practices to highlight Canada’s ongoing role in colonization, and to question the contemporary museum’s implication in it.

Craft and technological innovation

A large wooden weaving loom.
Wooden Jacquard loom shown at the Museum of Science and Industry in Manchester, England.
(Wikimedia), CC BY

Craft practices have always been at the centre of technological innovation.

Some scholars contend that the inventor of the computer, Charles Babbage, was likely inspired by the Jacquard loom: a weaving machine whose invention had a profound impact on the industrial revolution in Europe.

Other writers, like journalist Brian Merchant, have recently argued that those opposed to artificial intelligence can take inspiration from the first rebellions against big tech: the 19th century Luddites who opposed the mass industrialization of weaving practices.

Illustration of a 19th century protest figure outdoors.
‘The Leader of the Luddites,’ illustration, 1812.
(Wikimedia)

From AI to the clothes we wear, weaving has shaped the contemporary global economy.

While weaving can be lucrative, members of the Toronto Guild of Spinners and Weavers noted that basket-weaving courses do not emphasize their monetary value, but rather their educational value.

Purpose of learning

This is where Ford’s real misunderstanding of education is revealed: the purpose of learning is not simply to remember and regurgitate facts, it is to problem solve, to expand our horizons and to think critically. These skills can be developed in basket-weaving courses just as well as math courses.




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Johnson, for example, says that her grandmother taught her that the maker does not manipulate the wood they use to weave, but instead the wood guides the maker. Basket weaving teaches us to listen, to collaborate and build from a strong foundation and work our way up.

TED talk with Ursula Johnson, an artist from the Eskasoni First Nation who tells the story of preserving Mi’kmaq culture through the art of basketry.

College admissions expert and counsellor Scott White, writing for Forbes Magazine, wrote in 2025 that “we need a system that prioritizes critical thinking, emotional intelligence and practical skills over rote memorization.”

He and many others who are invested in supporting young people and helping our systems change to support our society through turbulent times note that current education systems still reflects outdated ideas about the future of workers: of those in factories, rather than creative thinkers.

Pipeline to a job?

The Ford government’s approach to higher education seems to be the same — funding a system that put us on a pipeline to a job and where programs that demand critical and creative thinking are undervalued, and also, underfunded: Recent reports note that funding for Ontario’s post-secondary sector is low compared to support in other provinces.

Author Ursula K. Le Guin argued in 1986 that rather than a weapon for killing, the first human tool was likely a container: a basket or a woven net. She writes that the basket — and craft practices — are not supplemental to human survival: rather, they enable it.

Craft practices allow us to carry our culture, our belongings and our sustenance. If we focus only on the money-making schemes in society, then we lose a part of ourselves.

This is the real power of craft education: when we engage hands-on craft, we learn about our past and build problem-solving skills.

The Conversation

Victoria MacBeath receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada for craft history research.

ref. Actually, Doug Ford, basket-weaving is innovative and in-demand – https://theconversation.com/actually-doug-ford-basket-weaving-is-innovative-and-in-demand-276496