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Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Antoine Bouët, Directeur, CEPII
La décision de la Cour suprême des États-Unis concernant les droits de douane mis en place par Donald Trump ne lève pas toutes les questions posées par ce qui ressort désormais comme un abus de Donald Trump par rapport au texte constitutionnel. Car le président possède d’autres moyens pour imposer sa politique sans vote du Congrès. Sans oublier que va se poser la question des droits perçus illégalement et qu’il faudra bien rembourser. Rien que le paiement des intérêts pourrait représenter 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) !
La Cour suprême des États-Unis a jugé illégale l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) par l’administration Trump pour imposer des droits de douane et a rappelé qu’aux États-Unis le pouvoir du portefeuille (Power of the Purse) appartient au Congrès.
Ce verdict annule automatiquement :
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les trafficking tariffs imposés en février 2025 aux produits du Canada, de la Chine et du Mexique du fait de la contrebande de fentanyl et des flux migratoires – les « tarifs réciproques », compris entre 10 % et 50 %, imposés aux produits de tous les pays ayant un excédent commercial vis-à-vis des États-Unis et annoncés le 2 avril 2025, « jour de la Libération »,
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ainsi que les tarifs sanctionnant certains pays (Brésil, Cuba, Russie, Venezuela).
Cela présage-t-il une accalmie du côté des droits de douane américains ? Au contraire, la situation est devenue encore plus chaotique, et la crédibilité de l’équipe au pouvoir est de nouveau sérieusement écornée. Pour trois raisons.
Pour remplacer l’IEEPA, l’administration américaine a déjà annoncé la mise en place d’une surtaxe généralisée de 10 % au nom de la section 122 du Trade Act de 1974. Cette disposition législative donne l’autorisation au président d’imposer immédiatement un droit de douane de 15 % maximum, en sus des droits existants, pour résoudre un problème de « déficit important et sérieux de balance des paiements ». Cette surcharge tarifaire ne peut s’appliquer que pendant cent cinquante jours et ne peut être prolongée que si le Congrès donne son accord.
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Un argument fallacieux
Ces cinq mois seront l’occasion pour l’administration de procéder à des enquêtes, au titre de la section 301 du Trade Act de 1974, sur les pratiques déloyales de 60 partenaires commerciaux des États-Unis (dont l’Union européenne) accusés de ne pas assez restreindre l’importation de produits fabriqués à l’aide de travail forcé, produits qui seraient une concurrence déloyale pour les exportateurs américains ! Ces enquêtes viennent d’être lancées (12 mars 2026).
C’est bien évidemment un argument fallacieux permettant à l’administration américaine d’essayer de remplacer les droits de douane IEEPA, invalidés par la Cour suprême, par des droits de douane section 301. Ceux-ci, à la différence des droits de douane au titre de la section 122, pourraient être pérennes.
Du temporaire qui peut durer combien de temps ?
Notons néanmoins qu’une « enquête 301 » a pour but de dénoncer la pratique déloyale d’un partenaire et, par le biais d’une menace d’un droit de douane ou de son application, de la faire cesser. Un droit de douane section 301 est donc normalement par nature temporaire. Mais l’administration américaine a manifestement pour objectif d’appliquer ces droits de douane de manière pérenne pour protéger l’économie américaine et faire pression sur ses partenaires de façon à obtenir une ouverture de leur économie aux produits américains.
L’application de la section 122 pose aussi un certain nombre de problèmes qui ont déjà entraîné des contestations juridiques.
D’abord, la surtaxe doit être généralisée et universelle. Elle doit s’appliquer à tous les biens et à tous les pays. Or, les droits IEEPA avaient inclus un certain nombre d’exemptions en matière de partenaires et de biens, et le nouveau droit section 122 confirme ces exemptions.
Quel déficit prendre en compte ?
En outre, et plus fondamentalement, cette loi a pour objet un déficit de la balance des paiements et non de la balance commerciale. La distinction est importante. La balance commerciale synthétise les échanges de biens ou de biens et services. La balance des paiements y ajoute les transferts internationaux de revenus, les investissements directs et les investissements de portefeuille. Par construction, une balance des paiements est équilibrée, mais, par abus de langage, le terme de « déficit de la balance des paiements » s’est imposé pour décrire une situation de déséquilibre externe. Alors qu’un déficit commercial, justification de la politique protectionniste de Donald Trump, décrit un excès d’importations de biens sur les exportations de biens, un déficit de la balance des paiements survient lorsqu’il n’y a pas assez de flux financiers privés entrants pour financer un déficit de la balance courante (qui comprend les échanges de biens, de services et de revenus).
En régime de change fixe, un déficit de la balance des paiements se résout par des pertes de réserves de change et d’or de la banque centrale. Or, les États-Unis ne sont plus en régime de change fixe depuis le début des années 1970. En régime de changes flottants, ce déficit peut se résoudre par une dépréciation de la monnaie nationale, le dollar. Cela correspond bien à la situation actuelle. Or, il est difficile de constater, aujourd’hui, un déficit de la balance des paiements américaine et une absence de flux financiers entrants privés aux États-Unis.
Élément intéressant, lors de la défense de l’utilisation de l’IEEPA par l’exécutif américain devant les tribunaux en juillet 2025, les juristes de la Maison-Blanche ont insisté sur ce point : un déficit commercial ne peut être considéré comme un déficit de la balance des paiements ; donc la section 122 du Trade Act de 1974 ne peut pas être utilisée pour résoudre le problème économique actuel des États-Unis !
L’utilisation de la section 122 du Trade Act de 1974 par l’administration Trump pour appliquer des droits de douane est déjà contestée par la compagnie alimentaire Burlap & Barrel et par les procureurs et gouverneurs de 24 États démocrates. Les arguments précédents, différenciant déficit commercial et déficit de la balance des paiements, sont repris par les plaignants. La Cour du commerce international doit écouter les plaignants et l’administration le 10 avril et pourrait rendre son verdict une semaine plus tard.
Un problème de crédibilité
Une autre dimension du problème écorne aussi la crédibilité de l’administration américaine : le remboursement des droits de douane indûment collectés entre février 2025 et février 2026 sous couvert de l’IEEPA. La Cour du commerce international a, en effet, sommé l’Agence de protection des douanes et des frontières des États-Unis de rembourser ces taxes.
La tâche est compliquée : il y aurait 165 milliards de dollars (plus de 142,9 milliards d’euros) à rembourser à 330 566 importateurs, selon Brandon Lord, le directeur exécutif pour le commerce de cette agence, soit en moyenne 499 143,89 dollars (432 508,18 euros) par opérateur commercial. Il faut évidemment vérifier chaque demande de remboursement, et chaque importateur a fait, sur la période considérée, plusieurs opérations d’importation. Il y aurait au total 53 173 939 opérations à vérifier ! Brandon Lord estime à cinq minutes le temps nécessaire à la vérification d’une opération. Si cela est fait manuellement, il en déduit que l’opération nécessitera 4 431 161 hommes-heures, soit 506 hommes-année !
Près de 10 milliards d’intêts à verser ?
Il faut donc privilégier une procédure automatique de vérification et de remboursement. Mais cette tâche est compliquée, car la plupart des importateurs n’ont pas la possibilité de recevoir des transferts électroniques. L’agence a promis de définir une solution en quarante-cinq jours ! Mais le temps presse, car le Trésor américain devra rembourser les taxes collectées, mais aussi les intérêts qui courent sur les sommes prélevées, évaluées à 650 millions de dollars (soit 563,38 millions d’ euros) par mois. Si le problème n’est pas résolu avant la fin de l’année, cela fera presque 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) d’intérêt à verser !
Dernier tracas pour l’équipe de la Maison-Blanche, les accords commerciaux conclus avec 20 pays en 2025 s’appuient sur les droits de douane appliqués sous couvert de l’IEEPA. Ces accords sont donc fragilisés, car ils mentionnent tous explicitement l’utilisation de l’IEEPA comme base juridique du tarif appliqué par les États-Unis.
Des accords à revoir
Pour illustration, prenons le cas de l’Union européenne. En août 2025, l’accord de Turnberry prévoyait que les exportations européennes taxées traditionnellement à moins de 15 % seraient taxées à 15 %, les produits taxés à plus de 15 % ayant un droit inchangé. Donc un produit taxé traditionnellement à 10 % serait taxé à 15 % du fait du seul accord de Turnberry. Mais, avec la section 122, du fait de l’application de la surcharge tarifaire de 10 points de pourcentage, il pourrait être maintenant taxé à 20 %. L’accord de Turnberry est dans ce cas plus intéressant.
Prenons un autre cas de figure : un produit dont le droit aux États-Unis avant l’investiture de Donald Trump était de 0 %. Quand c’est l’Union européenne qui l’exporte, du fait de l’accord de Turnberry, il passe à 15 %. Mais avec la section 122, les concurrents directs des Européens ne vont être pénalisés que d’un droit de douane de 10 %. La situation est donc défavorable aux Européens si l’accord est conservé.
Pour les Européens, il sera aussi important de connaître le sort, donc le droit de douane, que leur réserve l’enquête 301 : sera-t-il opportun de le contester et de réclamer l’application de l’accord de Turnberry ? Ou, au contraire, d’accepter le nouveau tarif américain sur les exportations européennes ? La position de l’Union européenne est donc difficile à définir, et l’impact du verdict de la Cour suprême sur l’accord de Turnberry est incertain.
Si la Cour suprême des États-Unis a bien rappelé avec force les limites du pouvoir présidentiel, elle n’a pas mis fin au chaos induit par la politique commerciale américaine. Bien au contraire !
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Antoine Bouët ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer – https://theconversation.com/droits-de-douane-americains-encore-plus-de-chaos-et-10-milliards-dinterets-a-payer-279017
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Demain, qui produira les récits qui façonnent nos sociétés ?
March 27, 2026
Source: The Conversation – France (in French) – By Tom van Laer, Professor of Persuasive Language and Storytelling, SKEMA Business School
Ces dernières années, les politiques culturelles sont redevenues un sujet de débat en Europe. Dans plusieurs pays de l’Union européenne, la montée de l’extrême droite s’accompagne de critiques croissantes à l’égard des subventions publiques au secteur culturel, jugées coûteuses ou inefficaces. Dans un environnement médiatique de plus en plus structuré par quelques grandes plateformes états-uniennes, que signifie encore soutenir une production audiovisuelle souveraine ? Que risque une société lorsqu’elle affaiblit sa capacité à produire et à diffuser ses propres histoires ?
Chaque printemps à Lille (Nord), le festival Séries Mania, dont la saison 2026 s’achève ce vendredi 27 mars, rassemble des milliers de spectateurs, professionnels et créateurs autour des séries télévisées du monde entier. Devenu le plus grand événement mondial consacré aux séries, le festival a attiré plus de 108 000 visiteurs et près de 5 000 professionnels issus de 75 pays en 2025. L’événement est en grande partie soutenu par des financements publics : collectivités locales, le Centre national du cinéma (CNC) et l’Union européenne (UE).
Derrière les tapis rouges, le Rassemblement national (RN) a critiqué ce type d’investissements au nom d’un argument simple : la culture devrait fonctionner comme n’importe quel marché. Si une œuvre trouve son public, elle survivra ; sinon, elle disparaîtra.
Mais cette vision fait fi d’un élément central : la production culturelle ne se limite pas à des biens économiques. Elle constitue aussi un écosystème de récits, qui façonne la manière dont une société se comprend et se projette.
Le marché ne mesure pas tout
L’argument du RN repose sur une logique de rentabilité immédiate. Pourtant, des séries comme Dix pour cent (2015-2020), Lupin (depuis 2021), Borgen (Danemark, 2010-2022), ou La Casa de Papel (Espagne, 2017-2021) ne sont pas de simples produits : ce sont des miroirs collectifs. Leur impact social dépasse souvent leurs performances commerciales immédiates, tout en s’inscrivant parfois dans un succès international à long terme, largement amplifié par les plateformes américaines.
Les chercheurs en économie de la culture soulignent depuis longtemps que les biens culturels produisent de nombreuses externalités positives : non seulement le renforcement de la langue (argument fétiche du RN), mais aussi la transmission culturelle, l’innovation et l’inspiration et le rayonnement international.
Le rapport de l’Unesco sur les industries culturelles et créatives face à la pandémie de Covid-19 montre, par exemple, que ces secteurs génèrent non seulement des revenus économiques, mais aussi des bénéfices sociaux, notamment en matière d’éducation et de participation culturelle.
Les festivals, comme Séries Mania, et les mécanismes publics de soutien permettent précisément de prendre en compte ces effets plus larges, que le marché seul peine à valoriser.
Les histoires changent les attitudes et les comportements
Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales étudient l’effet des récits sur les individus. Les recherches sur la « transportation narrative », développées par mes collègues et moi, montrent que les histoires peuvent modifier les attitudes et les comportements lorsqu’un public est immergé dans un récit. Dans cet état d’immersion, les spectateurs deviennent plus réceptifs aux idées et aux valeurs portées par l’histoire.
Notre recherche montre ainsi que les récits influencent la persuasion, les émotions et les attitudes du public. Nos travaux sur la narration et sa réception confirment que l’engagement narratif peut même affecter durablement des décisions et des comportements.
Ces résultats dépassent largement la communication commerciale. Ils suggèrent que les récits médiatiques contribuent à structurer les représentations collectives, qu’il s’agisse de valeurs sociales, de visions du futur ou d’identité collective. Comme le résume une maxime souvent attribuée aux Hopis, peuple autochtone d’Amérique du Nord :
« Ceux qui racontent les histoires gouvernent le monde. »
Autrement dit contrôler les récits revient à orienter la manière dont une société comprend la réalité.
Les histoires partagées comme espaces de médiation culturelle
Enfin, les événements culturels jouent aussi un rôle civique. Selon les travaux sur l’expérience culturelle immersive, les histoires partagées créent des lieux de rencontre entre territoires, générations et milieux sociaux. Ils offrent une communauté partagée où les récits circulent et où les spectateurs peuvent débattre de questions contemporaines à travers la fiction.
Dans une période marquée par la fragmentation médiatique et la polarisation politique, ce forum public remplit une fonction non négligeable dans la cohésion démocratique.
Une infrastructure narrative
Au fond, la question n’est peut-être pas seulement celle du financement d’une industrie. Elle concerne la capacité d’une société à maintenir ce que l’on pourrait appeler une infrastructure narrative au-delà du marketing.
Comme les infrastructures physiques (routes, réseaux numériques, etc.), cette infrastructure est rarement visible. Pourtant, loin d’être un luxe, elle permet la circulation des idées, des imaginaires et des identités.
La recherche sur le rôle des récits dans l’imagination des futurs montre que les histoires structurent profondément les perceptions collectives. Elles influencent la manière dont les individus interprètent les événements sociaux ou politiques. Plus largement, le travail sur les imaginaires collectifs souligne que les représentations culturelles contribuent à orienter la manière dont les sociétés envisagent leurs transformations et leur avenir.
Affaiblir les institutions qui soutiennent la création culturelle ne signifie donc pas seulement produire moins d’œuvres. Cela peut aussi réduire la disponibilité des récits.
Produire des récits, une forme de souveraineté
Dans ce contexte, soutenir la création audiovisuelle revient aussi à soutenir la capacité d’un pays à produire ses propres histoires. Ce soutien est donc un levier de souveraineté.
Le politiste Joseph Nye, professeur à Harvard, a popularisé le concept de soft power : l’influence qu’un pays exerce non par la contrainte, mais par l’attraction culturelle et symbolique. Les États-Unis ont longtemps exercé cette influence à travers Hollywood et les séries télévisées. Plus récemment, la Corée du Sud a renforcé sa visibilité internationale grâce à ses films, sa musique et ses séries, phénomène souvent qualifié de K-wave ou de hallyu (« vague coréenne »). Les anime japonais sont aussi souvent cités comme exemples de cette influence narrative.
Les industries culturelles représentent ainsi une part importante de l’économie française : 2,9 % du PIB en 2024, plus de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires et environ 586 000 emplois directs. Comme le souligne le rapport « Creative Economy Outlook » des Nations unies, les secteurs créatifs contribuent aussi au rayonnement international du pays. Dans un contexte où les budgets de production tendent à orienter la création vers des formats facilement exportables, les institutions, comme le CNC en France, ou le Forum européen du film, jouent donc un rôle stratégique.
Dans ce contexte, réduire fortement les soutiens culturels peut avoir un effet paradoxal : affaiblir la capacité d’un pays à produire et à diffuser ses propres récits, au moment même où les plateformes américaines structurent de plus en plus la circulation des contenus. La réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat résume ce problème ainsi :
« L’Afghanistan n’a pas d’industrie cinématographique, et il est souvent mal représenté par les films réalisés par des cinéastes internationaux. Le seul type de film que l’on attend est un drame de guerre. »
Financer des récits, c’est aussi financer une identité collective
À court terme, réduire les subventions culturelles peut sembler une décision budgétaire parmi d’autres. Mais à plus long terme, la question devient celle de la souveraineté narrative : qui produit les histoires qui circulent dans une société ?
Les récits ne se contentent pas de divertir : ils tissent la trame de la démocratie. Les festivals, les institutions et les programmes de soutien contribuent ainsi à maintenir un espace où les récits peuvent être produits, expérimentés et partagés.
Dans un environnement médiatique dominé par quelques grandes plateformes américaines, les politiques culturelles jouent souvent un rôle de contrepoids. Elles permettent de maintenir des voix, des perspectives et des formats français et européens.
Autrement dit, ce que financent les politiques culturelles ne se limite pas à des films ou à des séries. Elles soutiennent un écosystème de création et de circulation des histoires qui participent à la construction d’une identité collective. Et lorsqu’un pays affaiblit cet écosystème, il ne perd pas seulement une industrie. Il risque aussi de perdre une partie de sa capacité à raconter le monde et à se raconter lui-même.
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Tom van Laer a participé à des discussions politiques sur l’audiovisuel européen, notamment dans le cadre du Forum européen du film organisé par la Commission européenne. Il ne travaille pas, ne conseille pas et ne reçoit pas de financement d’organisations susceptibles de tirer profit de cet article.
– ref. Demain, qui produira les récits qui façonnent nos sociétés ? – https://theconversation.com/demain-qui-produira-les-recits-qui-faconnent-nos-societes-277562
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La ZEE française, levier de puissance pour Paris dans le duel Washington-Pékin
March 27, 2026
Source: The Conversation – France in French (3) – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)
La France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde, répartie sur tous les océans grâce à ses territoires d’outre-mer. En la matière, elle n’est devancée que par les États-Unis. Mais qu’est-ce exactement qu’une ZEE, et qu’apporte-t-elle à la diplomatie, à l’économie et à la stratégie de Paris ?
On décrit souvent la France comme une puissance continentale en reflux. Pourtant, sa zone économique exclusive (ZEE) – un espace maritime de près de 11 millions de kilomètres carrés – lui confère une géographie mondiale. Dans un XXIᵉ siècle dominé par la rivalité États‑Unis/Chine, les océans redeviennent le lieu où se jouent les rapports de force : routes commerciales, câbles sous‑marins, ressources halieutiques et minérales…
Que change réellement la ZEE à la puissance française, et à quelles conditions cet atout devient‑il autre chose qu’un chiffre impressionnant ? Notre approche est volontairement descriptive : elle vise à clarifier les mécanismes plutôt qu’à promettre une recette miracle. Nous privilégions le temps long et les dynamiques des grands acteurs, en particulier les États‑Unis et la Chine.
Un atout et une responsabilité
La mer n’est pas un décor. Elle est une infrastructure, un espace économique et un théâtre de puissance. Cette idée, classique depuis Alfred Thayer Mahan, revient au centre des débats au moment où l’Indo‑Pacifique devient la région clé de l’économie mondiale et de la compétition stratégique.
L’histoire mondiale est aussi une histoire de la mer : les puissances qui contrôlent les flux contrôlent une part du monde. Dans cette lecture, l’hégémonie américaine depuis 1945 s’explique en bonne partie par une supériorité navale et par un réseau d’alliances garantissant la liberté des routes. De même, la montée en puissance chinoise s’accompagne logiquement d’une ambition maritime : une puissance exportatrice et importatrice ne peut accepter de dépendre durablement d’un système contrôlé par un rival. Cet arrière-plan historique explique pourquoi la mer redevient, aujourd’hui, un espace de compétition systémique.
Dans cette configuration, la France possède un atout singulier : un vaste domaine maritime, largement ultramarin, qui la place dans tous les océans.
Mais un atout n’est pas une politique. Une ZEE « immense » n’implique pas automatiquement une puissance « immense ». Elle impose des obligations : surveiller, administrer, arbitrer les usages, protéger des infrastructures et faire respecter le droit. Elle révèle aussi une contrainte : la puissance maritime se mesure à la durée, donc à la capacité de présence.
En 2026, que vaut réellement la ZEE française comme levier de puissance ?

Louhansk/Wikimedia, CC BY-NC-SA
Nous répondons en trois étapes. D’abord, nous plaçons le retour du maritime dans le temps long de la rivalité États‑Unis/Chine, en rappelant pourquoi la mer structure l’économie et la sécurité. Ensuite, nous expliquons ce que la ZEE française permet – et ce qu’elle ne permet pas – autour de trois enjeux concrets : ressources vivantes, ressources des grands fonds, câbles sous‑marins. Enfin, nous décrivons, sans posture incantatoire, les conditions minimales d’une ZEE « gouvernée », c’est‑à‑dire d’un espace maritime effectivement administré.
Le retour du maritime dans le temps long : économie, sécurité, normes
La mer comme squelette de la mondialisation
En 2026, l’essentiel du commerce mondial continue de passer par la mer. Conteneurs, hydrocarbures, céréales et équipements industriels circulent sur des routes maritimes relativement stables. Cette dépendance explique un phénomène simple : les points de passage obligés – détroits et canaux – concentrent des vulnérabilités. Une perturbation à Suez, au détroit de Malacca, ou à Ormuz/Bab el‑Mandeb comme aujourd’hui, se transforme rapidement en choc économique.
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Blocage du détroit d’Ormuz : le risque d’un choc industriel pour l’Europe ?
La dépendance maritime se mesure aussi dans le domaine de l’énergie. Même lorsque les économies s’engagent dans des trajectoires de décarbonation, le pétrole et le gaz restent déterminants pour le transport et l’industrie. Or, une part importante des flux énergétiques transite par des détroits. Cette configuration rend l’économie mondiale sensible à des crises localisées. Elle explique pourquoi les marines, au‑delà du combat, sécurisent des routes, escortent, et affichent une présence dissuasive.
Le retour des grandes puissances sur mer
Le retour de la mer comme espace stratégique n’est pas seulement une affaire de commerce. C’est aussi une affaire d’armées. Après la fin de la guerre froide, beaucoup ont cru à une baisse durable de la conflictualité maritime. Or l’époque actuelle montre l’inverse : les marines se modernisent, les routes se sécurisent, et les fonds marins deviennent un enjeu.
Cette dynamique est lisible dans l’Indo‑Pacifique, mais elle déborde largement : Arctique, mer Noire, mer Baltique, Méditerranée orientale et, bien sûr, aujourd’hui, dans des zones de tension comme le golfe Persique et la mer Rouge, où les attaques contre le trafic maritime illustrent la vulnérabilité des routes commerciales.
La dimension militaire n’est pas seulement conventionnelle. Les océans sont aussi le sanctuaire de la dissuasion nucléaire pour plusieurs puissances, via les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Cette réalité renforce la centralité stratégique de la mer : contrôler la surface ne suffit pas si l’adversaire peut frapper depuis les profondeurs. La mer devient alors un espace de permanence stratégique, où la capacité d’agir discrètement compte autant que la visibilité des flottes.
États‑Unis/Chine : la rivalité s’ancre dans l’Indo‑Pacifique
La rivalité dominante du siècle se joue dans l’Indo‑Pacifique. Les États‑Unis restent la puissance navale de référence : capacités de projection, réseau de bases, alliances, interopérabilité. Mais la Chine modifie le rapport de force par une montée en puissance rapide de sa marine, au service d’un objectif plus large : sécuriser ses flux, desserrer ce qu’elle perçoit comme un encerclement, et peser sur les règles du jeu régional.
Il est utile d’être pédagogique : la confrontation sino-américaine n’est pas seulement la course au tonnage. Elle est un mélange de trois couches.
Première couche : la sécurité des routes. La Chine dépend d’importations énergétiques et de flux commerciaux maritimes. Elle cherche donc des points d’appui, des capacités d’escorte, et une liberté de manœuvre au large.
Deuxième couche : la géographie des « goulets ». Le détroit d’Ormuz est un passage clé. Il n’est pas le seul, mais il symbolise une vulnérabilité : une route unique, difficile à remplacer rapidement.
Troisième couche : la norme. Les « opérations de liberté de navigation » (Freedom of Navigation Operations, ou FONOPs) consistent pour les États-Unis à faire circuler des navires militaires afin de contester juridiquement des revendications jugées excessives. Par exemple, des bâtiments américains traversent régulièrement la mer de Chine méridionale à proximité d’îlots revendiqués par Pékin, ou encore le détroit de Taïwan, afin d’affirmer le principe de libre circulation garanti par le droit international (une ironie aujourd’hui). Pékin, de son côté, combine présence navale, garde‑côtes, milices maritimes et pression économique. Le cœur du sujet n’est pas seulement « qui est le plus fort ? », mais « qui impose les règles ? »
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La loi chinoise sur les garde-côtes va-t-elle provoquer de nouvelles tensions sur les mers d’Asie ?
C’est ici que la ZEE française prend sens. Non pas comme un « empire », mais comme une géographie d’influence potentielle, à condition de la gouverner.
ZEE : droit économique, pas souveraineté totale

L’Harmattan, 2025
Pour éviter un contresens fréquent : la ZEE n’est pas une « mer territoriale élargie ». La mer territoriale va jusqu’à 12 milles marins. La ZEE peut aller jusqu’à 200 milles marins (370 km). Dans la ZEE, l’État côtier ne possède pas tous les droits qu’il a sur terre. Il a surtout des droits souverains sur l’exploration et l’exploitation des ressources (sol, sous-sol et colonne d’eau), ainsi que des compétences liées à l’environnement, la recherche et les installations.
Cette précision est centrale. Elle rappelle que la puissance maritime n’est pas une question de surface. Elle dépend de la capacité à exercer, concrètement, les droits attachés à la ZEE : surveiller, contrôler, arbitrer.
LA ZEE française, c’est 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et environ 350 000 emplois directs en France.
Un rappel utile : les zones maritimes s’emboîtent
Pour un lecteur non spécialiste, il est utile de visualiser un emboîtement simple. D’abord la mer territoriale, où l’État exerce une souveraineté comparable à celle de la terre. Ensuite la zone contiguë, où il peut prévenir certaines infractions. Puis la ZEE, où l’enjeu est surtout économique.
Enfin la haute mer, où prévaut la liberté. Cette gradation explique pourquoi la ZEE est à la fois essentielle (ressources) et limitée (navigation). Elle explique aussi pourquoi la puissance maritime se construit autant par le droit que par les moyens d’action.
Sur le plan économique, la ZEE française représente un potentiel considérable. Les activités liées à la mer – pêche, aquaculture, transport maritime, câbles sous-marins ou encore énergies marines – contribuent déjà à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an à l’économie nationale. À cela s’ajoutent des perspectives encore incertaines mais potentiellement majeures, notamment autour des ressources minérales des grands fonds et du développement des énergies offshore.
Mais ce potentiel suppose une capacité à gouverner effectivement cet espace. Or, en pratique, la gestion de la ZEE française repose sur une architecture institutionnelle fragmentée. L’État y intervient à travers une pluralité d’acteurs : la Marine nationale pour la surveillance et la protection, les préfets maritimes pour l’action de l’État en mer, les directions des affaires maritimes pour la régulation des usages, ou encore les organismes scientifiques pour la connaissance des milieux.
À l’échelle européenne, la situation est hybride. La ZEE demeure juridiquement nationale, mais certaines politiques – en particulier la pêche et l’environnement – sont en partie intégrées au cadre communautaire. Autrement dit, la ZEE française n’est pas une ZEE européenne, mais elle est partiellement encadrée par des normes de l’Union, ce qui peut générer des tensions ou des arbitrages complexes.
Cette superposition des niveaux de décision pose une question centrale de lisibilité et d’efficacité. La France dispose d’un espace maritime mondial, mais sans administration unifiée spécifiquement dédiée à la ZEE. D’où un débat récurrent : faut-il renforcer la coordination existante ou créer une véritable gouvernance intégrée de la mer ?
Dans ce contexte, une ZEE « gouvernée » ne se réduit pas à un espace juridiquement défini. Elle désigne un espace effectivement surveillé, régulé et inscrit dans une stratégie cohérente, condition indispensable pour transformer cet atout géographique en levier de puissance durable.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. La ZEE française, levier de puissance pour Paris dans le duel Washington-Pékin – https://theconversation.com/la-zee-francaise-levier-de-puissance-pour-paris-dans-le-duel-washington-pekin-278603
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Encourager la marche, un gain qui se compte en milliards pour la société française
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Mathieu Chassignet, Ingénieur transports et mobilité, Ademe (Agence de la transition écologique)
Santé, espace gagné sur les infrastructures routières, autonomie des enfants, économies de voirie… les territoires qui mettent en place des politiques publiques en faveur de la marche en perçoivent des bénéfices socio-économiques plus larges que ceux pensés à première vue. Dans une étude, l’Agence de la transition écologique, Ademe, les a évaluées : les résultats sont édifiants.
Il n’y a pas beaucoup de risque à avancer que la marche est vertueuse. En matière de santé physique et psychologique notamment, toutes les personnes en mesure de marcher en ont fait l’expérience. D’innombrables études étayent ces bienfaits.
Mais sommes-nous conscients, au-delà de cette échelle individuelle, des retentissements bien plus larges que les trajets à pied ont sur la société ? C’est pour répondre à cette question et tenter de quantifier ces bénéfices que l’Agence de la transition écologique (Ademe) a mené une vaste étude. Celle-ci est appuyée sur un important corpus de 130 sources bibliographiques et un comité scientifique constitué de chercheurs, d’associations et de membres de l’administration.
Ce travail avait deux grands objectifs :
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d’une part, réévaluer l’ampleur de nos trajets à pied, qui sont en réalité minorés dans les statistiques de par la façon dont ils sont comptabilisés. Les Français marchent en moyenne 1,2 heure (ou soixante-douze minutes) et 3,5 kilomètres par jour.
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de l’autre, et c’est tout l’enjeu de cet article, comparer et estimer les bénéfices observés entre des territoires de même type (villes, zones rurales, et périphéries urbaines) selon qu’ils mettent en œuvre ou non des politiques publiques en faveur de la marche.
Ne sont considérés ici que les trajets en extérieur, c’est-à-dire ceux que les politiques publiques sont en mesure d’influencer. Cela peut, par exemple, passer par l’aménagement d’espaces publics plus agréables et plus praticables pour les piétons, y compris les plus vulnérables (enfants, personnes âges ou à mobilité réduite) ou encore par le développement d’activités et de commerces de proximité.
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La démarche, toute scientifique qu’elle soit, ne prétend pas être exempte d’incertitudes ; toutes les dimensions abordées ne sont pas toutes aussi bien documentées. Mais sa conclusion donne un ordre de grandeur impressionnant : les politiques en faveur de la marche font gagner 57 milliards d’euros par an à la société.
Des gains en santé et en productivité
Débutons par le plus intuitif. La marche, c’est avant tout des gains pour la santé. L’étude de l’Ademe valorise à 16,7 milliards d’euros par an de bénéfices pour la société les années de vie gagnées grâce aux politiques favorisant la marche. Elles permettent d’éviter 10 500 décès par an. La marche prévient, en effet, le développement de nombreuses pathologies (maladies cardiovasculaires, diabète, obésité…).

Ademe, Fourni par l’auteur
Ces bénéfices sanitaires se traduisent aussi dans les performances au travail. Ainsi, un salarié physiquement actif se montrerait plus concentré (hausse moyenne de sa productivité de 6 à 9 %), plus satisfait au travail (les activités physiques au travail réduiraient le turnover de 25 %) et moins souvent malade (une baisse des absences de 1,5 jour par an en moyenne).
La marche n’est évidemment qu’une partie de l’activité physique réalisée par les salariés et l’étude a estimé que l’effet des politiques en faveur de la marche représentait environ 19,6 milliards d’euros par an gagnés par les employeurs et l’Assurance maladie.
S’ils ne sont pas quantifiés ici, des gains similaires sont observés dans la littérature scientifique sur la meilleure concentration des élèves qui se rendent vers leur établissement scolaire à pied ou à vélo.
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La marche, moins coûteuse pour la collectivité
Pour une collectivité, d’autres gains tangibles sont observés : l’étude met en évidence le fait que les villes ayant favorisé la marche ont progressivement réduit la place de la voiture. Les trottoirs et les espaces pour les piétons étant moins coûteux au mètre carré que les chaussées, à la fois à construire et à entretenir. Ces villes minimisent alors leurs dépenses de voirie. L’étude chiffre ces économies à 7,5 milliards d’euros par an.
Une meilleure « marchabilité » a des effets également sur l’attractivité de la ville, de ses commerces de proximité, ses marchés et ses cafés de quartier. Ce levier représenterait autour de 870 millions d’euros de retombées économiques par an.
Cela se répercute notamment sur le taux de vacance commerciale, qui s’approche des 5 % dans les villes où plus de 40 % des trajets sont réalisés à pied, alors qu’il dépasse fréquemment les 15 % dans les villes dominées par la voiture.
Or, un euro dépensé dans les commerces de proximité d’un centre-ville génère en moyenne davantage d’emplois et d’activités que s’il l’est dans une zone commerciale périphérique.
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Des économies pour les ménages, davantage d’autonomie pour les enfants
À l’échelle des foyers aussi, les retombées sont notables : l’étude estime à 1,9 milliard d’euros par an les économies réalisées par les ménages qui habitent dans une ville où la marche est facilitée. Ce gain tient majoritairement aux économies de carburant des ménages pour leurs propres déplacements.
À cela s’ajoute un deuxième gain, estimé à 2,1 milliards d’euros par an, permis par l’autonomisation des enfants et des personnes qui ne conduisent pas, qui peuvent alors plus aisément se déplacer seuls.
Ceci libère leurs proches de contraintes liées à l’accompagnement et génère un gain de temps et de moindres dépenses de carburant.
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Enfin, c’est toute une série d’externalités négatives causées par la place prépondérante de la voiture dans nos villes qui est évitée grâce à la marche.
Les quatre externalités qui ont été monétarisées dans cette étude (diminution des émissions de gaz à effet de serre, de la pollution de l’air, du bruit routier et de la congestion routière) conduisent à une économie nette de 4,8 milliards d’euros par an grâce aux déplacements à pied.
Notons par ailleurs que d’autres externalités négatives liées à l’automobile et donc réduites par la pratique de la marche n’ont pas été incluses ici, comme les économies d’énergie et de matières premières.
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Une marge de progression encore possible
Les bénéfices perçus lorsque l’on encourage la marche sont donc majeurs. Et surtout, ils ont encore une belle marge de progression. Aujourd’hui, les trajets à pied représentent 24 % de nos déplacements et ils sont en augmentation. S’ils atteignent à nouveau 30 % – comme c’était le cas à la fin des années 1980 –, un gain supplémentaire de 35 milliards d’euros par an est possible, estime l’étude.
Pour cela, de nombreux leviers existent :
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rendre la marche plus sûre et agréable à l’aide d’aménagements (trottoirs continus et accessibles, zones piétonnes étendues, traversées sécurisées, protection des abords des écoles, végétalisation…),
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rapprocher les lieux de vie et d’activité (commerces, écoles, services publics, transports) pour créer ce que les urbanistes appellent « une mixité fonctionnelle ».
Une proximité qui bénéficiera à la fois à la santé des habitants, à la vitalité économique des territoires et à la réduction des émissions de CO₂ et de polluants. Sur tous ces plans, encourager la marche est donc gagnant-gagnant.
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Mathieu Chassignet est membre de Lille Demain et Axe Culture.
– ref. Encourager la marche, un gain qui se compte en milliards pour la société française – https://theconversation.com/encourager-la-marche-un-gain-qui-se-compte-en-milliards-pour-la-societe-francaise-275493
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Réemploi des matériaux : Pourquoi est-ce si compliqué dans le bâtiment ?
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Sébastien Bourdin, Professeur de géographie économique, IÉSEG School of Management

Dans le bâtiment, donner une seconde vie aux matériaux relève encore du parcours du combattant, et ce, malgré des bénéfices environnementaux avérés.
Premier producteur de déchets en France, loin devant les ménages, le secteur du bâtiment génère chaque année près de 42 millions de tonnes de déchets, soit environ 15 % des déchets nationaux. Béton, briques, tuiles, plâtre, menuiseries : ces matériaux issus des chantiers de construction et de démolition constituent pourtant un gisement colossal de matériaux de seconde vie encore largement sous-valorisé.
Face à cet enjeu, les pouvoirs publics ont choisi de s’appuyer sur un instrument bien connu des politiques environnementales : le principe du pollueur-payeur, décliné depuis mai 2023 sous la forme d’une responsabilité élargie du producteur (REP) pour les produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB), aujourd’hui largement critiquée.
Mais derrière ce dispositif réglementaire se joue un choix politique majeur : continuer à privilégier le recyclage des déchets du bâtiment ou encourager le réemploi des matériaux de seconde vie. Dans un cas, on concasse, on transforme. Dans l’autre, on dépose et on réintègre. Deux approches de l’économie circulaire avec des impacts environnementaux bien différents.
Qu’est-ce que la REP ?
Le principe de la REP est simple : les entreprises qui mettent sur le marché des matériaux de construction doivent financer leur fin de vie au moyen d’une éco-contribution intégrée au prix de vente. Ces fonds sont ensuite collectés auprès de ceux qui mettent les matériaux sur le marché et gérés par des éco-organismes agréés par l’État, chargés d’organiser et de financer leur collecte, leur tri et leur valorisation.
Avant la REP, la gestion des déchets du bâtiment reposait largement sur les entreprises de travaux qui intervenaient sur les chantiers : elles devaient contractualiser directement avec des opérateurs, assumer les coûts de collecte, de transport et de traitement, et organiser elles-mêmes le tri sur les chantiers, dans un cadre souvent hétérogène selon les territoires, ce qui favorisait parfois les dépôts sauvages.
Sur le papier, la REP devait donc apporter une contrepartie claire : une reprise facilitée, voire gratuite, des déchets de chantier en échange d’une contribution intégrée au prix des matériaux neufs. Dans la pratique, toutefois, la mise en œuvre de ce principe s’est révélée plus complexe.
REP Bâtiment : qui fait quoi ?
- Quatre éco-organismes, agréés par l’État, se partagent aujourd’hui la mise en œuvre de la REP Bâtiment en France.
- Valobat traite l’ensemble des catégories de produits et matériaux ;
- Ecominéro intervient essentiellement sur les produits minéraux (béton, gravats, tuiles, briques…) ;
- Ecomaison et Valdelia couvrent les autres produits et matériaux non minéraux (bois, plastiques, menuiseries, isolants…).
- Leurs actions sont coordonnées par l’OCAB (Organisme coordonnateur agréé pour la filière bâtiment), qui harmonise les règles entre filières, répartit les obligations de collecte sur le territoire et propose un guichet unique aux acteurs concernés.
Un dispositif encore difficilement opérationnel sur le terrain
Premier écueil : le nombre de points de reprise des déchets. Alors que l’objectif était de proposer un maillage dense et accessible, la réalité demeure contrastée. En mars 2025, sur environ 6 385 points recensés, à peine 1 000 acceptaient effectivement l’ensemble des sept flux de déchets définis par la loi.
Deuxième source de friction : le montant des écocontributions. La REP devait, en principe, compenser les coûts d’évacuation des déchets par la gratuité de la reprise, sous réserve du tri et du dépôt dans des points agréés. Or, le déploiement du réseau des points de reprise s’est accompagné d’une montée en charge rapide des budgets des éco-organismes : 121 millions d’euros en 2023, 170 millions en 2024, avec une projection à 610 millions d’euros en 2027 selon un rapport du Sénat.
Ces budgets étant alimentés par les écocontributions versées par les metteurs sur le marché, leur montée en charge s’est mécaniquement traduite par une hausse des écocontributions intégrées au prix de vente des matériaux neufs.
À titre d’illustration, selon le barème Valobat de 2025, l’écocontribution applicable aux briques en terre cuite s’établissait à 1,88 euro par tonne commercialisée, contre 14,48 euros par tonne pour certains panneaux en bois biosourcé. Si cette augmentation peut s’expliquer par les coûts de structuration d’une filière encore récente, elle a pour effet immédiat d’alourdir le coût des matériaux, sans que l’amélioration du service de reprise soit uniformément perceptible sur le terrain. Pour beaucoup d’entreprises, la REP apparaît ainsi comme une charge supplémentaire dans un secteur déjà sous tension.
« La REP PMCB est un échec. Nos entreprises payent 3 % de plus sur leurs matériaux pour un service proche de zéro. Et doivent finalement repayer derrière pour la récupération des déchets. Le moratoire ne donne rien. C’est même pire qu’avant. Cessons l’acharnement thérapeutique, il faut tout reprendre à zéro ! », déclarait Olivier Salleron, le président de la Fédération française du bâtiment.
Troisième fragilité : l’opacité du dispositif. Les fédérations professionnelles pointent l’absence de données lisibles sur l’utilisation des fonds, les coûts réels de collecte des déchets et les performances environnementales obtenues. Cette opacité nourrit une défiance croissante envers les éco-organismes. Elle affaiblit aussi l’acceptabilité économique du dispositif et la propension des acteurs à s’y conformer. D’autant que certaines collectivités continuent d’assurer la collecte et le tri sans compensation, tandis que d’autres voient leurs demandes de contractualisation refusées, laissant s’accumuler les flux en déchetterie.

Ces dysfonctionnements ont fini par rattraper le dispositif. « Il y a trop de prélèvements au regard du financement assuré par la REP, pas de visibilité sur leur devenir et une performance environnementale défaillante. Une grande partie des déchets est incinérée ou exportée, et non recyclée », constatait en décembre dernier le ministre délégué Mathieu Lefèvre. Un constat qui fait suite à la décision, quelques mois plus tôt, de l’État de mettre la filière sous moratoire jusqu’à mi-2026, avec l’ambition affichée de « refonder » le dispositif pour en garantir la soutenabilité économique.
L’annonce des premières orientations, le 19 février dernier, des premières orientations marque ainsi une tentative de traduction opérationnelle de cette refonte.
Parmi les mesures avancées figure le renforcement du maillage territorial des points de reprise, en s’appuyant prioritairement sur les déchetteries professionnelles, afin de mieux couvrir les besoins et de soulager les collectivités d’une charge jugée excessive. Le pilotage serait régionalisé, avec des dispositifs spécifiques prévus pour les « zones blanches ». Autre axe majeur : la baisse des coûts, via une réorientation des flux financiers (et des écocontributions) vers les matériaux dits « non matures » – plastiques, laines minérales, membranes – afin de structurer leurs filières de recyclage.
Ces annonces répondent principalement aux difficultés de financement et d’organisation du recyclage. Mais on peut encore s’interroger sur la place accordée au réemploi dans le dispositif.
Le réemploi, parent pauvre de la REP
Si le recyclage – qui consiste à transformer le déchet en matière première secondaire – est aujourd’hui industriellement structuré et largement pratiqué, le réemploi – l’utilisation d’un matériau de seconde vie tel quel ou après remise en état – demeure marginal.

Les gains environnementaux associés au réemploi sont pourtant solidement documentés. Une étude scientifique de 2024 comparant des produits de construction réemployés à leurs équivalents neufs montre que le réemploi réduit significativement les impacts environnementaux, principalement en évitant l’étape de production des matériaux neufs, généralement la plus émettrice. L’exemple des briques est particulièrement éclairant : une analyse du cycle de vie menée dans le cadre d’un projet européen montre qu’un mur en briques réemployées présente une empreinte environnementale nettement inférieure à celle d’un mur en briques neuves, y compris lorsque ces dernières sont recyclées en fin de vie. L’écart tient principalement à l’évitement de la phase de cuisson, procédé particulièrement énergivore et fortement émetteur de CO2.
Or, dans les faits, le recyclage capte l’essentiel des gisements et des financements. Plus simple à organiser, plus compatible avec les logiques industrielles existantes et mieux soutenu par les dispositifs actuels, il tend à reléguer le réemploi au second plan. Le cadre réglementaire demeure historiquement structuré autour du traitement des déchets plutôt que de leur évitement.
L’arrêté du 10 juin 2022, qui fait office de cahier des charges pour la REP, fixait pourtant un objectif de 5 % de réemploi à l’horizon 2028, sur un gisement estimé à 21 millions de tonnes par an – un objectif qui paraît aujourd’hui difficilement atteignable au regard des résultats observés.
Les données de l’Ademe, portant sur environ 11 000 producteurs adhérents, illustrent ce déséquilibre :
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182 millions de tonnes de matériaux ont été mises sur le marché en 2024 ;
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10,7 millions de tonnes de déchets ont été collectées ;
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Le réemploi plafonne à 29,3 kilotonnes, soit moins de 0,3 % des tonnages collectés.
Les raisons du non-réemploi
Pourquoi, dès lors, le réemploi demeure-t-il marginal malgré les objectifs affichés ? Notre étude de terrain, publiée dans Business Strategy & the Environment, menée en 2025 auprès de 69 professionnels du bâtiment (maîtres d’ouvrage, architectes, constructeurs, bureaux de contrôle, laboratoires…) montre que le réemploi des matériaux inertes – briques, dalles béton, pavés, tuiles –, qui représente 80 % des déchets du bâtiment, ne bute pas sur un seul problème technique, mais sur une accumulation de contraintes qui se déploient tout au long de la chaîne de valeur, depuis la programmation jusqu’à la mise en œuvre sur le chantier.
Prenons l’exemple d’un promoteur immobilier qui souhaite intégrer, dans une nouvelle opération, des briques issues d’un ancien immeuble qu’il n’a pas construit et dont il connaît mal l’histoire. Dès la phase de cadrage, les premières difficultés apparaissent. Les diagnostics déchets – désormais obligatoires – suffisent à dire que ces briques peuvent être recyclées, mais ne permettent pas de documenter leur réemploi : on ne connaît ni leur état réel, ni leur mode de fixation, ni leur résistance résiduelle, ni leur exposition passée à l’humidité ou au gel.
Résultat : l’architecte ne sait pas si ces briques pourront être utilisées en façade porteuse ou seulement en parement décoratif. Le doute porte sur des risques très concrets : fissures, perte de résistance mécanique, non-conformité aux exigences actuelles.
Vient ensuite le verrou de la conformité des matériaux. Qui supporte le risque si un matériau se révèle non conforme ? Le maître d’ouvrage ? L’entreprise chargée de la dépose ? Le revendeur ? Faute de règles et de recommandations professionnelles, la responsabilité reste un élément bloquant. Chacun se protège.
Dans le doute, les briques sont très souvent écartées – non parce qu’elles seraient inutilisables, mais parce qu’aucun cadre clair ne permet d’en sécuriser l’usage. Le risque n’est pas seulement juridique : c’est aussi celui d’un refus en contrôle, d’un retard de chantier, ou de surcoûts liés à des essais supplémentaires en laboratoire, qui finissent par désavantager économiquement les matériaux réemployés face aux produits neufs certifiés.
Enfin, la réalité du chantier rattrape les intentions. Déposer des briques sans les casser prend du temps. Il faut ensuite repérer les gisements disponibles, les trier, reconditionner les lots sélectionnés, les stocker. Or, les calendriers des opérations de déconstruction et de construction coïncident rarement : des briques peuvent être disponibles aujourd’hui, alors que le chantier susceptible de les réemployer ne démarrera que dans six mois. Sans solution de stockage tampon ni logistique organisée, le gisement repéré se perd.
Sous la pression des délais, les entreprises se replient sur des matériaux neufs, jugés plus simples à intégrer, tandis que les reconditionneurs – qui travaillent sur des flux diffus, hétérogènes, à faible tonnage mais à forte intensité de main-d’œuvre – jugent les soutiens des éco-organismes insuffisants.
Ce décalage crée un effet d’éviction : même lorsque le réemploi est plus vertueux sur le plan environnemental, il devient économiquement moins attractif que l’orientation rapide des matériaux vers les filières de recyclage, dont le modèle économique repose sur des soutiens financiers de la REP calculés à la tonne, ce qui favorise les volumes élevés.
Le paradoxe est là : la REP est avant tout conçue pour collecter et trier des déchets. Tout est organisé pour alimenter des filières de recyclage déjà en place. À l’inverse, le réemploi suppose d’agir plus tôt : identifier les matériaux en amont des opérations de déconstruction (ou de réhabilitation), organiser leur dépose sans casse, leur stockage temporaire et leur remise sur le marché. Or ces étapes amont sont encore peu financées et peu outillées par la REP. Résultat : le système favorise mécaniquement le recyclage de masse et laisse le réemploi en marge.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Réemploi des matériaux : Pourquoi est-ce si compliqué dans le bâtiment ? – https://theconversation.com/reemploi-des-materiaux-pourquoi-est-ce-si-complique-dans-le-batiment-277385
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Les armes à énergie : le futur de la défense ?
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Alexandre Massaux, Chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Université du Québec à Montréal (UQAM)
La guerre à distance que mènent les États-Unis et leurs alliés contre l’Iran repose sur un échange massif de missiles offensifs et de missiles d’interception, dont le coût explose à mesure que les jours passent. En à peine une semaine, Washington aurait déjà dépensé plus de 11 milliards de dollars, dont une part importante en missiles de défense.
Cette économie de la défense est devenue intenable avec l’utilisation massive de drones iraniens peu coûteux, qui obligent à tirer des intercepteurs bien plus coûteux pour les neutraliser. Dans ce contexte, le conflit montre les limites d’une défense exclusivement fondée sur les munitions cinétiques coûteuses, et relance la pertinence des armes à énergie dirigée (comme le laser), dont le coût par tir est beaucoup plus faible.
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Je suis un chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand. Mes travaux portent sur les conflits armés (en particulier le conflit entre l’Ukraine et la Russie) et sur l’utilisation des nouvelles technologies.
Je propose dans cet article d’analyser la situation au Moyen-Orient (et plus précisément dans les puissances du golfe) et comment les pays se protègent contre les attaques de missiles et de drones, en mettant l’accent sur les différentes technologies utilisées. En particulier, celles qui sont innovantes comme les armes à énergies dirigée.
Des défenses traditionnelles efficaces
Les défenses antimissiles utilisent principalement des intercepteurs de type cinétiques. Cette technologie consiste à envoyer des projectiles sur le vecteur (missile ou drone) ennemi pour le détruire avant qu’il n’atteigne sa destination.
Dans le conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, le Foreign Policy Research Institute estime que les États-Unis et les pays du Golfe comme l’Arabie Soudite et les Émirats arabes unis utilisent principalement pour se défendre les systèmes Patriot utilisant des missiles PAC-3, et les systèmes THAAD.
De son côté, Israël utilise les systèmes Tamir du Dôme de fer pour les frappes à courte et moyenne distance, et les Arrow 2 et 3 pour les attaques à longue distance. Le système de défense israélien est composé d’un ensemble de couches qui gère différents types de menaces. Ces systèmes fonctionnent avec des radars chargés de détecter les vecteurs ennemis.
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Le taux d’interception se situe entre 80 % et 90 % en fonction des pays et du type de vecteur qu’ils doivent neutraliser. Par exemple, les Émirats arabes unis interceptent 90 % des missiles et 94 % des drones dirigés vers leur territoire, selon l’Institute for the Study of War. En 2025, Israël avait un taux de 85 % dans son conflit avec l’Iran.
Une guerre de quantité
Ces défenses antimissiles sont efficaces, mais pas sans défauts et faiblesses. Leur consommation de munitions pour intercepter les attaques ennemies pose notamment problème. Elle suppose en effet une logistique et un ravitaillement soutenu pour maintenir la cadence face aux attaques ennemies.
L’arrivée des drones sur le champ de bataille complique grandement le travail des systèmes antiaériens. Envoyés par centaines, voire par milliers, ces vecteurs bon marché peuvent surcharger les défenses. Les drones utilisés par l’Iran pourraient à cet égard révéler les limites des capacités des défenses antimissiles cinétiques.
La production de missiles Patriot PAC-3 était de 620 en 2025. Une production qui semblait peu adaptée à des conflits de haute intensité. En janvier 2026, le département de la guerre américain a augmenté sa production annuelle à 2000.
On constate une situation similaire pour les THAAD, avec un passage de la production de 96 à 400 missiles par an. Mais cette guerre entraine une forme d’asymétrie : les drones coûtent bien moins cher que les missiles chargés de les intercepter.
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Les drones iraniens
L’Iran utilise des drones-suicides Shahed qui coûteraient quelques dizaines de milliers de dollars. Avec le soutien de la Russie, la production serait estimée à 5000 drones par mois. Ces drones, ayant été largement utilisés en Ukraine par la Russie, poussent les pays occidentaux et les pays alliés au Moyen-Orient à s’inspirer des tactiques ukrainiennes en matière de défense.
L’Ukraine a d’ailleurs envoyé du personnel dans les pays du Golfe afin de les conseiller. Dans la mesure où ces drones se déplacent plus lentement qu’un missile, ils peuvent être interceptés par des canons antiaériens. Contre ce genre de drones, l’Ukraine utilise des blindés GEPARD (produits par l’Allemagne) doté d’une paire canons mitrailleurs ayant une cadence de tir de 1000 coups par minute.
Cette puissance de feu est utile pour intercepter les essaims de drones ennemis. Face à des engins bon marché, l’utilisation de munitions mitrailleuses est plus efficace que des missiles coûteux.
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Repenser la défense
Si, à ce jour, la défense est le fait d’armes utilisant des munitions, des projets de plus en plus concrets sur des armes à énergie dirigée (AED) se développent et commencent à être déployées. Ces dernières utilisent l’énergie électromagnétique plutôt que des munitions cinétiques pour détruire l’adversaire. Les lasers à haute énergie font partie de ce type d’armes : un faisceau d’énergie capable de brûler les cibles ennemies.
Le principal avantage des AED est l’absence de munitions : l’arme n’a besoin que d’être alimentée en électricité. Le coût est en outre dérisoire. Pour les armes laser américaines, il serait de quelques dollars par tir : entre 3$ et 10$ en fonction des sources.
L’administration américaine est intéressée par cette technologie. Le système laser HELIOS a commencé à être développé en 2018 et à être déployé en 2026 sur des navires. Le Pentagone cherche aussi à accélérer son développement.
Israël cherche aussi à compléter son système de défense avec l’« Iron beam » (faisceau de fer), un équivalent du dôme de fer avec des armes lasers.
Un besoin de maturité pour les armes à énergie dirigée
Le conflit entre l’Ukraine et la Russie voit une forte utilisation de drones. Cela a amené les pays à intégrer les AED dans leur stratégie avec, par exemple, le Tryzub ukrainien qui est utilisé pour détruire les drones Shahed. Il est fort probable que les défenses laser soient de plus en plus utilisées afin de contrer les drones.
Néanmoins, les AED présentent quelques limites liées aux propriétés des lasers. Plus la cible est éloignée de l’arme, et plus celle-ci perd en efficacité. En outre, les conditions météorologiques comme la pluie et le brouillard perturbent le faisceau. Comme ces armes génèrent par ailleurs d’importantes quantités de chaleur, l’équipement doit être capable de résister aux surchauffes.
Qu’il s’agisse de défenses cinétiques ou à énergie, l’enjeu est désormais la capacité à détruire des vagues d’attaques avec un coût minimal. Les mitrailleuses et les lasers sont tout désignés pour faire face aux mutations qu’impose la multiplication des drones en matière de défense.
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Alexandre Massaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Les armes à énergie : le futur de la défense ? – https://theconversation.com/les-armes-a-energie-le-futur-de-la-defense-278829
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Rétro-innovation : ce que la Lofi Girl doit à la musique d’ascenseur
March 27, 2026
Source: The Conversation – in French – By Albéric Tellier, Professeur Agrégé des Universités en sciences de gestion, Université Paris Dauphine – PSL
Connaissez-vous la Lofi Girl ? Derrière ce nom se trouve un site de diffusion de musique d’ascenseur, revisitée et rebaptisée « lofi hip-hop »,
sur lequel se connectent simultanément de 30 000 à 50 000 personnes chauqe jour. On trouve ce flux essentiellement sur YouTube avec les images d’une étudiante à son bureau (d’où le nom, Lofi Girl). Idéale pour les personnes en recherche de concentration, cette innovation trouve sa source dans l’histoire de son ancêtre quasi centenaire, la « muzak ». L’occasion de découvrir une forme d’innovation parfois oubliée : la rétro-innovation.
Depuis le 11 mars 2026, le site Arte.tv propose Une histoire de la musique d’ascenseur. De la muzak au streaming. Ce documentaire de David Unger est rigoureux et passionnant. Il relève justement que la musique fonctionnelle, née il y a quasiment un siècle, est désormais omniprésente dans les playlists proposées par les plateformes de streaming, comme Deezer ou Spotify.
Mais si l’on pousse l’analyse encore plus loin, il est possible de mettre au jour un lien entre la musique d’ascenseur et les nouveaux services de diffusion de musique en ligne comme la « Lofi Girl ». Plus généralement, comprendre cette filiation offre une occasion de mettre en exergue les bénéfices d’une forme d’innovation encore trop peu étudiée : la rétro-innovation.
Une musique aseptisée, sans affects
Dès les années 1930, l’américain George Squier a l’intuition qu’il y a un marché pour la diffusion de programmes destinés à être davantage entendus qu’écoutés. Il fonde alors la société Muzak qui propose une musique aseptisée, vidée de toute substance émotionnelle et de finalité artistique : c’est un mélange d’airs classiques bien connus et de morceaux de jazz, agrémentés d’arpèges de violons, de chœurs, et d’un soupçon de swing.
Dans les années 1950-1960, Muzak vit son âge d’or. Études après études, elle promet à ses clients une augmentation de la productivité des ouvriers, une baisse de l’absentéisme, une amélioration de la concentration et du moral des salariés, et même une baisse de leur tension artérielle !
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Succès impressionnant
Son succès est si impressionnant que les maisons de disques lui emboîtent le pas et se lancent dans la production de cette musique que l’on qualifie désormais d’easy listening. Capitol lance la série Background Music, Mercury fait de même avec Music To Live By ainsi que Columbia avec sa collection Music for Gracious Living. On voit alors fleurir des disques thématiques aux pochettes et titres improbables, qui font aujourd’hui sourire, voire dérangent un peu : Music for Dreaming, Music for Barbecue, Music for Lovers Only, Music for Bachelors, Music for Cooking Gas, Music to Strip by…
La société Muzak continue à proposer sa musique jusqu’au début du vingtième siècle, mais l’explosion des radios musicales puis l’arrivée du streaming contribueront à son déclin. Déclarée en faillite en 2011, elle est rachetée par Mood Media, une société canadienne spécialisée dans les solutions audiovisuelles pour entreprise. Mais l’idée de proposer de la musique en dissociant les fonctions esthétique et utilitaire n’a pas pour autant disparu. Elle est même à l’origine d’un phénomène récent qui fascine autant qu’il déroute : l’engouement pour la Lofi Girl.
Le phénomène Lofi Girl
Il est possible aujourd’hui d’écouter sur YouTube de la musique diffusée en direct 24 heures sur24 et 7 jours sur 7 sur la chaîne de la Lofi Girl. On y entend des morceaux instrumentaux, aux mélodies simples, aux basses profondes et aux rythmes d’inspiration hip-hop particulièrement lents. Ces airs apaisants, censés faciliter la concentration et la réflexion, sont simplement accompagnés d’une image animée qui semble tout droit sortie d’un film de Miyazaki : une jeune adolescente prend des notes sur un carnet et tourne régulièrement la tête vers son chat qui se prélasse devant la fenêtre.
Imaginée en 2015 par Dimitri Somoguy, un étudiant français alors âgé de 20 ans, cette chaîne a largement profité des confinements successifs imposés par la crise du Covid-19 en permettant à des internautes du monde entier de mieux supporter l’isolement et éviter la procrastination en situation de télétravail. La chaîne compte aujourd’hui plus de 15,5 millions d’abonnés.
Entre 30 000 et 50 000 personnes y sont connectées simultanément et profitent d’un programme modifié chaque jour. Autour du personnage de la Lofi Girl évolue désormais une communauté de fans à laquelle sont proposés des services de dialogue en ligne, de réseau social, des applications pour smartphones, des produits dérivés ou encore des événements à suivre en ligne.
Des partenariats pour monétiser l’audience
Les points communs entre la société Muzak et la création de Dimitri Somoguy sont nombreux. Dans les deux cas, il s’agit de diffuser de la musique en flux continu à des abonnés en mettant en avant certaines propriétés du contenu proposé. La chaîne originale, Lofi Hip Hop Radio, est censée faciliter la réflexion et la relaxation tandis que les suivantes, créées au vu du succès rencontré, proposent des programmes propices à la concentration, au jeu, au rêve, à la bonne humeur, etc.
Afin de monétiser son audience, Lofi Girl multiplie les partenariats avec plusieurs marques. En 2023, un programme musical conçu pour jouer aux Lego a été développé en collaboration avec la célèbre marque danoise. De même, en mars 2024, une playlist A Very French Journey a été lancée afin de soutenir le lancement de la Renault 5 électrique. Plus largement, le site Lofigirl.com propose désormais des offres de diffusion sous licence pour des magasins, des espaces de divertissement, des agences de publicité, etc.
Une remise au goût du jour inattendue
On le voit, indépendamment de sa réussite incontestable, le projet de Dimitri Somoguy ne doit pas être considéré comme une rupture totalement inédite dans l’histoire de l’industrie musicale, mais plutôt comme une remise au goût du jour d’un concept, la musique fonctionnelle, déjà envisagé près d’un siècle auparavant.
À sa manière, Dimitri Somoguy a démontré la puissance de la rétro-innovation : il est parvenu à introduire de la nouveauté dans un domaine établi et non pas sur le besoin fondamental que d’autres bien avant lui avaient détecté, mais sur la manière de le satisfaire et de l’exploiter d’un point de vue économique.
Un exemple emblématique de rétro-innovation
La rétro-innovation peut être définie comme la réutilisation de pratiques, d’idées ou de technologies anciennes que l’on va adapter à un nouveau contexte. En d’autres termes, elle consiste à proposer sur le marché un procédé, un produit ou un service, qui va être perçu comme nouveau par la population visée, alors qu’il reprend des éléments déjà élaborés dans un passé plus ou moins lointain. Trois types génériques de rétro-innovation peuvent être envisagés :
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la rétro-innovation « sur la forme », qui consiste à intégrer dans une offre nouvelle des éléments d’apparence ou de design d’une époque révolue ;
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la rétro-innovation « sur le besoin », qui consiste à satisfaire des attentes nouvelles en utilisant des solutions anciennes tombées dans l’oubli ;
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la rétro-innovation « sur le format », qui consiste à revisiter une offre ancienne en tirant profit de technologies nouvelles.
La rétro-innovation sur la forme est sans doute la plus facile à envisager et les cas ne manquent pas. Le succès mondial de la limonade Lorina, après réintégration de la bouteille en verre gravé et du bouchon en céramique, ou des réfrigérateurs Smeg au design vintage, offrent de très bons exemples. Elle consiste le plus souvent à tirer profit de l’attrait des consommateurs pour les produits « à l’ancienne » et les formes évocatrices d’une époque souvent idéalisée. Ce marketing de la nostalgie est généralement considéré comme une stratégie particulièrement efficace dans de nombreux secteurs, et l’industrie de la musique ne fait pas exception.
Retrouver des solutions abandonnées
La rétro-innovation sur le besoin cherche à tirer profit de solutions anciennes qui ont été abandonnées non parce qu’elles étaient « mauvaises », mais du fait des évolutions économiques, politiques ou sociétales. Les services de consigne pour les contenants en verre ont disparu à l’arrivée du plastique, alors considéré comme une substance bon marché et pratique. Mais la prise de conscience de ses effets catastrophiques sur l’environnement contribue à un possible retour des consignes, non sous leur forme originale, mais en bénéficiant de l’apport de technologies récentes (applications sur smartphones, QR codes, géolocalisation…).
Enfin, la rétro-innovation sur le format consiste à reprendre des concepts anciens ayant fait leurs preuves, mais tombés dans l’oubli, et de les remettre au goût du jour grâce à des technologies nouvelles. La Lofi Girl possède toutes les caractéristiques d’une rétro-innovation sur le format. Curieusement, ce type de démarche reste peu abordé dans la littérature spécialisée alors que les résultats qu’elle permet d’obtenir sont potentiellement très intéressants.
Recommencer pour innover
Nos recherches montrent que deux voies principales peuvent être explorées. Tout d’abord, l’examen de brevets peut être particulièrement intéressant dans une démarche de rétro-innovation. En effet, de très nombreux brevets ne donnent pas lieu au lancement d’offres nouvelles : le détenteur échoue dans sa tentative d’exploitation économique, des inventions concurrentes ont les faveurs du marché, les consommateurs restent fidèles à des solutions déjà éprouvées, etc.
Examiner des brevets anciens, tombés dans le domaine public, peut ainsi permettre de redécouvrir des inventions ayant échoué, mais qui pourraient avoir une « deuxième chance » dans un nouveau contexte.
Une question de standards
La rétro-innovation peut aussi s’appuyer sur l’analyse des phases de formation des designs dominants typiques des cycles de développement des nouveaux marchés. Rappelons ici qu’un design dominant désigne une configuration qui s’impose de telle sorte que les concurrents œuvrant au sein de la même industrie doivent l’adopter pour survivre et se développer. Par exemple, le marché naissant de la machine à écrire a vu une guerre sans merci entre différents types de claviers avant que le QWERTY ne s’impose.
Il en a été de même dans la musique avec l’affrontement d’Edison, partisan de supports en forme de cylindre, et Emile Berliner, défenseur du format disque qui s’est imposé. Dans ces périodes de « bouillonnement créatif » où le potentiel des nouvelles technologies n’est pas bien connu, où le marché reste à construire et où les usages n’ont pas encore émergé, les entrepreneurs multiplient les initiatives, cherchent à se démarquer, essaient, échouent, recommencent… Les périodes « pré-design » sont à la fois fascinantes à étudier pour les historiens et potentiellement riches d’idées à récupérer pour les innovateurs.
Une ruse de l’histoire ?
Le rêve initial de George Squier était de proposer au grand public de la musique par abonnement, via les lignes électriques domestiques, puis le réseau téléphonique. Opposé à la radio hertzienne qui s’est finalement imposée, il s’est vu dans l’obligation d’exploiter d’autres segments de marché. En proposant ses programmes aux entreprises du monde entier, il a non seulement créé un géant de la musique fonctionnelle, mais aussi permis à une lignée d’innovations de voir le jour et de se déployer sur plus d’un siècle.
Une histoire qui devrait inspirer tous les innovateurs et les inciter à regarder, parfois, dans le rétroviseur.
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Albéric Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Rétro-innovation : ce que la Lofi Girl doit à la musique d’ascenseur – https://theconversation.com/retro-innovation-ce-que-la-lofi-girl-doit-a-la-musique-dascenseur-278628
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Quand la pratique médicale perpétue des stéréotypes hérités du racisme scientifique des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles
March 27, 2026
Source: The Conversation – France in French (3) – By Élodie Edwards-Grossi, PhD, Associate Professor in Sociology and American Studies, Université Paris Dauphine – PSL
Au XVIIIᵉ puis au XIXᵉ siècle, des scientifiques et des médecins théorisaient une supposée supériorité des personnes blanches, en s’appuyant sur des critères biologiques. Dans le Racisme scientifique et médical (éditions PUF, 2026), Élodie Edwards-Grossi (Université Paris Dauphine-PSL/Institut universitaire de France) et Delphine Peiretti-Courtis (Aix-Marseille Université) expliquent comment, aujourd’hui, la pratique médicale perpétue des stéréotypes et biais raciaux hérités de ces thèses qui nuisent à la prise en charge en santé des personnes racisées. Extraits.
Le 26 décembre 2024, un député français d’extrême droite partageait, sur le réseau social X (anciennement Twitter), une carte censée représenter le Quotient Intellectuel moyen par pays, qui rappelait en tout point les procédés classificatoires du XIXe siècle.
Ce planisphère révèle toute la prégnance et les permanences, à l’heure actuelle, de la ferveur taxinomique et du racisme scientifique nés aux XVIIIe et XIXe siècles, et pose la question de ses ramifications avec la sphère politique.
La notion de « race » relayée sur les réseaux sociaux
Relayée auprès d’un large public francophone par ce député, cette carte avait déjà été abondamment relayée sur les réseaux sociaux en 2019. Elle avait même suscité la création d’un mot-clé « #carte QI », utilisé pour donner une grande visibilité à ces théories.
Cette carte est, hélas, loin d’être la seule occurrence de diffusion de croyances biologisantes et hiérarchisantes à propos de la notion de « race » sur Internet, comme en témoignent de nombreux articles de vulgarisation scientifique, émettant l’idée, pour le grand public, que cette catégorie pourrait, à nouveau, être appréhendée avec la génétique.
Analyser les résurgences actuelles du racisme scientifique
Dans ce contexte, les théories racistes empreintes d’un réalisme biologique recouvrent une fonction sociale et politique bien particulière : celle de la légitimation de courants et d’idéologies inégalitaires, qui, pour exister, doivent avant tout s’appuyer sur l’idée que la déshumanisation d’une partie de la population est la résultante de caractéristiques naturelles et inébranlables, ancrées dans les corps et les esprits de ces mêmes individus.
Le racisme scientifique, à travers le déploiement du réalisme biologique, propose ainsi une caution non négligeable à des programmes politiques façonnant les inégalités. Il revêt une double fonction : il est à la fois le produit et le levier de l’ordre social raciste dans lequel il est façonné, et sans cesse réactivé, tout en fournissant à ses partisans les justifications de son maintien.
Dans quels contextes politiques et géographiques les théories et pratiques qui constituent le racisme scientifique et médical apparaissent-elles ? Pouvons-nous relever des systématicités dans les parcours de leurs auteurs ? Quels positionnements entretiennent-ils vis-à-vis de leurs pairs, des décisionnaires politiques, mais aussi du grand public ? Enfin, quelles résurgences pouvons-nous mettre en exergue ?
C’est précisément le sujet de l’ouvrage le Racisme scientifique et médical : ancré en histoire et en sociologie de la connaissance, celui-ci propose de documenter les modalités de production et de circulation du racisme scientifique et médical et leurs réappropriations sociales et politiques.
Quand les corps et les esprits des personnes racisées sont infériorisés
La notion de racisme scientifique et médical recouvre a priori de nombreuses théories et pratiques. Des historiens ayant travaillé de manière pionnière sur le sujet, tels Claude Blanckaert ou Stephen Jay Gould, ont décrit le racisme scientifique comme l’ensemble des théories et pratiques se réclamant de différents champs scientifiques (on peut citer la biologie, la psychologie, la génétique, l’anthropologie, etc.) proposant une définition altérisant, et infériorisant, les corps et les esprits des personnes racisées.
Présentées comme « scientifiques » par leurs instigateurs et leurs soutiens, ces théories établissent, dans le même temps, la supposée supériorité tacite ou explicite des personnes blanches en utilisant les mêmes critères corporels ou mentaux variés : le QI, la taille des crânes, l’intelligence sont autant de points qui reviennent dans ces études suggérant l’infériorité des uns au profit de la primauté des autres. Ces écrits ont été produits et ont circulé dans des contextes politiques épars et révèlent une forte porosité quant aux liens entre science et politique.
Un fait social contemporain qui touche le champ médical
Réinsérer la question du racisme scientifique et médical dans une approche critique des rapports sociaux de race, grâce à un dialogue transdisciplinaire entre sciences sociales et sciences historiques, c’est comprendre comment les artisans du racisme scientifique bénéficient d’un besoin de méconnaissance pour voir advenir leurs théories. Pour exister, ces théories ont besoin d’un vide épistémologique qui s’inscrit dans une histoire longue de la production de l’ignorance.
Cette production de l’ignorance a largement été produite par l’appareil étatique qui se refusait, et se refuse encore, à produire une analyse rigoureuse des rapports sociaux de race. Celle-ci permettrait notamment de mettre à mal les croyances et itérations, toujours présentes, de la race comme catégorie d’analyse biologique malgré son invalidation dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Nous souhaitons insister sur le fait que le racisme scientifique et médical est bien un fait social contemporain, débordant du cadre historique que nous nous proposons d’étudier dans cet ouvrage : bien que l’autorité médicale cherche à entrer dans un rapport d’exceptionnalisme de son champ, le champ médical n’est pas exempt des rapports sociaux qui le modèlent.
Des effets sur les trajectoires de vie des individus
La question des tissages historiques et des résurgences du racisme scientifique et médical est ainsi capitale : loin d’avoir disparu, celui-ci a parcouru les époques et produit un effet encore conséquent.
À titre d’exemple, en décembre 2024, plusieurs quotidiens régionaux rapportèrent qu’une femme racisée avait accouché, sans prise en charge, sur le parking d’un hôpital à Dijon, en Côte d’Or, malgré ses appels à l’aide. L’un des journalistes relatant l’événement avait titré son article « On la refuse aux urgences : cette femme a dû accoucher dans le parking (et ça en dit long sur les préjugés racistes) ». Mettant en lien la mise en danger de cette femme et la longue histoire du syndrome méditerranéen en France, cet article souligne la manière dont des stéréotypes de résistance à la douleur des personnes racisées, formulés dès le XIXe siècle ont pu être transmis et rester vivaces jusqu’à nos jours.
De tels stéréotypes préfigurent bien la manière dont le racisme scientifique et médical produit un effet concret sur les trajectoires de vie et de mort des individus. Pour reprendre les mots toujours aussi actuels de Colette Guillaumin, autrice pionnière dans le champ des études sur le racisme en France, cet exemple met en relief « la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts ». Les inégalités et différences de prises en charge de santé du fait de la subsistance de biais raciaux en médecine produisent une mise en danger différentielle et accrue des corps racisés. Ainsi, de cette manière, le racisme scientifique et médical peut être vu comme l’une des facettes matérielles, concrètes et opérantes du racisme structurel.
Stéréotypes, biais et pratiques discriminatoires
Partant du principe que la classe sociale ou les facteurs socio-économiques ne peuvent pas expliquer l’ensemble des trajectoires de soins de ces personnes, le concept de racisme médical s’intéresse par exemple aux biais présents et passés qui modèlent les représentations et les pratiques des médecins et psychiatres, majoritairement issus du groupe dominant blanc envers leurs patients et patientes.
Ces biais ne sont pas la résultante d’actes de discriminations conscients et donc voulus : ils sont le fruit de l’accumulation de stéréotypes sur les corps racisés encore largement diffusés dans les salles de cours, dans les livres de médecine, mais aussi de l’agrégation d’allégations fausses, érigées en « données scientifiques » qui ont traversé les siècles, sans connaître une condamnation explicite, telle que la théorie du syndrome méditerranéen, qui consiste en la croyance erronée en une exagération de la douleur chez les personnes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne.
Ces théories, qui débouchent sur la formation de pratiques discriminatoires, entérinent des prescriptions médicamenteuses elles aussi différentielles qui ont pour résultante de nourrir chez la patientèle une certaine défiance à l’égard des médecins et de leurs institutions. Les patients et patientes choisissent parfois de ne plus faire confiance au personnel soignant, ou aux institutions les employant.
La médecine, instrument et vecteur de théories
Écrire de front sur le racisme scientifique, parfois vu comme seul objet historique, et le racisme médical nous semble important à plus d’un titre. Cela permet d’abord d’aller à l’encontre d’un récit exceptionnalisant qui viserait à mettre en exergue les spécificités du champ de la médecine (et de toutes ses spécialités, la chirurgie, la psychiatrie, la gynécologie, la cardiologie, la dermatologie, etc.) vis-à-vis du reste des sciences (sciences naturelles, biologie, pharmacie, etc.).
Les médecins acquièrent un statut sans précédent au cours du XVIIIe siècle, et plus encore durant le XIXe siècle, surnommé le siècle du scientisme. Producteurs de savoirs, ils sont également liés au pouvoir. Ce qui fait la spécificité de la médecine, et qui a notamment été mis en lumière par Michel Foucault par le biais du concept de biopouvoir, réside dans le rôle social et politique spécifique qu’elle détient, à l’instar de l’Église dans les siècles précédents.
En tant qu’experts des corps, des âmes, et donc des sociétés, les médecins s’arrogent la possibilité de statuer sur la normalité ou l’anormalité des corps, et sur ce qui constitue une différence ou une convergence humaine. En cela, la médecine devient le principal instrument et le vecteur de théories objectivant des différences corporelles présentées comme raciales.
C’est bien l’assignation d’une marque biologique à un groupe social donné qui produit la naturalisation de ce groupe, et radicalise, ainsi sa différence.
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Élodie Edwards-Grossi a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.
Delphine Peiretti-Courtis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Quand la pratique médicale perpétue des stéréotypes hérités du racisme scientifique des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles – https://theconversation.com/quand-la-pratique-medicale-perpetue-des-stereotypes-herites-du-racisme-scientifique-des-xviii-et-xix-siecles-279004
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