Summary of defence and geopolitical posts for March 27, 2026.
Les armes à énergie : le futur de la défense ?
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Alexandre Massaux, Chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Université du Québec à Montréal (UQAM)
La guerre à distance que mènent les États-Unis et leurs alliés contre l’Iran repose sur un échange massif de missiles offensifs et de missiles d’interception, dont le coût explose à mesure que les jours passent. En à peine une semaine, Washington aurait déjà dépensé plus de 11 milliards de dollars, dont une part importante en missiles de défense.
Cette économie de la défense est devenue intenable avec l’utilisation massive de drones iraniens peu coûteux, qui obligent à tirer des intercepteurs bien plus coûteux pour les neutraliser. Dans ce contexte, le conflit montre les limites d’une défense exclusivement fondée sur les munitions cinétiques coûteuses, et relance la pertinence des armes à énergie dirigée (comme le laser), dont le coût par tir est beaucoup plus faible.
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Je suis un chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand. Mes travaux portent sur les conflits armés (en particulier le conflit entre l’Ukraine et la Russie) et sur l’utilisation des nouvelles technologies.
Je propose dans cet article d’analyser la situation au Moyen-Orient (et plus précisément dans les puissances du golfe) et comment les pays se protègent contre les attaques de missiles et de drones, en mettant l’accent sur les différentes technologies utilisées. En particulier, celles qui sont innovantes comme les armes à énergies dirigée.
Des défenses traditionnelles efficaces
Les défenses antimissiles utilisent principalement des intercepteurs de type cinétiques. Cette technologie consiste à envoyer des projectiles sur le vecteur (missile ou drone) ennemi pour le détruire avant qu’il n’atteigne sa destination.
Dans le conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, le Foreign Policy Research Institute estime que les États-Unis et les pays du Golfe comme l’Arabie Soudite et les Émirats arabes unis utilisent principalement pour se défendre les systèmes Patriot utilisant des missiles PAC-3, et les systèmes THAAD.
De son côté, Israël utilise les systèmes Tamir du Dôme de fer pour les frappes à courte et moyenne distance, et les Arrow 2 et 3 pour les attaques à longue distance. Le système de défense israélien est composé d’un ensemble de couches qui gère différents types de menaces. Ces systèmes fonctionnent avec des radars chargés de détecter les vecteurs ennemis.
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Le taux d’interception se situe entre 80 % et 90 % en fonction des pays et du type de vecteur qu’ils doivent neutraliser. Par exemple, les Émirats arabes unis interceptent 90 % des missiles et 94 % des drones dirigés vers leur territoire, selon l’Institute for the Study of War. En 2025, Israël avait un taux de 85 % dans son conflit avec l’Iran.
Une guerre de quantité
Ces défenses antimissiles sont efficaces, mais pas sans défauts et faiblesses. Leur consommation de munitions pour intercepter les attaques ennemies pose notamment problème. Elle suppose en effet une logistique et un ravitaillement soutenu pour maintenir la cadence face aux attaques ennemies.
L’arrivée des drones sur le champ de bataille complique grandement le travail des systèmes antiaériens. Envoyés par centaines, voire par milliers, ces vecteurs bon marché peuvent surcharger les défenses. Les drones utilisés par l’Iran pourraient à cet égard révéler les limites des capacités des défenses antimissiles cinétiques.
La production de missiles Patriot PAC-3 était de 620 en 2025. Une production qui semblait peu adaptée à des conflits de haute intensité. En janvier 2026, le département de la guerre américain a augmenté sa production annuelle à 2000.
On constate une situation similaire pour les THAAD, avec un passage de la production de 96 à 400 missiles par an. Mais cette guerre entraine une forme d’asymétrie : les drones coûtent bien moins cher que les missiles chargés de les intercepter.
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Les drones iraniens
L’Iran utilise des drones-suicides Shahed qui coûteraient quelques dizaines de milliers de dollars. Avec le soutien de la Russie, la production serait estimée à 5000 drones par mois. Ces drones, ayant été largement utilisés en Ukraine par la Russie, poussent les pays occidentaux et les pays alliés au Moyen-Orient à s’inspirer des tactiques ukrainiennes en matière de défense.
L’Ukraine a d’ailleurs envoyé du personnel dans les pays du Golfe afin de les conseiller. Dans la mesure où ces drones se déplacent plus lentement qu’un missile, ils peuvent être interceptés par des canons antiaériens. Contre ce genre de drones, l’Ukraine utilise des blindés GEPARD (produits par l’Allemagne) doté d’une paire canons mitrailleurs ayant une cadence de tir de 1000 coups par minute.
Cette puissance de feu est utile pour intercepter les essaims de drones ennemis. Face à des engins bon marché, l’utilisation de munitions mitrailleuses est plus efficace que des missiles coûteux.
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Repenser la défense
Si, à ce jour, la défense est le fait d’armes utilisant des munitions, des projets de plus en plus concrets sur des armes à énergie dirigée (AED) se développent et commencent à être déployées. Ces dernières utilisent l’énergie électromagnétique plutôt que des munitions cinétiques pour détruire l’adversaire. Les lasers à haute énergie font partie de ce type d’armes : un faisceau d’énergie capable de brûler les cibles ennemies.
Le principal avantage des AED est l’absence de munitions : l’arme n’a besoin que d’être alimentée en électricité. Le coût est en outre dérisoire. Pour les armes laser américaines, il serait de quelques dollars par tir : entre 3$ et 10$ en fonction des sources.
L’administration américaine est intéressée par cette technologie. Le système laser HELIOS a commencé à être développé en 2018 et à être déployé en 2026 sur des navires. Le Pentagone cherche aussi à accélérer son développement.
Israël cherche aussi à compléter son système de défense avec l’« Iron beam » (faisceau de fer), un équivalent du dôme de fer avec des armes lasers.
Un besoin de maturité pour les armes à énergie dirigée
Le conflit entre l’Ukraine et la Russie voit une forte utilisation de drones. Cela a amené les pays à intégrer les AED dans leur stratégie avec, par exemple, le Tryzub ukrainien qui est utilisé pour détruire les drones Shahed. Il est fort probable que les défenses laser soient de plus en plus utilisées afin de contrer les drones.
Néanmoins, les AED présentent quelques limites liées aux propriétés des lasers. Plus la cible est éloignée de l’arme, et plus celle-ci perd en efficacité. En outre, les conditions météorologiques comme la pluie et le brouillard perturbent le faisceau. Comme ces armes génèrent par ailleurs d’importantes quantités de chaleur, l’équipement doit être capable de résister aux surchauffes.
Qu’il s’agisse de défenses cinétiques ou à énergie, l’enjeu est désormais la capacité à détruire des vagues d’attaques avec un coût minimal. Les mitrailleuses et les lasers sont tout désignés pour faire face aux mutations qu’impose la multiplication des drones en matière de défense.
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Alexandre Massaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Les armes à énergie : le futur de la défense ? – https://theconversation.com/les-armes-a-energie-le-futur-de-la-defense-278829
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Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Antoine Bouët, Directeur, CEPII
La décision de la Cour suprême des États-Unis concernant les droits de douane mis en place par Donald Trump ne lève pas toutes les questions posées par ce qui ressort désormais comme un abus de Donald Trump par rapport au texte constitutionnel. Car le président possède d’autres moyens pour imposer sa politique sans vote du Congrès. Sans oublier que va se poser la question des droits perçus illégalement et qu’il faudra bien rembourser. Rien que le paiement des intérêts pourrait représenter 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) !
La Cour suprême des États-Unis a jugé illégale l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) par l’administration Trump pour imposer des droits de douane et a rappelé qu’aux États-Unis le pouvoir du portefeuille (Power of the Purse) appartient au Congrès.
Ce verdict annule automatiquement :
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les trafficking tariffs imposés en février 2025 aux produits du Canada, de la Chine et du Mexique du fait de la contrebande de fentanyl et des flux migratoires – les « tarifs réciproques », compris entre 10 % et 50 %, imposés aux produits de tous les pays ayant un excédent commercial vis-à-vis des États-Unis et annoncés le 2 avril 2025, « jour de la Libération »,
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ainsi que les tarifs sanctionnant certains pays (Brésil, Cuba, Russie, Venezuela).
Cela présage-t-il une accalmie du côté des droits de douane américains ? Au contraire, la situation est devenue encore plus chaotique, et la crédibilité de l’équipe au pouvoir est de nouveau sérieusement écornée. Pour trois raisons.
Pour remplacer l’IEEPA, l’administration américaine a déjà annoncé la mise en place d’une surtaxe généralisée de 10 % au nom de la section 122 du Trade Act de 1974. Cette disposition législative donne l’autorisation au président d’imposer immédiatement un droit de douane de 15 % maximum, en sus des droits existants, pour résoudre un problème de « déficit important et sérieux de balance des paiements ». Cette surcharge tarifaire ne peut s’appliquer que pendant cent cinquante jours et ne peut être prolongée que si le Congrès donne son accord.
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Un argument fallacieux
Ces cinq mois seront l’occasion pour l’administration de procéder à des enquêtes, au titre de la section 301 du Trade Act de 1974, sur les pratiques déloyales de 60 partenaires commerciaux des États-Unis (dont l’Union européenne) accusés de ne pas assez restreindre l’importation de produits fabriqués à l’aide de travail forcé, produits qui seraient une concurrence déloyale pour les exportateurs américains ! Ces enquêtes viennent d’être lancées (12 mars 2026).
C’est bien évidemment un argument fallacieux permettant à l’administration américaine d’essayer de remplacer les droits de douane IEEPA, invalidés par la Cour suprême, par des droits de douane section 301. Ceux-ci, à la différence des droits de douane au titre de la section 122, pourraient être pérennes.
Du temporaire qui peut durer combien de temps ?
Notons néanmoins qu’une « enquête 301 » a pour but de dénoncer la pratique déloyale d’un partenaire et, par le biais d’une menace d’un droit de douane ou de son application, de la faire cesser. Un droit de douane section 301 est donc normalement par nature temporaire. Mais l’administration américaine a manifestement pour objectif d’appliquer ces droits de douane de manière pérenne pour protéger l’économie américaine et faire pression sur ses partenaires de façon à obtenir une ouverture de leur économie aux produits américains.
L’application de la section 122 pose aussi un certain nombre de problèmes qui ont déjà entraîné des contestations juridiques.
D’abord, la surtaxe doit être généralisée et universelle. Elle doit s’appliquer à tous les biens et à tous les pays. Or, les droits IEEPA avaient inclus un certain nombre d’exemptions en matière de partenaires et de biens, et le nouveau droit section 122 confirme ces exemptions.
Quel déficit prendre en compte ?
En outre, et plus fondamentalement, cette loi a pour objet un déficit de la balance des paiements et non de la balance commerciale. La distinction est importante. La balance commerciale synthétise les échanges de biens ou de biens et services. La balance des paiements y ajoute les transferts internationaux de revenus, les investissements directs et les investissements de portefeuille. Par construction, une balance des paiements est équilibrée, mais, par abus de langage, le terme de « déficit de la balance des paiements » s’est imposé pour décrire une situation de déséquilibre externe. Alors qu’un déficit commercial, justification de la politique protectionniste de Donald Trump, décrit un excès d’importations de biens sur les exportations de biens, un déficit de la balance des paiements survient lorsqu’il n’y a pas assez de flux financiers privés entrants pour financer un déficit de la balance courante (qui comprend les échanges de biens, de services et de revenus).
En régime de change fixe, un déficit de la balance des paiements se résout par des pertes de réserves de change et d’or de la banque centrale. Or, les États-Unis ne sont plus en régime de change fixe depuis le début des années 1970. En régime de changes flottants, ce déficit peut se résoudre par une dépréciation de la monnaie nationale, le dollar. Cela correspond bien à la situation actuelle. Or, il est difficile de constater, aujourd’hui, un déficit de la balance des paiements américaine et une absence de flux financiers entrants privés aux États-Unis.
Élément intéressant, lors de la défense de l’utilisation de l’IEEPA par l’exécutif américain devant les tribunaux en juillet 2025, les juristes de la Maison-Blanche ont insisté sur ce point : un déficit commercial ne peut être considéré comme un déficit de la balance des paiements ; donc la section 122 du Trade Act de 1974 ne peut pas être utilisée pour résoudre le problème économique actuel des États-Unis !
L’utilisation de la section 122 du Trade Act de 1974 par l’administration Trump pour appliquer des droits de douane est déjà contestée par la compagnie alimentaire Burlap & Barrel et par les procureurs et gouverneurs de 24 États démocrates. Les arguments précédents, différenciant déficit commercial et déficit de la balance des paiements, sont repris par les plaignants. La Cour du commerce international doit écouter les plaignants et l’administration le 10 avril et pourrait rendre son verdict une semaine plus tard.
Un problème de crédibilité
Une autre dimension du problème écorne aussi la crédibilité de l’administration américaine : le remboursement des droits de douane indûment collectés entre février 2025 et février 2026 sous couvert de l’IEEPA. La Cour du commerce international a, en effet, sommé l’Agence de protection des douanes et des frontières des États-Unis de rembourser ces taxes.
La tâche est compliquée : il y aurait 165 milliards de dollars (plus de 142,9 milliards d’euros) à rembourser à 330 566 importateurs, selon Brandon Lord, le directeur exécutif pour le commerce de cette agence, soit en moyenne 499 143,89 dollars (432 508,18 euros) par opérateur commercial. Il faut évidemment vérifier chaque demande de remboursement, et chaque importateur a fait, sur la période considérée, plusieurs opérations d’importation. Il y aurait au total 53 173 939 opérations à vérifier ! Brandon Lord estime à cinq minutes le temps nécessaire à la vérification d’une opération. Si cela est fait manuellement, il en déduit que l’opération nécessitera 4 431 161 hommes-heures, soit 506 hommes-année !
Près de 10 milliards d’intêts à verser ?
Il faut donc privilégier une procédure automatique de vérification et de remboursement. Mais cette tâche est compliquée, car la plupart des importateurs n’ont pas la possibilité de recevoir des transferts électroniques. L’agence a promis de définir une solution en quarante-cinq jours ! Mais le temps presse, car le Trésor américain devra rembourser les taxes collectées, mais aussi les intérêts qui courent sur les sommes prélevées, évaluées à 650 millions de dollars (soit 563,38 millions d’ euros) par mois. Si le problème n’est pas résolu avant la fin de l’année, cela fera presque 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) d’intérêt à verser !
Dernier tracas pour l’équipe de la Maison-Blanche, les accords commerciaux conclus avec 20 pays en 2025 s’appuient sur les droits de douane appliqués sous couvert de l’IEEPA. Ces accords sont donc fragilisés, car ils mentionnent tous explicitement l’utilisation de l’IEEPA comme base juridique du tarif appliqué par les États-Unis.
Des accords à revoir
Pour illustration, prenons le cas de l’Union européenne. En août 2025, l’accord de Turnberry prévoyait que les exportations européennes taxées traditionnellement à moins de 15 % seraient taxées à 15 %, les produits taxés à plus de 15 % ayant un droit inchangé. Donc un produit taxé traditionnellement à 10 % serait taxé à 15 % du fait du seul accord de Turnberry. Mais, avec la section 122, du fait de l’application de la surcharge tarifaire de 10 points de pourcentage, il pourrait être maintenant taxé à 20 %. L’accord de Turnberry est dans ce cas plus intéressant.
Prenons un autre cas de figure : un produit dont le droit aux États-Unis avant l’investiture de Donald Trump était de 0 %. Quand c’est l’Union européenne qui l’exporte, du fait de l’accord de Turnberry, il passe à 15 %. Mais avec la section 122, les concurrents directs des Européens ne vont être pénalisés que d’un droit de douane de 10 %. La situation est donc défavorable aux Européens si l’accord est conservé.
Pour les Européens, il sera aussi important de connaître le sort, donc le droit de douane, que leur réserve l’enquête 301 : sera-t-il opportun de le contester et de réclamer l’application de l’accord de Turnberry ? Ou, au contraire, d’accepter le nouveau tarif américain sur les exportations européennes ? La position de l’Union européenne est donc difficile à définir, et l’impact du verdict de la Cour suprême sur l’accord de Turnberry est incertain.
Si la Cour suprême des États-Unis a bien rappelé avec force les limites du pouvoir présidentiel, elle n’a pas mis fin au chaos induit par la politique commerciale américaine. Bien au contraire !
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Antoine Bouët ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer – https://theconversation.com/droits-de-douane-americains-encore-plus-de-chaos-et-10-milliards-dinterets-a-payer-279017
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